Une vente d’effets précieux…

Il y a des termes en ancien français qui me font sourire. Certainement parce qu’ils décrivent avec justesse la façon de considérer certains objets. C’est le cas des objets précieux tels que les bijoux, les pièces d’orfèvrerie ou bien les petits objets d’art que l’on trouve couramment décrit au XVIIIe siècle comme des « effets précieux ». Cela reflète parfaitement le soin avec lequel on les considérait. N’est-ce pas ?

Si je vous parle de cela, c’est parce qu’au détour de mes études de catalogues concernant les ventes aux enchères qui touchent à la joaillerie, je suis tombée sur cette notice succincte issue d’une vente qui aura lieu le 26 février 2014. Celle-ci concerne le lot N°257 qui se trouve être un exemplaire du « Catalogue des effets précieux de feue son altesse royale le duc Charles de Lorraine et de Bar ». Et j’ai eu envie de jeter un œil au catalogue qui dispersa les effets du Duc Charles, à Bruxelles à partir du 21 mai 1781.

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Illustration issue du catalogue de la vente du 26 février 2014 par la maison Binoche et Giquello. Photo : Binoche et Giquello.

Mais avant de regarder avec plus de détail les lots, qui était le duc Charles de Lorraine et de Bar dont parle ce catalogue ?

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Le prince Charles-Alexandre de Lorraine, peint par Martin Van Meytens en 1743. Source : Wikipédia

On parle ici des biens du prince Charles-Alexandre de Lorraine, il était le treizième enfant du couple formé par Léopold Ier et Elizabeth-Charlotte d’Orléans. Né à Lunéville le 12 décembre 1712, il est décédé près de Bruxelles (au château de Tervueren) le 4 juillet 1780. Politiquement, il fut connu pour avoir été gouverneur général des Pays-Bas autrichiens de 1741 à 1780. Particulièrement connu en Belgique, les Bruxellois lui doivent une politique d’embellissement audacieuse de la ville avec, entre autres, la construction de la place royale, du parc royal, de la rue royale, la place Anneessens, la place des martyrs… Précisons d’ailleurs qu’un statue fut érigée en son honneur, et de son vivant, en 1775. Fait important, il fut le dernier prince de l’antique maison de Lorraine et son cœur fut inhumé en la chapelle des Cordeliers auprès de ceux de ses ancêtres.

Après sa mort, ses biens sont donc dispersés à Bruxelles. L’étude du catalogue nous montre que l’homme était un personnage raffiné, aimant les belles choses. La vente fait la part belle aux « diamants en Œuvre et Joyaux » mais aussi aux « Bijouteries et Jolités ». On y trouve aussi de l’argenterie, des pendules, des montres, des marbres, des biscuits, des étoffes, des laques ou encore des objets de décorations. On note que le prince était un collectionneur friand de tabatières qu’il possédait en nombre. Ainsi, on note dans la partie consacrée aux bijoux quelques exemple de pièces qui devaient être fort jolies :

– Une « bague d’une pierre en forme de tête de singe, entourée de rubis »

– « Une « bague d’une opale, entourée de petites topases (topazes, nda) du Brésil »

– Une « bague, avec le portrait de feue sa Majesté l’Impératrice – Reine, entouré de brillans (brillants, nda) »

– « Six diamants roses et un jaune, dans une petite boëte (boite, nda) »

– « Un crucifix d’ivoire sur une croix d’ébène, les clous, au nombre de quatre, ont des têtes de brillans, dont celui qui attache l’inscription au haut du crucifix est le plus gros : il y a au pied de la croix, une tête de mort, dont les yeux sont des brillans ; il y a de plus deux médaillons dans des cadres d’argent doré, garni chacun d’une émeraude et de deux diamants roses »

La collection de tabatières est assez impressionnante. On note la richesse des matériaux utilisés : or, argent, diamants, pierres diverses, écaille, ivoire… Ce sont des objets de luxe tout comme les « jolités » présentent dans ce catalogue :

– « Tabatière d’or, d’un quarré long et ciselée, à secret, renfermant dans l’une de ses faces, un petit nécessaire qui contient un couteau de nacre de perle à lame d’or, une petite tablette d’ivoire, un porte-crayon et un cure-oreille en or »

– « Petite tabatière d’écaille blonde, ronde, garni d’or »

– « Tabatière d’une pierre verte, garni d’or »

– « Petite boëte à mouches, de lapis-lazuli, à gorge d’or »

– « Très petite boëte de grenat, garnie en or »

– « Une aiguille d’ambre, à broder au tambour, garnie en or »

– « Lorgnette d’ivoire, garni d’or »

La liste est encore fort longue, je vous invite à parcourir le document depuis Google books. Je n’ai malheureusement pas d’illustrations à vous présenter. Je suppose que certaines pièces listées dans ce livre ont pu être présentées à Lunéville, car esthète reconnu, une exposition lui fut ainsi consacrée en 2012 : « Charles-Alexandre de Lorraine, un prince en sa maison ». Celle-ci présenta au public plus de 200 objets lui ayant appartenu. Je vous invite à vous procurer le catalogue au château de Lunéville.

A bientôt !

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