Feuilleter et rêver

En début février, je reviens avec une petite chronique et quelques livres à ajouter à vos bibliothèques. Je crois que l’on a jamais édité autant d’ouvrages sur la joaillerie et il est donc nécessaire d’être un brin sélectif dans ses choix. Alors, voila quelques livres qui devraient vous intéresser : monographies sur des créateurs souvent discrets et pourtant passionnants, catalogues d’expositions pour réfléchir à la notion de bijou et de préciosité…etc. J’espère que cette petite sélection de début d’année vous plaira !

1- Transgression, Reinhold Ziegler (🇬🇧) – Arnoldsche Publishers – à partir de 28 euros

Faire des bijoux avec des matières inattendues n’est pas nouveau dans le domaine de la joaillerie. Et particulièrement quand on regarde vers les pays nordiques ou vers l’Allemagne où l’art du bijou, le « schmuck », laisse la place à tous les matériaux inimaginables tant qu’ils sont portables. Le beau étant alors une notion aussi subjective que personnelle. C’est d’ailleurs, certainement, la raison qui me pousse à regarder outre-Rhin régulièrement tant je trouve rafraichissantes les prises de positions artistiques des designers basés dans ces différents pays.

Aussi quand la maison Arnoldsche m’a adressé « Transgression » le catalogue de la dernière exposition du joaillier Reinhold Ziegler, je me suis régalée. Organisée entre novembre et décembre 2020 au Trondelag Center for Comtemporary Art situé dans la ville de Trondheim en Norvège, l’exposition avait pour objectif de présenter les travaux du joaillier contemporain norvégien. Ziegler est considéré aujourd’hui comme l’une des signatures joaillières les plus intéressantes de son pays. Né en 1965, il se forme à la bijouterie au lycée d’Elvebakken puis à la Staatliche Zeichenakademie Hanau. Il ajoute ensuite un cursus en art à l’Académie Nationale des Arts d’Oslo. La qualité de son travail n’est plus à démontrer depuis longtemps. Son amour des textures et des matières le précède largement. Sa vision de la bijouterie n’est pas simplement lié à l’objet, elle englobe autant le porteur que l’observateur, et montre que l’objet bijou, plus qu’un simple marqueur social, est un signe universel d’appartenance à quelque chose de bien plus grand. Delà, on comprend mieux son amour pour l’utilisation des météorites, des fossiles, de l’ivoire de mammouth mais également d’os de dinosaures ou d’outils datant de l’age de pierre.

Le livre de 72 pages et 47 illustrations vous permet de plonger dans son univers aussi particulier qu’enthousiasmant. Vendu au prix de 28 euros, je ne peux que vous encourager à vous le procurer car ce catalogue est vraiment un très beau livre qui ne vous fera plus voir les météorites de la même manière !

2- Quiet elegance: the jewelry of Eleanor Moty (🇬🇧) – Arnoldsche Publishers – à partir de 38 euros (chronique IG 🇫🇷)

Quand j’ai reçu ce livre consacré à l’œuvre joaillière d’Eleanor Moty, je crois pouvoir dire que j’ai vraiment sauté de joie ! Édité par la maison d’édition Arnoldsche, ce livre écrit par Helen & Mathew Drutt ainsi que par Bruce Pepich dévoile toute la beauté et la poésie des pièces créées par cette grande dame de la joaillerie contemporaine américaine.

Alors, qui est Eleanor Moty pour ceux qui ne la connaissent pas ? Basée à Tucson, elle fut d’abord professeur à l’Université du Wisconsin où elle enseigna durant près de 28 ans. Reconnue pour sa curiosité et son envie d’apprendre, elle se forma à de très nombreuses techniques et fut très vite appréciée pour son approche interdisciplinaire de la bijouterie. Elle est d’ailleurs une experte dans le domaine de la galvanoplastie dont elle usa abondamment. Elle se forme à la bijouterie à l’Université de l’Illinois puis à la Tyler school of Art de la Temple University. Sa dernière exposition solo, en 2012, fut pour le National Ornemental Metal Museum de Memphis. Ses pièces sont la propriété de très nombreux collectionneurs mais également de plusieurs musées dont le Smithonian de Washington ou la Pinakothek des Moderne de Munich dont je vous ai déjà parlé. Moty commence à exposer ses création à partir de l’année 1967 et elle va très vite définir son style. Épurées, graphiques, ses pièces à la réalisation parfaite s’accordent parfaitement aux pierres qu’elle met en valeur dans celles-ci. En 1983, elle rencontre Bernd Munsteiner puis Dieter Lorenz et c’est le début d’une longue collaboration artistique. C’est également un véritable tournant dans son travail.

Avec ces pierres, Moty invite le public à plonger dans un monde miniature aussi mystérieux que spectaculaire. Les inclusions des quartz, subtilement misent en valeur par les lapidaires, deviennent le prolongement des structures en métal qui les accompagnent. Opales, labradorites, pietersites, perles Biwa trouvent une place sur ses pieces. Les inclusions des pierres trouvent un écho dans les textures qu’elle imagine et imprime dans le métal, reproduisant des paysages, peut-être ceux qui l’accompagnèrent durant son enfance rurale dans l’Illinois. Le livre compte 176 pages et 207 illustrations. Proposé au prix de 38 euros, il ne vous décevra pas. Foncez donc chez votre libraire, ce livre accompagnera délicieusement vos soirées et vos weekends.

3- « Reverso » (🇬🇧) – Assouline – 195 €

S’il est une montre devenue iconique au fur et à mesure des décennies, c’est certainement la Reverso, imaginée et produite par la maison d’horlogerie Jaeger-LeCoultre. Avec ce livre écrit en collaboration avec la marque suisse, l’auteur Nicolas Foulkes et la maison d’édition Assouline, vous plongerez dans l’histoire de ce modèle qui fait toujours le bonheur des amateurs et des collectionneurs de montres. Mais revenons sur son histoire!

En 1931, les maisons Jaeger et LeCoultre ne sont pas encore une seule et même maison. Et c’est bien la maison LeCoultre qui dépose un brevet international en février 1932 pour protéger un modèle imaginé à l’origine pour les joueurs de polo. Ce document stipule qu’il s’agit d’une « montre bracelet coulissant et pivotant », c’est le début d’un succès qui ne se démentira pas. Le boitier comporte deux parties bien distinctes : le brancard, en contact avec le bracelet et la peau, et le mouvement qui pivote librement dans celui-ci. Son nom « Reverso » vient du latin « je me retourne » et il traduit exactement la particularité de cette montre qui se retourne au gré des envies du porteur. Pour les collectionneurs, sachez que les toutes premières portent la référence 201. En 2014, la maison Sotheby’s vendait d’ailleurs un modèle d’époque, en or jaune, pour la somme de 5000 CHF.

La production stoppe dans les années 40. La montre sport à l’esthétique art déco séduit moins. Mais dans les années 70, Jaeger-LeCoultre (la fusion des deux entités a eu lieu en 1937) relance la production et le succès est de retour. La maison n’arrêtera plus de produire ce modèle, le déclinant dans des versions sur-mesure, ultra luxe où – au contraire – sous la forme de séries plus accessibles.

Avec ce livre, vous découvrirez de très nombreuses archives autour de la création et de la commercialisation de ce modèle. Cette montre est aussi une histoire commerciale entre deux manufactures qui finiront par unir leurs forces et dont les réalisations sont reconnues et collectionnées partout dans le monde. Le talent de maison Assouline pour éditer de remarquables livres n’est plus à démontrer et cet ouvrage vous séduira autant par ses magnifiques illustrations que par les anecdotes historiques qu’il révèle page après page… Alors, si vous aimez l’horlogerie, ce livre est déjà un incontournable. Par avance, bonne lecture !

4- « Cipullo, Making jewelry modern » (🇬🇧) – Assouline – 195€

Né à Naples en 1935 dans une famille de joailliers, Aldo Cipullo est la signature incontournable des bijoux des années 1970 et du début des années 1980. Son envie de voyage le pousse vers New York où il s’inscrit à la School of Visual Arts. Dès 1960, il travaille pour le célèbre joaillier David Webb, puis rejoint Tiffany & Co, où il commence à développer son propre vocabulaire créatif.

En 1969, il intègre Cartier aux côtés du président de la société, Michael Thomas, et conçoit certaines des créations les plus intemporelles, comme le bracelet Love, un bijou révolutionnaire pour l’époque car il fixe au poignet de celui ou celle qui le porte à l’aide d’un tournevis spécial. On raconte même que les hopitaux de New York conservent un tournevis pour pouvoir le retirer aux patients qui se présentent en le portant. Même les contrôleurs aériens, dit-on, le désignent comme un objet problèmatique car on ne peut le retirer lors des contrôles. Il poursuit dans cette veine en 1971 avec la collection Nail, pour laquelle il s’inspire d’un clou, qu’il enroule autour du doigt ou du poignet. Cette bague est toujours aujourd’hui un best seller!

Après s’être installé à son compte en 1974, il continue d’inventer et d’innover au point de créer progressivement sa propre légende. Ses pièces massives mettent en évidence des matières gemmes aussi surprenantes que magnifiques : jaspe, oeil de tigre, calcédoines, lapis-lazuli. Les couleurs et les formes imposantes de ses bijoux feront son succès. En 1978, l’American Gem Society lui demande de concevoir une collection à partir de pierres extraites aux États-Unis: turquoises de l’Arizona, diamants de l’Arkansas, saphirs du Montana… Ces pièces appartiennent aujourd’hui à la Smithsonian Institution. En 1984, il décède mais il laisse une oeuvre particulière et forte qui marqera, encore longtemps, l’histoire de la joaillerie créative. Le livre est écrit par Vivienne Becker et préfacé par Renato Cipullo, son frère. Il compte de très nombreux dessins, photos d’archives et de superbes photos de famille. Alors pour tout connaitre d’Aldo Cipullo et de son travail vous savez ce qu’il vous reste à faire!

A bientôt !

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