Le portrait dans le bijou

Il y a plusieurs mois, on m’a parlé via Twitter des bijoux avec des portraits peints. Je vous propose donc un petit récapitulatif sur l’histoire de ces pièces. Je ne parlerai pas ici des camées, ce sera pour une autre fois.  Je connais bien ces bijoux et je les trouve particulièrement beaux et souvent émouvants. Ils sont les témoins d’époques révolues, avant la photographie qui nous parait aujourd’hui si naturelle. On trouve encore aujourd’hui des objets avec des portraits, je pense aux objets édités par exemple durant les campagnes électorales. Ils remplissent la même mission que ceux des époques passées : faire connaître un visage, le populariser… etc.

Le bijou à portrait, c’est environ cinq siècles d’histoires. Les premières pièces notables datent de la Renaissance. Ce style de bijou, véritablement popularisé aux XVIIe et XVIIIe, trouvera encore de fidèles adeptes jusqu’au début du XXe siècle. Les Romanov, grands consommateurs de bijoux et d’objets d’art (principalement réalisés par la Maison Fabergé) en feront réaliser de très nombreux exemples. La mort de la famille impériale marque la fin progressive de cette mode. Une autre raison, importante, est l’avènement de la photographie qui remplacera petit à petit, et ce dès la fin du XIXe siècle, les portraits peints et / ou émaillés dans les montures.

Le principal objectif du bijou à portrait est la diffusion d’une image et d’une représentation. La plupart du temps, ils représentent des figures importantes de la royauté et donc du pouvoir en place mais aussi du monde ecclésiastique. On note aussi des portraits du monde aristocratique, militaire et artistique. Plus tard (principalement au XVIIIe), on trouvera aussi des bijoux très personnels, puisque ces objets servaient aussi à magnifier la beauté et à honorer tant le donateur que le récipiendaire. Je pense aussi aux bijoux dits « de sentiments » où il est possible de voir le portrait de l’amoureux que celui-ci offre à sa promise et inversement. Idem dans le bijou de deuil (très courant au XIXe), où l’on retrouve le portrait de la personne dont on ne veut pas oublier le visage et le souvenir. Par la suite, on trouvera aussi des portraits imaginaires et ce principalement dans le bijou fantaisie. On trouvera aussi des scènes romantiques, champêtres ou encore religieuses.

Ces pièces sont internationales, on en trouve dans tous les pays. Cette mode n’est donc pas propre à un secteur géographique en particulier. Bagues, pendentifs, boucles d’oreilles, boutons, médailles… les exemples sont multiples.

Quand aux supports, ils sont très différents. Les premiers portraits sont principalement réalisés sur du vélin peint. Mais avec l’évolution des techniques on trouvera des portraits peints sur bois, sur carton ou papier, sur ivoire, sur os, sur porcelaine ou sur nacre. Très souvent ce sont des aquarelles ou des crayonnés. Au sujet des portraits sur porcelaine, il ne faut pas confondre portraits peints et décalcomanies (très courante au XXe siècle)… Quand aux pièces émaillées, elles sont le plus souvent réalisées sur or, dans de rares cas on trouvera du cuivre. Enfin, ces portraits (quand ils sont peints) sont conservés sous verre pour ne pas s’altérer. Ces miniatures s’intègrent dans des bijoux en or, en argent, en platine, en vulcanite, en jais, en métal doré et / ou argenté…

Le mieux pour bien comprendre, c’est encore de vous montrer quelques beaux exemples.

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Pendentif en or, cristal et miniature sur ivoire, Espagne, XVIIe siècle. Musée des Arts Décoratifs de Paris, photo par Laurent Sully Jaulmes.

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Pendentif en or et diamant. Miniature émaillée représentant Louis XIV. Vers 1680-1685. Musée du Louvre, photo par Jean-Gilles Berizzi.

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Bague en or et diamant. Miniature sur ivoire représentant une jeune femme. XVIIIe siècle. Collection privée, photo par Ruddy Rouer.

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Médaillon en or et perles fines baroques. Miniature sur ivoire et cheveux. Elle représente le Dauphin Louis-Charles de France, Duc de Normandie. Fin du XVIIIe siècle. Photo : ©Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

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Bouton de chemise avec miniature sur nacre représentant Napoléon. Métal doré et verre, première moitié du XIXe siècle. MN des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, photo Gérard Blot.

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Médaillon à portrait représentant Joséphine. Or, perle fine, verre et miniature sur ivoire. Premier Empire. MN des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, photo Gérard Blot.

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Bracelet en or et miniatures émaillées. Ce bracelet représente la famille impériale. Second Empire. MN du Palais de Compiègne, photo par René-Gabriel Ojéda.

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Broche or et améthystes. Miniature sur ivoire sous verre représentant un œil de femme « Lover’s eye », vers 1840. Collection privée à Londres, photo par Sean Pathasema.

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Boucle de ceinture en or, argent, saphir, émeraude et rubis. Miniature peinte sur porcelaine, fin du XIXe siècle. MN des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, photo Gérard Blot.

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Bijou fantaisie en métal doré avec miniature peinte sur porcelaine. Vers 1900. (Photo : Morning Glory Antiques et Jewelry)

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Miniature sur porcelaine avec portrait fantaisie, technique de la décalcomanie. Vers 1950. Photo : Morning Glory Antiques and Jewelry

À bientôt !

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Les “lover’s eye” sont des bijoux extraordinaires, d’une grande modernité, presque abstraits. Le choix de l’œil pour symboliser l’être aimé m’a toujours laissé songeuse. La bouche est certes trop sensuelle et l’œil est le miroir de l’âme. Mais est-il choisi pour être vu ou pour voir celui qui regarde ? Fascinant.

    1. legemmologue dit :

      Il faudra que je travaille sur un petit article sur ces bijoux. Ils sont fascinants, c’est vrai. Tu as parfaitement résumé, l’œil est le miroir de l’âme et beaucoup de choses passent par le regard.

  2. Fran Zainal dit :

    bonjour,
    j’adore les miniatures, j’en ai peintes à l’aquarelle sur des bouts de touches depianoancien,(en ivoire) et maintenant j’en peint en peinture sur émail http://www.breizh-bijoux.com/images/uf2l-002-miniature-email-bronze-mainecoon-2.jpg

  3. Annie dit :

    Bonjour, Je viens de lire votre billet au sujet des portraits dans le bijou. J’aime vraiment les miniatures en broche/pendentif. J’en vois énormément à vendre sur des sites tel qu’ EBay ou Ruby Lane. Plusieurs articles mis en vente sont datés du 19e siècle. Y a t’il présentement un marché du “faux” dans ce domaine? Si oui, comment les reconnaitre? Très souvent, les broches en question ont l’attache en “C” ainsi que l’épingle “T-bar ” qui peuvent laisser croire à un bijoux du 19e siècle. Comment puis-je faire pour démêler le vrai du faux?

    1. legemmologue dit :

      Bonjour, c’est assez compliqué de s’y retrouver. Il faut prêter attention aux poinçons, à la facture de l’objet, à son état général, aux éventuelles réparations ou restaurations visibles… Il faut voir beaucoup de pièces pour apprendre petit à petit à les “dater” et savoir ce que vous achetez. Cordialement

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