Marie Beltrami, le chic, le choc, mais surtout l’audace

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Marie Beltrami est connue de tous. Si. Véritablement. Et pourtant, pour la plupart d’entre vous, vous ne savez pas qui elle est. Néanmoins, vous avez vu son travail à de nombreuses reprises à la télévision et vous avez admiré son sens du style sans imaginer qui se cachait derrière celui-ci… Si je vous dis la publicité « Égoïste » de Chanel ou les collants « Diam’s » de Dim, vous voyez ou je veux en venir ? Non ? Alors installez-vous confortablement et lisez…

Marie Beltrami is known to everyone. Yes, really. And yet, for most of you, you do not know who she is. Nevertheless, you have seen her work many times on television and you have admired her sense of style without imagining who was hiding behind it … If I tell you the advertising « Égoïste » by Chanel or « Diam’s  » tights by Dim, do you see where I’m going ? No ? So get comfortable and read …

marie beltrami

Marie Beltrami dans son jardin. Marie beltrami in her Parisian garden. Photo : ©MarieChabrol

Fin juillet, dans la touffeur de l’été parisien, j’avais ainsi rendez-vous avec la plus fameuse chevelure rose de Paris. Je l’avais rapidement rencontré lors d’une soirée chez Artcurial et je m’étais juré de prendre un long moment pour l’interviewer. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvé dans son jardin, au cœur de Paris, pour discuter de sa vie, de ses souvenirs – nombreux et touchants – mais surtout pour évoquer la ligne de bijoux et les pièces qu’elle fabrique depuis les années 70. Retour en texte et images sur l’une des plus belles interviews que j’ai eu le privilège de mener. J’espère que son univers, poétique, disruptif, et parfois même érotique, sauront vous séduire…

At the end of July, in the sultry summer of Paris, I had an appointment with the most famous pink hair of Paris. I had met her quickly at a party at Artcurial and I had sworn to take a long time to interview her. That’s how we ended up in her garden, in the heart of Paris, to discuss about her life, her memories – so many and touching – but especially to evoke the line of jewelry and the pieces she has been making since the 70s. Back in text and images on one of the most beautiful interviews I had the privilege of leading. I hope that her universe, poetic, disruptive, and sometimes even erotic, will seduce you …

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Jeux de reflets avec cette bague en or et topaze bleue (traitée). Playful gold ring with a treated blue topaz. Photo : ©MarieChabrol

Pour cerner Marie Beltrami, il faut d’abord dire qu’elle est une artiste complète. Rien ne lui fait peur et rien ne l’arrête. Meubles, vêtements, accessoires, bijoux, tableaux… Elle prend la matière, se l’approprie et la transforme. Entre ses mains, son imagination fertile donne vie à un monde et un univers coloré, souvent joyeux, mais jamais ennuyeux. Mais avant cela, il y eu une autre vie.

To define Marie Beltrami, it must first be said that she is a complete artist. Nothing scares her and nothing stops her. Furnitures, clothes, accessories, jewels, paintings … She takes materials, appropriates it and transforms it. In her hands, her fertile imagination gives life to a world and a colorful universe, often happy, but never boring. But before that, there was another life.

Avant de devenir une styliste star, elle commence par faire des études d’infirmière. Nous sommes dans les années 60 et plus exactement vers 1968. Alors que la bande Velpeau n’a plus de secrets pour elle, elle décide qu’il lui faut apprendre l’anglais. La voila en partance pour les USA et plus particulièrement New York. Finalement, elle pose ses valises à Las Vegas, puis fréquente les milieux artistiques. Pour celle qui a toujours « bricolé » et fait fonctionner ses mains au service de son imagination, rien n’est plus naturel et enrichissant. Et l’anglais devient secondaire ! Elle décide alors de se mettre à fabriquer ses propres vêtements et à son retour en France, s’achète une machine à coudre.

Before becoming a star stylist, she began to study nursing. We are in the 60s and more exactly around 1968. While the Velpeau band has no more secrets for her, she decides that she must learn English. Here we go to the USA and especially New York. Finally, she puts down her suitcases in Las Vegas, then frequents the artistic circles. For those who have always « tinkered » and made their hands work in the service of her imagination, nothing is more natural and rewarding. And learning English becomes secondary ! She decides to start making her own clothes and when she comes back to France, she buys her first sewing machine.

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Des souris, des souris… Bagues en or jaune et or rhodié noir, diamants, rubis et grenats. Mouses, mouses… Yellow and blackened gold ring featuring diamonds, rubies and garnets. Photo : ©MarieChabrol

C’est un week-end sur l’île de Noirmoutier qui va changer sa vie. Alors que Robert Bresson y tourne « Lancelot du Lac » en 1973, elle devient amie avec la fille de Nikki de Saint-Phalle – Laura Duke Condominas – qui interprète Guenièvre dans ce film. L’histoire commence là. Puis en 1975, elle s’installe définitivement à Paris où elle rejoint toute la troupe qui gravite autour de Nikki. C’est ainsi qu’elle se lie d’amitié avec elle mais surtout avec la Princesse Marina de Grèce. Celle qui fabrique ses vêtements commence à en fabriquer pour d’autres… Car autour de Nikki se greffe une myriade d’artistes. Elle commence donc à travailler sur les films de Nikki, lui réalisant des costumes, puis elle imagine ceux du théâtre d’avant-garde de Paloma Picasso et de Gérard Darouste. Parmi ses coup de maître, les costumes du film de David Hamilton « Bylitis » sorti en 1977. Dans la foulée, elle réalise des bijoux en forme de glaçons et des colliers avec des épingles… Et en 1981 lance sa première collection avec, parmi ses pièces iconiques, des robes dont le tissu n’est autre que l’impression de lettres d’amours de ses prétendants ! Cette même année, l’événement politique majeur est l’élection de François Mitterrand. Sa réélection en 1988 offrira à Marie l’opportunité de la création d’une chemise politique : la « Chemise Tonton » qui a fait la Une des grands médias de l’époque.

It’s a weekend on the island of Noirmoutier that will change her life. While Robert Bresson filmed « Lancelot du Lac » in 1973, she befriended the daughter of Nikki de Saint-Phalle – Laura Duke Condominas – who plays Genièvre in this film. The story begins there. Then in 1975, she moved permanently to Paris where she joined the troupe that revolves around Nikki. This is how she becomes friends with her but especially with Princess Marina of Greece. The one who makes her clothes starts to make some for others … Because around Nikki is grafted a myriad of artists. She begins to work on Nikki’s films, making costumes, and then imagines those of the avant-garde theater of Paloma Picasso and Gerard Darouste. Among her masterpieces, the costumes for David Hamilton’s film « Bylitis », released in 1977. In the process, she made jewelry in the shape of ice cubes and necklaces with pins … And in 1981 launched its first collection with, among her iconic pieces, dresses whose fabric is nothing but the impression of love letters from his lovers ! That same year, the major French political event is the election of François Mitterrand. His re-election in 1988 offered Marie the opportunity to create a political shirt : the « Tonton Shirt » made famous by 80s national press.

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Boucles d’oreilles réalisées à partir de forets à bois détournés. Earrings made from distorted wood drills. Photo : ©MarieChabrol

A cette époque, elle tournera même dans plusieurs films. Mais surtout, elle fréquente assidument La Coupole. L’incontournable restaurant de Montparnasse est le lieu de prédilection de toute l’Intelligentsia artistique de Paris. C’est ainsi que le hasard, ou la chance, lui font rencontrer Jean-Paul Goude, alors à la recherche d’une assistante et d’une styliste. Commence alors à s’écrire une histoire qui durera presque vingt ans. Vingt ans de pubs, de tournages auxquels se prête parfaitement l’imagination débridée de Marie. Le stylisme du spot « Égoïste » que vous connaissez tous pour ses alexandrins lancinants et la musique de Prokofiev, c’est elle. Vanessa Paradis en oiseau dans sa cage, c’est encore elle et la toréador sexy des collants Dim, toujours Marie… Styliste en chef de Goude, elle imagine comment mettre en scène ses idées, fait des propositions de matières et trouve des solutions pour que tout fonctionne en plateau… Après des années de travail en commun, leur duo créatif s’arrête et Marie ouvre alors une nouvelle page de son histoire créative. Nous sommes en 2005/2006, sa chevelure rose est toujours aussi pimpante et glamour et il est temps pour elle de s’exprimer en son nom. La voila qui repart vers du stylisme free-lance mais aussi vers des projets  artistiques très différents, à son image. Elle enchaine alors des collaborations avec des noms tels que Philippe Stark, Dominique Issermann , Etienne Chatilliez et pour le journal l’Egoïste avec Bettina Rheims et Richard Avedon.

At this time, she will shoot even in several films. But above all, she frequents La Coupole. The inescapable restaurant of Montparnasse is the place of predilection of all artistic Intelligentsia of Paris. This is how chance, or luck, makes her meet Jean-Paul Goude, then looking for an assistant and a stylist. Then begins to write a story that will last almost twenty years. Twenty years of pubs, filming to which Marie’s unbridled imagination lends herself perfectly. The style of the « Égoïste » spot that you all know for its throbbing alexandrins and Prokofiev’s music, it is her. Vanessa Paradis as a bird in her cage, it’s still her and the sexy Dim toreador, always Marie … As Goude’s chief stylist, she imagines how to stage his ideas, makes proposals of materials and finds solutions so that everything works in a set … After years of working together, their creative duo stops and Marie opens a new page in her creative history. We are in 2005/2006, her pink hairs are always so glamorous and it is time for her to express herself in her name. Here we go again to freelance styling but also to very different artistic projects, in her own image. She then collaborated with names such as Philippe Stark, Dominique Issermann, Etienne Chatilliez and the Egoïste newspaper with Bettina Rheims and Richard Avedon.

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Texte écrit par Marie Beltrami lors d’un atelier d’écriture autour du bijoux. This text was written by Marie during a writing workshop around jewelry. Photo : ©MarieChabrol

« Je suis addict à la singularité, parce que la singularité, c’est la liberté… »

« I am addicted to singularity, because singularity is freedom … »

Marie Beltrami

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Trois souris… Projet pour une bague en or et diamants qui devrait bientôt voir le jour. Three mouses. This ring is a project for a forthcoming gold and diamond ring. Photo : ©MarieChabrol

En 2010, elle signe une exposition de photos « La femme qui sauve le monde » – réalisée en collaboration avec son fils Pascal à partir de 2006 – qu’elle  dispose à la Galerie Antonine Catzeflis. Dans la foulée, elle propose ses « Cintrées » – des sculptures inspirées de son univers mode – et les expose aux Arts Décoratifs. En 2013, elle initie le projet « Sa vie de timbrée », une série de 350 lettres qu’elle a adressé à des personnalités qu’elle admire ; dont toutes ne sont plus de ce monde. Les réponses, parfois touchantes, parfois purement administratives, ont fait l’objet d’une exposition à l’Espace Louis Vuitton à Saint-Germain-des-Près. Puis vient Shanghai et en 2015, sa collection de meubles érotiques directement inspirés de ses propres dessins. C’est la Galerie Pierre Alain Challier qui l’expose alors.

In 2010, she signed a photo exhibition « The woman who saves the world » – in collaboration with her son Pascal from 2006 – which she has displayed at the Antonine Catzeflis Gallery. In the process, she offers her « Cintrées » – sculptures inspired by her fashion world – and exposes them to the Decorative Arts. In 2013, she initiated the project « Her stamped life », a series of 350 letters she addressed to personalities she admires ; all of whom are no longer of this world. The answers, sometimes touching, sometimes purely administrative, were the subject of an exhibition at the Espace Louis Vuitton in Saint-Germain-des-Près. Then comes Shanghai and in 2015, her collection of erotic furnitures directly inspired by her own drawings. It is the Galerie Pierre Alain Challier who have exposed her.

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Marie portant l’une de ses boucles d’oreilles imaginées dans les années 80. Marie is wearing one earring she made in 80s. Photo : ©MarieChabrol

A partir de 2012/2013, elle commence à imaginer une série de bijoux figurant des souris et inspirée du chat de son ami Alexis Mabille. Des souris, tantôt mutines, tantôt coquines et parfois même légèrement punk. Mais Marie détourne aussi des forets à bois en faisant des boucles d’oreilles incroyables, imagine des sortes de pièces de métal pour couvrir les oreilles, ajoute des anneaux, s’inspire presque de l’univers érotico-SM pour donner une touche sexy à des bijoux que nulle autre qu’elle aurait pu imaginer. Graphique, audacieux, étonnant, les mots manquent pour caractériser avec précision Marie et c’est tant mieux ! Aujourd’hui, elle ajoute aussi l’écriture à son arc et vient de terminer un premier manuscrit, surréaliste, à son image, que j’ai pris un plaisir tout particulier à lire. J’espère qu’il sera édité sous peu et que vous pourrez le découvrir à votre tour !

From 2012/2013, she begins to imagine a series of jewels representing mouses and inspired by the cat of her friend Alexis Mabille. Mouses, sometimes mischievous, sometimes naughty and sometimes even slightly punk. But Marie also hijacks wood drills by making incredible earrings, imagines some kind of metal pieces to cover the ears, adds rings, is almost inspired by the Erotico-SM world to give a sexy touch to jewels that no one else could have imagined. Graphic, daring, amazing, words are missing to accurately characterize Marie and that’s good ! Today, she also adds writing to her bow and has just finished a first manuscript, surrealist, in her image, that I took a particular pleasure to read. I hope it will be published soon and that you can discover it !

marie beltrami

La broche homard en or et grenats. The gold lobster brooch featuring garnets. Photo : ©MarieChabrol

De Marie, je retiens son élégance, sa culture, ses idées par milliers, sa volonté de détourner le moindre objet dont elle s’éprend. Sa joaillerie méle or, argent, diamants, métal doré, éléments de seconde main… etc. Si les bijoux imposants, grahiques vous séduisent, courez découvrir son travail mais surtout n’oubliez de rencontrer Marie car vous ne le regretterez pas !

About Marie, I retain her elegance, her culture, her ideas by thousands, her desire to divert the least object of which she falls in love. Her jewels include gold, silver, diamonds, gold metal, second-hand items … etc. If the big jewels seduce you, run to discover her work but especially do not forget to meet Marie because you will not regret it !

À bientôt !

See you soon !

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