Au sujet de l’aquaprase

aquaprase_top

« Aquaprases » de la meilleure qualité. Top quality aquaprases. Photo : JCK

Depuis un moment, on entend régulièrement parler d’une nouvelle pierre qui serait sur le marché en quantité moyenne. Une nouvelle sorte de chrysoprase ou une opale commune de couleur bleue-verte d’origine africaine. En juin dernier, lors de Sainte-Marie-aux-Mines 2015, un mineur nous avait même montré deux petits échantillons bruts qu’il souhaitait faire caractériser mais nous n’avions pas pu lui dire exactement ce qu’était ses pierres. Cette semaine, deux articles intéressants sur ce sujet sont parus : l’un sur JCK et un autre dans la revue du GIA. Focus, donc, sur l’Aquaprase.

Dear english readers, I do not forget you. But this article is just a translation of two interesting papers first published in english. You can read these ones here and here. Enjoy !

Je vous propose donc de commencer avec la traduction complète de l’article écrit par Rob Bates du JCK.

« Il y a deux ans, le chercheur de gemmes Yianni Melas travaillait en Afrique. Il ne dira pas où exactement, protégeant ainsi l’endroit et sa découverte. Les géologues ont quitté le lieu car il ne leur semble pas suffisamment riche, quelques poches éparses d’opales s’y trouvent. Les habitants du secteur n’en pensaient pas moins mais quand Melas se rend chez l’un d’entre eux, il aperçoit un échantillon de quelque chose qu’il n’a jamais vu avant.

J’ai su que j’étais en face de quelque chose d’inhabituel raconte-t-il. La pierre n’était pas très belle et elle présentait une légère zone bleue-verte à l’intérieur. J’ai pris ma lampe et j’ai éclairé la gemme. En lumière transmise, celle-ci est passée du bleu-vert à un jaune-vert. Je me suis donc demandé ce que c’était et d’où cela venait ?

Je ne peux pas expliquer pourquoi je pensais que c’était différent ajoute-t-il. C’est comme une intuition. J’ai vu des milliers de pierres et je connais cette sensation. En observant mieux la pierre, j’ai eu un drôle de sentiment. Qu’il fallait s’y intéresser.

Après avoir creusé une tranchée dans la zone, il s’aperçoit qu’il y a beaucoup de ce matériaux dans le secteur et aussi, bien entendu, des opales. Personne ne semble savoir qu’elle est cette pierre y compris les gemmologues présents sur place. Opale bleue-verte, chrysoprase, le chrysocolle est évoqué… Rien de tout cela ne le convint.

Il envoie donc les pierres à un laboratoire réputé et après plusieurs mois, le verdict tombe : chrysoprase. Ce qui ne réjouit absolument pas Melas.

Il y a une énorme différence entre les techniciens des laboratoires et les mineurs / exploitants présents sur le terrain. Chacun son domaine. Et je me suis obstiné. J’accepte en général ce que les gens me disent, mais je savais que j’avais raison même si mes amis ont d’abord commencé par se moquer de moi.

J’ai rappelé mes partenaires indiens et africains et j’ai insisté sur le fait que le laboratoire se trompait écrit-il sur Instagram. Le mot Chrysoprase vient du grec ancien et signifie jaune-vert. Or cette gemme est d’un bleu assez soutenu. J’ai ajouté que j’étais grec et que le laboratoire ne comprenait rien les noms grecs des minéraux. Nous avons donné des noms à ces fichues pierres et jamais nous n’aurions appelé une gemme bleue chrysoprase. 

Il décide alors d’envoyer ses échantillons auprès du GIA.

Je n’ai pas eu de nouvelles durant trois mois écrit-il. Puis j’ai reçu un appel qui me disait qu’ils avaient trouvé quelque chose d’incroyable. Ce n’était pas vraiment une chrysoprase, ni du chrysocolle. C’était une nouvelle variété de calcédoine jamais étudiée avant. 

Cette nouvelle m’a mise en joie ajoute-t-il. Pas simplement parce que c’était une nouvelle pierre. Mais parce qu’il nous a fallu du temps pour avoir des certitudes face à sa nature. Cette matière est restée cachée durant des siècles mais elle devait finalement être découverte.

Le rapport du GIA ajoute que c’est donc une calcédoine bleue-verte et une nouveauté sur le marché des pierres gemmes. Elle est nouvelle et ne possède alors pas de nom. Melas propose donc Aquaprase. Aqua pour le bleu, Prase pour le vert.

Le GIA  a effectué de nombreuses analyses pour vérifier l’absence de traitements et ce sera d’ailleurs l’un des arguments de vente de Melas.

Je veux garder ces pierres entièrement naturelles. Elles ne sont pas traitées, pas même huilées ou cirées. Notre industrie a besoin d’une bouffée d’air frais. Elle a besoin de quelque chose entièrement et naturellement créé par Dieu.

Depuis Melas exploite le gisement. Il n’a d’ailleurs pas découvert d’autres poches ailleurs sur le territoire africain. La pierre se présente sous deux formes principales : bleue-verte et translucide dans sa meilleure qualité; bleu pâle, avec un phénomène de changement de couleur et plus nuageuse. Les acheteurs en gemmes semblent friands de cette matière qui a trouvé preneur quelque soit la qualité.

Quand j’ai montré les échantillons avec de la roche mère autour, les acheteurs ont été dubitatifs dit-il. Il y a un marché pour la turquoise matrix et la couleur de l’aquaprase est complétement différente de la turquoise. J’ai donné le choix à mes partenaires, entre qualité gemme et présence de roche mère. Ils ont, pour beaucoup, choisi les pierres matrix, les trouvant plus naturelles et avec plus de caractère.

aquaprase_1

Appairage d’aquaprase. Photo : Yianni Melas

C’est une expérience, avec le matériaux matrix vous n’avez pas la meilleure qualité mais il faut créer le marché et la clientèle. Au lieu de ne tirer parti que de la meilleure partie à la taille, nous considérons la pierre dans sa globalité. On obtient des choses idéales pour des boucles d’oreilles par exemple. Beaucoup de matières sont parfaites et homogènes. Dans ce cas, chaque pièce est unique et c’est sa force.

Cette pierre est comme un sauveur. Elle arrive à un moment où nous avons besoin de belles histoires. Je la considère comme une sorte de bénédiction.

Cette matière coute de 0,85 $ à 20 $ du carat ajoute Melas. Le prix moyen se situe autour des 5 $. La quantité disponible semble assez importante et Melas compte sur ses partenaires pour mettre cette pierre en avant lors du prochain show de Las Vegas de juin.

Melas est convaincu que sa découverte justifie sa manière de voir les choses. J’ai été inspiré par des explorateurs grecs, les frères Papas. Ils n’étaient pas géologues mais ils ont créé une légende autour d’eux. Ils m’ont dit un jour, que les géologues dépendaient des gens du secteur. Car ils connaissent les lieux mieux que personne pour les avoir arpentés des siècles durant. Que font-ils quand ils gardent les troupeaux ? Ils regardent le paysage encore et encore. Et le sol. Les habitants sont en fait nos meilleurs explorateurs.

Sur son compte Instagram, vous pourrez découvrir de nombreuses photos de cette pierres. On y sent toute la fierté de Melas.

C’est si rare dans la vie d’un homme de pouvoir découvrir une nouvelle gemme. La planète a été exploré depuis des siècles et pourtant… C’est un miracle qui nous rappelle que la nature a des secrets qu’elle dévoile quand elle le souhaite. »

Le GIA a donc publié un rapport sur cette nouvelle variété. On y apprend donc que son indice de réfraction va de 1,531 à 1,539 et que sa densité va de 2,55 à 2,57. Il semble que la couleur soit causée par la présence de chrome et de nickel. Néanmoins, des traces de fer, de vanadium et cuivre ont aussi été découvertes dans un des échantillons taillés. Bien entendu, d’autres articles viendront surement sur cette pierre et je compléterai cette note s’il le faut.

À bientôt !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *