Le métier #11

 L’exigence comme ligne de vie, c’est moi. J’ai ma loupe rivée à mon œil, je vérifie tout et tout le temps. La moindre piqure, fissure ou bizarrerie dans le métal gagne le droit de repartir à l’atelier pour être reprise, je ne te parle même pas du sertissage. Une griffe pas comme il faut, un filet qui n’est pas net et ça repart aussi. Je fais hurler les bijoutiers et mon sertisseur de collègue affute ses échoppes en préparation d’une remarque. Je ne suis pas désagréable, non. Mais exigeante et pinailleuse, oui ! C’est comme ça que j’ai appris à travailler, dans la perfection. Comme ils sont malheureusement ou décédés, ou en retraite, je peux les citer. Des M. Béhar père, M. Foubert, M. Thibaudin… Et j’en passe. Des bijoutiers comme j’ai de plus en plus l’impression que l’on n’en fabrique plus. Le moule doit être cassé et ça me désole en fait. Mais, ça fait bien sourire mon chef d’atelier qui est comme moi. Bon, je suis certainement plus enquiquinante mais je suis polisseuse. Le moindre défaut ressort au poli et se voit comme le nez au milieu de la figure. Non, je ne peux pas laisser passer un truc qui me chiffonne. Tu sais bien, tu es comme moi, mal élevée avec le métal et intransigeante avec lui s’il tente de te résister.

A* (le prénom  a été modifié), polisseuse depuis une vingtaine d’année

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. lise dit :

    Je t’avais perdue (une fois de plus !) et je te retrouve toute entière dans ce texte aussi : polisseuse, il faut avoir l’œil aigu, si je comprend bien. Très bonne idée, ces textes sur le métier. Un métier inconnu du grand public, et qui fait rêver.

    1. legemmologue dit :

      Ma chère Lise, je suis ravie de te retrouver ici aussi. Je lis avec régularité tes textes et tes aventures. J’ai peu posté sur les blogs cette année, qui a été une grosse transition. Mais je vais me rattraper. Je suis contente que le blog te plaise, à bientôt !

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