Le métier #13

 La première fois que je suis entrée dans un atelier de polissage, j’ai trouvé ça d’un sale ! On m’avait à peine prévenue, et je n’aurai jamais cru que cela pouvait être aussi sale. De la poussière partout, sur le poste de travail, par terre, sur les murs. Et je ne te parle même pas de la polisseuse. Un ramoneur n’aurait pas été moins dégoutant…

Mais, bizarrement, j’ai appris à aimer ça. J’ai affronté les blagues douteuses des joailliers sur le métier, et j’ai surtout appris à leurs répondre. Je ne vais pas me laisser faire. Après tout, ils ont trop besoin de moi.

Et puis, je suis devenue intime avec le métal, j’ai compris comment l’apprivoiser, comment le faire briller, ôter les marques et les petits défauts comme les nuages de piqûres. Et je peux même dire que c’est un métier très tactile, presque sensuel. J’apporte au métal une couleur, une brillance, je permets aux pierres d’avoir encore plus de lumière. Et surtout, j’ai un plaisir tout particulier à mettre en valeur le travail des joailliers, des sertisseurs, des graveurs avec qui je travaille. Et je trouve ça très gratifiant. Je regrette juste que peu de jeunes se forment à ce métier et ne retiennent de celui-ci que la poussière. Car c’est bien connu, plus une polisseuse est couverte de noir de poli et plus le bijou est beau !

M.S., polisseuse en joaillerie depuis 15 ans.

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