#Carrière 7 – Isabelle Reyjal, enseignante en gemmologie

le

Je reviens ce jour avec un nouveau portrait dans l’univers de la joaillerie. Isabelle Reyjal a gentiment accepté de me raconter sa vie professionnelle et son parcours entre services de douanes et gemmologie. Je la remercie infiniment et j’espère que, comme moi, vous aurez autant de plaisir à le découvrir. Bonne lecture !

I’m happy to share with you a new interview in the parisian jewelry industry. Today, Isabelle Reyjal talks about her career between customs and gemology. I wish that, as me, you will love this new post. Enjoy !

Fig 15

Émeraude de Madagascar et perles d’eau douces de Chines lors du salon de Sainte-Marie-aux-Mines 2015. Emerald from Madagascar and freshwater pearls from China at Sainte-Marie-aux-Mines 2015. Photo : Constance Chabrol

1-Pouvez-vous vous présenter rapidement ? / Isabelle, can you introduce yourself ?

Je m’appelle Isabelle et je suis âgée de 53 ans. Je vis à Paris, je suis gemmologue et enseignante en gemmologie.

My name is Isabelle, I’m 53 years old. I live in Paris and I teach gemology.

2-Quel métier vouliez-vous faire étant petite ? / When you were a child, what are your dreams about your furure job ?

Je n’avais pas vraiment d’idée préconçue, mais je souhaitais faire quelque chose en rapport avec la langue française. Petite fille, je voulais écrire des livres pour enfants ; plus tard j’ai désiré devenir journaliste, parcourir le monde et rédiger des articles. Rien de tout cela ne s’est réalisé.

I hadn’t preconceived ideas but I wanted to do something related to the french language. When I was a child, I wanted to write books for children ; then I thought to become a journalist, travel around the world and write, write… None of this came true.

3-Et finalement, quel est votre métier actuel ? / And finally, what is your current job ?

Je travaille à la douane. Ma plume m’y est assez utile, mais pas pour les usages que j’aurais imaginé.

I work at french Customs. My way with words is required but not for the reasons I imagined.

4-Comment êtes-vous arrivée à ce poste ? Racontez-nous votre parcours professionnel. / And finally, how have you obtain this job ?

J’ai fait des études de lettres classiques que j’ai beaucoup aimées, qui m’ont amenée jusqu’à la maîtrise, mais très vite j’ai eu le désir d’acquérir mon indépendance financière. Je souhaitais alors rester dans ma région d’origine, la Corrèze, aussi ai-je passé le concours de l’École Normale d’Instituteurs, qui était alors local. L’enseignement ne me déplaisait pas, mais je n’étais pas vraiment faite pour le contact avec les jeunes enfants ; j’ai cherché autre chose en urgence, et j’ai passé un concours dans l’administration des Finances, qui m’a fait atterrir à Paris en première affectation ; je m’y suis fixée, contrairement à mes projets de départ.

First, I studied arts subjects at the university. Degree then a Master… But, quikly, I wanted to earn one’s living and to live in my region : the Corrèze. So I decided to do the Teacher Training College. If I loved to teach, I must admit that I wasn’t made for young children… And, urgency, I took a competitive exam to join the French Ministry of the Economy and Finance. My first job was in Paris… 

5-Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de la gemmologie et pourquoi avoir finalement décidé de l’étudier et d’en faire en partie votre profession ? When did you hear for the first time about gemology ? Why have you decided to study it ?

Enfant, j’éprouvais déjà une fascination pour les pierres ; je ne saurais dire pourquoi, rien ni personne dans ma famille ou mon milieu ne m’y prédisposait. Je me souviens d’avoir passé de longues heures à lire et relire, dans l’encyclopédie familiale, les pages consacrées aux pierres précieuses ; je scrutais les planches de photos en couleurs, j’apprenais par cœur le nom des gemmes ; mais tout cela restait très virtuel car je n’avais aucune vraie pierre à regarder à la maison ! Donc cet intérêt est resté enfoui et dormant durant de longues années.

En 1984, j’avais vingt-deux ans, j’ai eu l’occasion de faire un voyage au Sri Lanka, qui a réveillé cette passion sommeillante ; toutes ces pierres que je voyais dans les bijouteries locales m’ont fait entrevoir un univers fascinant et magique. Je n’y connaissais rien du tout encore…

When I was a child, I was fascinated by gemstones. I cannot say why because nothing in my social circles was related to gems. But, I remembered many hours to read all the pages concerning precious gemstones in the encyclopedia. I learned by heart their names… But I haven’t gems or minerals at home, so it was just virtual…

In 1984, when I was 22, I made a travel in Sri Lanka and I discovered a little an industry that seemed to be – for me – fascinating and truly beautiful. But I was a novice…

6-Et quel parcours spécifiquement lié à la joaillerie et à la gemmologie avez-vous suivi ? What is your particular backgroung related to jewelry and gemology ?

Deux ans après ce voyage, je me suis donc installée à Paris. J’ai assez vite connu l’existence de l’Institut National de Gemmologie, mais mon salaire de l’époque ne me permettait pas d’envisager cette formation. Il m’a fallu encore attendre encore une dizaine d’années. En 1993, j’ai franchi le pas ; j’ai sacrifié mon budget vacances pour m’inscrire aux cours du soir hebdomadaires. J’ai su tout de suite que ce serait une histoire au long cours !

Two years after this travel, I moved to Paris where I heard about the French National Institute of Gemology. But I cannot paid this cursus with my first salaries. I waited for quite ten years… And in 1993, I took a big decision. No holidays, but weekly lessons of gemology.

Quatre ans plus tard, j’avais terminé mon cursus de base à l’ING, et je me suis creusé la cervelle pour savoir ce que je pourrais bien en faire ; il était hors de question que l’aventure s’arrête là. J’ai cherché au sein du ministère des Finances un service où ma qualification de gemmologue pourrait être utile. J’ai trouvé un bureau de douane à Paris, spécialisé sur le dédouanement des pierres précieuses. J’ai fait des pieds et des mains pour obtenir un détachement dans ce bureau, et je l’ai eu.

Four years later, I was graduated. I searched a job in my Ministry where my new gemologist title could be required. And I found a Customs office in Paris dedicated to customs clearance for gems. I moved heaven and earth to have a job in this office. And I did it !

Ce fut une expérience formidable, qui m’a permis de mettre en pratique mes connaissances et de me former l’œil d’une manière incomparable. Mon travail consistait à vérifier la conformité des marchandises exportées ou importées avec les factures présentées, et à m’assurer que les diverses réglementations douanières étaient respectées. Toute la journée, des gemmes, des perles et des bijoux défilaient sur mon bureau, des plus humbles aux plus éblouissants joyaux. Nous ne travaillions qu’avec les professionnels. J’ai pu ainsi connaître le milieu des joailliers et des négociants de gemmes, donc certains sont restés des amis.

It was a amazing professional experience where I used everyday my knowledges. I had to check the conformity of goods : confirm invoices and be sure that customs regulations were observed. Days after days, gems, pearls and jewels. The most simple to the most dazzling. We worked only with professionals, so I discovered the jewelry industry with the jewelers, gemstones dealers… And I met friends.

Mais en douane, la variété des métiers et le jeu des promotions font qu’on reste rarement à un même poste toute une carrière ; j’ai quitté ce service après quelques années pour explorer d’autres fonctions sans aucun rapport.

But, in the Customs, it is rare to have the same job during all a career. After some years, I leaved this job for another one unrelated to gems and jewels.

Entre temps, j’avais continué à me former à l’ING sur des modules complémentaires : diamant, pierres décoratives, brevet européen. Le jour de la remise des diplômes de la FEEG, le directeur de l’ING est venu me demander si j’aimerais intégrer l’équipe enseignante. Je ne m’y attendais pas du tout, et ce fut une grande joie. En 2000, j’ai commencé à donner quelques cours du soir de gemmologie à l’ING, après mon travail en journée pour mon administration. Le contact avec des élèves adultes, de toutes origines professionnelles mais partageant la même passion et le même désir d’apprendre, m’a tout de suite plu.

But I continued to take gemology lessons about diamonds, hard gemstones. One day, just after I reveived my FEEG diploma, the manager of the school asked me if I was interested to give lessons. So, In 2000, I began to give evening classes after my job. It was a pleasure to meet adults, from different professional industries but with the same passion to learn !

7-Avez-vous de la famille dans ce métier ? Do you have family in the business ?

Strictement personne !

Nobody !

8-Que préférez-vous dans votre métier ? What do you love with your different jobs ?

J’aime zapper d’un univers à l’autre, passer sans transition de mon métier de journée à l’enseignement de la gemmologie en soirée. Les élèves qui viennent chaque semaine, après leur travail , font un effort sur leur vie privée que j’ai connu et que je partage avec eux ; leur motivation et leur sérieux me donnent envie de leur donner le meilleur ; il se tisse de vrais liens qui vont bien au delà du simple rapport élève-enseignant. Et j’apprécie aussi l’ambiance dans les groupes, et les relations qui se nouent entre des personnes qui viennent de milieux très différents et ne se seraient sans doute jamais rencontrées sans cet amour commun des pierres ; certains apprenants sont déjà dans la profession, d’autres rêvent d’y entrer, d’autres pratiquent cette activité pour le plaisir pur ; tout cela se mélange de manière très complémentaire et riche.

I like to move from a sphere to another one. Change seamlessly from my job at Customs to the teaching of gemology in evening. Students who come everyweeks, after their jobs, make an effort and take time on their private lifes. I known that myself and I share the same reasons, motivation and I want to give the best of myself to poeple who take my lessons so seriously. In more, we forge links which are more strong than the students-teacher relationship.

I really love the athmosphere in the groups and the fact that some people will never meet without gemstones. Because they come from very different spheres… Some are in our industry, some other dream to enter into this sector, some learn gemology just for pleasure… The mix of all these reasons is really rich and compatible.

9-Vous êtes aussi auteur pour la revue AFG, vous avez aussi publié récemment un recueil de nouvelles. A quel moment avez-vous eu envie d’écrire et pourquoi ? You are also an author for the French Journal of Gemology (AFG) and you wrote a first short stories book. For what reasons have you decide to write ?

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit, d’une manière ou d’une autre. Je n’ai évidemment pas le bagage universitaire me permettant de rédiger des articles scientifiques de fond ; la revue de l’AFG m’a permis à plusieurs reprises d’aborder les gemmes sous un angle très différent, notamment en traquant leur emploi dans la littérature classique. Les nouvelles récemment publiées sont un autre développement de cette recherche. Marier les gemmes à l’écriture, je n’aurais évidemment pas pu rêver mieux dans mon parcours de vie.

10-Ce métier regorge d’histoires et d’anecdotes. Vous en avez forcément une ou deux à nous raconter ? This industry is full of anecdotes, I’m sure taht you have one or two in your head…

Je me rappelle une pierre qui m’a marquée, au service des douanes. C’était un gros et magnifique spinelle rouge qui arrivait d’une prestigieuse adresse new-yorkaise pour être monté dans les ateliers d’une non moins prestigieuse maison parisienne. La pierre était splendide, et question valeur, alignait pas mal de zéros derrière le premier chiffre. Toutes les analyses concordaient avec le spinelle, sauf le polariscope qui s’obstinait à faire quart de tour, ce qui me turlupinait. Je m’escrimais donc à observer cette pierre, au grand dam de l’importateur, pressé de la récupérer et qui ne comprenait pas pourquoi je m’attardais à la regarder sous toutes les coutures. A la fin, sous la binoculaire, j’ai fini par repérer une démarcation extrêmement fine, quasi invisible, au niveau du feuilletis, et une lecture de la culasse au réfractomètre a confirmé mon subit soupçon : c’était un doublet spinelle naturel/corindon synthétique. Valeur réelle quasi nulle. Le joaillier n’en revenait pas !

Of course ! One day, a stone is arrived in my customs office. It was a big and dazzling supposed red spinel from a prestigious jewelry house in New York, coming here in order to be set in the french workshops of this same house. This stone was definlitly awesome and the price was really high… All my gemological analyses said “spinel” but the polariscope showed me an unusual anisotropy. The importer was not really happy, he was in a rush and he didn’t understand why I took a so long time with his stone. And finally, under the microscope, I saw a tiny line on this gem. It was a doublet spinel / synthetic corundom. No values. The jeweler was blown away !

11-Pour finir, quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui souhaitent rentrer dans ce métier et travailler au contact des gemmes ? What could you advice to young people who want to work in this industry ?

Comme tous les milieux attractifs, le monde des gemmes est extrêmement fermé ; si l’on n’a ni famille, ni fortune, ni relations bien placées pour y accéder, c’est évidemment plus compliqué. Une seule solution : être meilleur ou plus imaginatif que les autres dans ce qu’on veut faire, dont il faut avoir une idée précise. La compétition est rude, et les places sont chères. Je pense aussi qu’il ne faut pas avoir peur de commencer petitement et d’accepter les modestes tâches, si c’est un moyen de mettre un pied dans la porte. Après cela, si on est sérieux, obstiné, débrouillard, et qu’on rencontre les bonnes personnes, tous les espoirs sont permis.

As all attractive spheres, the jewelry industry is really closed. If we have no family, no money or no connections, it is obviously complicated. One solution : to be be the best or to be more inventive than another ones. Few posts are available and competition is stronger. I think that the best way is often to begin poorly and accept modest jobs. Because, it’s always a way to enter in a company. After that, if you are serious, tireless, trustworthy and if you meet the good persons… I have quite no doubts about a success to come.

À bientot !

See you soon !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *