Interview avec Richard W. Hughes

À l’occasion des Rendez-Vous Gemmologiques de Paris qui se tiendront le 8 juin 2015 à Paris, de très nombreux intervenants du monde de la gemmologie mondiale seront présents. Pour vous inscrire à ce symposium, une seule solution : contacter l’Association Française de Gemmologie (AFG) à Paris.

C’est dans cette optique que j’ai proposé à Richard W. Hughes qui sera présent lors de cette journée de répondre à quelques questions sur son métier et le nouveau laboratoire – Lotus Gemology – qu’il a créé à Bangkok il y a peu. Pour l’occasion, l’interview est accessible aux lecteurs francophones comme anglophones. Rencontre.

Richard

Richard W. Hughes. Photo : Lotus Gemology

1 – Bonjour Richard, je vous laisse vous présenter à nos lecteurs.

Je m’appelle Richard Hughes et ma société, basée à Bangkok, se nomme Lotus Gemology. Je suis engagé dans la gemmologie depuis 1979 et j’ai travaillé dans différents domaines en relation avec les gemmes : la formation, les analyses gemologiques en laboratoire ou encore le commerce des gemmes. Ajoutons enfin l’étude des sites miniers mais aussi l’art lapidaire. De plus, je suis l’auteur de presque 200 articles et de nombreux ouvrages sur les pierres.

2 – Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la gemmologie et pourquoi avoir finalement décidé de l’étudier et d’en faire votre profession ?

Quand j’ai eu 18 ans, et alors que je vivais aux États-Unis, j’ai entrepris un voyage vers l’Europe. Ce voyage est devenu un tour du monde. C’est durant ce premier voyage que j’ai découvert la Thaïlande. J’ai alors éprouvé une passion subite à la fois pour les gemmes comme pour ce pays. Une année plus tard, j’étais de retour dans ce pays et j’ai alors commencé à me former à la gemmologie.

3 – Les gemmologues sont tous d’accords sur le fait que – aujourd’hui – les spinelles et les corindons (rubis et saphirs) sont de plus en plus des gemmes à fortes valeurs ajoutées. Est-ce pour cette raison que vous avez décidé de la création d’un nouveau laboratoire gemmologique dédié à la certification de ces gemmes. De plus, nous serons d’accord sur le fait que les consommateurs sont bien plus informés sur les traitements. Et surtout pour les corindons et les émeraudes.

Une personne d’une grande sagesse m’a dit un jour que quand on doit commencer à écrire, il est bon de le faire sur un sujet que l’on maîtrise déjà. Cette affirmation trouve un écho particulier avec la gemmologie. Ainsi, quand le temps fut venu pour moi d’ouvrir Lotus Gemology, nous avons décidé de ne produire des certificats ne concernant que les gemmes avec lesquelles nous avions les meilleures connaissances, à savoir : les rubis, les saphirs et les spinelles.

Bien entendu, la détection des traitements reste la majeur partie de notre activité, mais la détermination de l’origine géographique est aussi une demande importante de nos clients.

 4 – J’ai lu avec intérêt vos différents articles publiés sur le site internet de Lotus Gemology. Et plus particulièrement celui concernant les couleurs des rubis et des saphirs. Cette charte de couleurs est très intéressante pour les clients comme pour les négociants et les détaillants. On peut imaginer qu’elle pourrait un jour intégrer un système de gradation universel des corindons à l’image de ce qui se fait avec les 4Cs pour le diamant. Mais ce n’est pas encore le cas et peu de laboratoires de réputation internationale mentionnent ces noms. Est-ce parce que la définition d’une couleur reste surtout un critère commercial et que cela peut induire une valeur ?

Grader la couleur d’une pierre gemme est un exercice délicat et particulièrement complexe, autant que pour le diamant. En effet, la couleur d’une pierre taillée est d’abord tridimensionnelle et on peut souvent donner « à voir » des centaines de teintes ou de reflets différents dans une seule et même pierre taillée, à la manière d’une mosaïque. Ainsi, il est même difficile de caractériser la couleur par des mots. Néanmoins, la charte des couleurs des corindons que Lotus a réalisé n’implique pas une qualité spécifique de gemme ni une valeur. La gradation reste un exercice personnel et ne peut être dictée par une tierce personne.

5 – Vous êtes bien connu par les gemmologues du monde entier. Vous avez écrit et co-écrit de nombreux ouvrages. L’un des derniers en date est le superbe Terra Spinel de Vladislav Yavorskyy. Quel est pour vous l’un des plus grands challenges à venir dans la gemmologie ? Est-ce – comme beaucoup le pensent – la détection des diamants synthétiques ?

Prédire quoi que ce soit reste très difficile. Votre question me ramène en 1987. Je donnais alors une conférence lors d’un congrès gemmologique et justement la question des traitements commençait à se poser comme – peut-être – un des futurs sujets importants des recherches dans notre secteur. À cette époque, cette question n’agitait pas encore trop notre métier et pourtant… Alors, mon opinion est que les traitements des gemmes seront encore un sujet très récurrent en gemmologie.

6 – Dans un peu plus d’un mois, vous serez en France pour les Rendez-Vous Gemmologiques de Paris. Une bonne occasion pour ceux qui voudront vous rencontrer. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre intervention durant cette journée ?

Je vais profiter de ce rendez-vous pour parler de Mogok, en Birmanie, qui reste une des localités les plus connues pour la production de pierres gemmes et en particulier les rubis et les spinelles. Par ailleurs, je participerai à une table ronde sur l’éthique dans l’extraction minière.

Je remercie très sincèrement Richard W. Hughes pour avoir pris le temps de répondre à mes questions et ce avec une grande gentillesse.

À bientôt !

7 commentaires Ajoutez le votre

  1. gemschoice dit :

    AS usual, just pefect _ Et bilingue en plus cet article : quelle biréfringence !

  2. Nomad's dit :

    Super Interview.

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