Les belles pièces Aguttes du 15 décembre 2022

Les ventes de Noël, ou plus largement les ventes de fin d’année, sont de retour pour notre plus grand bonheur. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que je découvre les catalogues et les pièces qui illuminent les vacations du mois de décembre 2022. A cette occasion, la maison Aguttes proposera une petite vente qualitatives (100 lots), à l’image des catalogues toujours très délicats de la maison. Je me suis donc plongée dans celui-ci pour y sélectionner quelques pièces qui m’ont tapé dans l’oeil et qui, je l’espère, sauront autant vous plaire qu’à moi. Rendez-vous le 15 decembre à Neuilly pour y participer !

Lot 8 : collier draperie à transformation en argent, or, diamants et saphirs (non chauffés). Travail du XIXe siècle. Estimation entre 10,000 et 15,000 euros. Photos : Aguttes

J’ai toujours aimé les pièces à transformation. Ce doit être une sorte de déformation professionnelle acquise dans les ateliers de fabrication de joaillerie. J’ai toujours aimé regarder les joailliers imaginer des systèmes et trouver l’astuce pour les rendre discrets et pourtant efficaces. J’ai même souvenir, un jour, d’un collier dont personne ne retrouvait le moyen de l’ouvrir tant le système était caché… Une sacrée performance technique quand on y pense ! Forcément, ce collier, et sa broche, ne peuvent que me plaire. Mais qui n’aime pas les pièces du XIXe siècle, un peu surannées parfois et pourtant si belles. Et puis les pièces à transformation de ce type étaient souvent issues de corbeilles de mariage à une époque où la parure permettait de répondre à toutes les occasions mondaines : ici un collier, là le diadème, ici avec ou sans le pendentif… Sur cette pièce, il devait y avoir deux pampilles qui pouvaient se suspendre. Notez le motif qui évoque une campanule, fleur à la symbolique particulière dont le surnom est « miroir de Vénus ». C’est un motif qui parle de charme, de beauté négligée, de discrétion, de gratitude, une manière de dire « merci d’être là pour moi »… C’est tout un programme de séduction que raconte ce collier…

Lot 15 : double broches Boucheron en platine et diamants. Estimation entre 10,000 et 12,000 euros. Photos : Aguttes

Si vous cherchez un accessoire de mode en joaillerie, c’est forcément vers un double clip qu’il faut vous dirigez. Apparus dans la première moitié du XXe siècle, ces bijoux deviennent totalement à la mode dans les années 20. Les informations que j’ai parlent d’une première broche double fabriquée en 1927 par Cartier, l’idée va se diffuser puis être reprise également par le bijou fantaisie. Certaines peuvent s’accrocher ensemble pour être portée d’un seul tenant, et parfois, comme dans notre cas, ce sont des broches opposées avec un motif identique qui existent. Ces broches de robes, ou broches de cols permettaient de se jouer de la mode et de s’amuser autant avec ses bijoux qu’avec ses vêtements. Ces clips se fixent partout, manches, cols, épaules même… Tout devient possible avec ce bijou qui reflète l’ambiance d’une époque de renouveau et de détente après les heures sombres de la guerre. La maison Boucheron ne fait pas exception à la règle avec ce très joli modèle qui réjouira un ou une amoureuse de mode. Car j’ai un scoop pour vous, il n’y a pas que les montres qui vont aux hommes, les broches également !

Lot 22 : broche libellule en or, opales, diamants et émail. Gaston Laffitte. Estimation entre 6000 et 8000 euros. Photos : Aguttes

Les libellules ont largement inspirées les joailliers à l’époque Art nouveau et ce bijou ne fait donc aucune exception. Mais pour une fois, on peut identifier le fabricant, un joaillier peu connu et dont peu de pièces sont passées en ventes aux enchères, peut-être par méconnaissance de son poinçon. Installé au 34 rue de la grande truanderie à Paris, Gaston Laffitte exerce entre 1896 et 1932. Mais les principaux travaux connus de lui sont empreints d’une identité Art nouveau bien reconnaissable. De lui, je connais beaucoup de femmes papillons à la sensualité indéniable et profonde. Symbole de chance en Asie, de renouveau même, la libellule est rattachée au féminin dans la joaillerie. Les ailes de l’insecte, changeantes, lumineuses, savent envouter les hommes pour mieux les séduire. Entre grâce et fragilité, l’insecte questionne et les joailliers le subliment.

Lot 37 : broche « oiseau sur sa branche » en or, diamants et turquoises. Rolland Barrey. Estimation entre 4000 et 6000 euros. Photos : Aguttes

Les oiseaux… Je ne sais pas quand j’ai commencé à les aimer. En vrai d’abord, car ces créatures me fascinent. N’y voyez pas le mythe d’Icare car je ne suis pas à l’aise dans les airs même si j’ai toujours rêvé de passer mon brevet de pilote d’hélicoptère. Et puis en bijou, c’est par les oiseaux de Pierre Sterlé que j’ai appris à les aimer. Mais dans le cas de cette broche, c’est autant le motif que la signature que j’aime. Que de souvenirs autour de la maison Rolland Barrey pour laquelle l’entreprise, dont j’étais apprentie il y a plus de vingt ans, travaillait. Je me souviens d’y être allée un nombre incalculable de fois et surtout de la gentillesse du couple Barrey qui m’accueillait à chaque fois. Et, en plus, c’était un très grand joaillier, toujours prêt à m’apprendre quelque chose, à m’expliquer son métier, ce qu’il faisait… Alors croiser une de ses pièces est un peu émouvant, voir sentimental. Et puis, cette broche de belle taille, 9 cm, a une allure folle et beaucoup de caractère. Alors, je ne sais pas vous, mais moi je la porterai volontiers !

Lot 40 : broche en or, diamants, perles fines et saphirs. Estimation entre 1500 et 2000 euros. Photos : Aguttes

Il y a des cadeaux qui racontent la grande Histoire. Ils sont parfois petits mais ils témoignent d’événements importants qui ont pu marquer la vie d’un pays. Cette broche en or, diamants et perles fines est un joli témoignage de l’histoire de la Belgique. Le 23 décembre 1909, Albert Ier devient le Roi des Belges et son épouse Élisabeth de Bavière, la Reine consort. Les memorabilia font partis d’une catégorie bien à part sur le marché de l’art et le marché du bijou. Des collectionneurs les aiment et les chérissent autant pour leur qualité d’exécution que pour les événement qu’ils racontent. A l’image de cette broche, adorable, délicate, ornée des initiales du roi et de la reine qui a été conservée par la famille jusqu’à aujourd’hui. Le couple royal sera très vite apprécié du peuple belge pour sa vision humaniste et pacifiste. Et il laissera le souvenir de monarques dévoués à leur pays.

Lot 49 : bracelet en or de Georges Lenfant. Estimation entre 7000 et 10,000 euros. Photos : Aguttes

Ce bracelet qui se présente chez Aguttes raconte l’histoire de la joaillerie parisienne et de ses liens amicaux entre des familles de joailliers. Signé de la maison Lenfant, ce bracelet ceinture est remarquable par ses dimensions et son poids puisqu’il pèse 123 grammes. Ce qui n’est pas rien pour un bracelet. C’est la petite-fille du joaillier Maurice Labarte qui a confié cette pièce et c’est relativement rare que l’on connaisse le nom du vendeur dans une vente aux enchères. Cette maison de joaillerie travaillait exclusivement pour la maison Lenfant à partir des années 1960 et je ne peux que vous conseiller l’article de Richard Jean-Jacques au sujet de cette famille. Vous y découvrirez une histoire truculente de changement de nom mais aussi une histoire d’amitié professionnelle qui va durer quasiment jusqu’à la fin de la maison en 2001. Ce bijou est ce que les américains appellent une « statement piece », en somme une pièce qui a un sacré caractère et que l’on ne peut ignorer. J’ai toujours aimé les bijoux forts, massifs, qui possèdent une présence forte sur le corps et ce bijou, ma foi, coche toutes les cases !

Lot 57 : broche Pierre Sterlé en or, diamants et émail. Estimation entre 6000 et 8000 euros. Photos : Aguttes

Et comme je vous ai parlé de Pierre Sterlé un peu plus haut, je termine cette sélection avec lui. Les pièces de cette maison me plaisent tout le temps. C’est mon péché mignon. Je ne peux que me réjouir quand je vois une pièce de sa maison. Son travail sur les oiseaux à marqué la joaillerie avec sa manière d’aborder la réalisation fidèle des plumages leur conférant une réalité étonnante dans le métal. Surnommé le « couturier du bijou » il a marqué l’histoire de la joaillerie parisienne et je me souviens encore de mon émotion devant les pièces signées Sterlé exposées lors de l’événement à l’Ecole des Arts Joailliers  » Birds in paradise ». S’il fut un excellent joaillier, il ne fut pas bon gestionnaire et c’est la maison Chaumet qui sauvera les meubles en rachetant son stock dans les années 70. Il travaillait quasi exclusivement pour la maison depuis le début des années 60. Il terminera d’ailleurs sa vie chez eux en tant que conseiller technique. L’arlequin qui se présente chez Aguttes est un beau témoignage du travail et des réalisations de ce grand monsieur du métier. A acquérir absolument !

A bientôt !

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