Une histoire familiale : la maison John Rubel

Quiconque s’intéresse ou se passionne pour l’histoire du bijou ne peut pas ignorer l’existence de la maison franco-américaine John Rubel. J’ai refermé il y a peu le magnifique livre concernant cette entreprise et rassemblant les souvenirs de la famille Rubel. Cette lecture fut d’autant plus émouvante que ce livre n’est pas encore édité et qu’il permet de partir à la rencontre de personnalités importantes pour l’univers de la joaillerie parisienne.

For those who are passionate by jewelry history, it’s impossible to be ignorant of the French-American jewelry house John Rubel. Few days ago, I have closed the book about this amazing family. This reading was really touching certainly because this book isn’t yet published and because this is a opened door on some important persons from the Parisian jewelry industry.

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Sophie Mizrahi-Rubel

Ma lecture terminée, j’ai eu envie de mieux connaitre celle qui aujourd’hui incarne la maison. C’est autour d’un chocolat chaud, rue de la Paix, que j’ai proposé à Sophie Mizrahi-Rubel de me parler d’elle, de sa famille et de ses inspirations. Retour sur un très joli rendez-vous, une “histoire de pierres en filles” comme elle aime la définir…

So, I wanted to know more about the woman behind this history and I met with a great pleasure Sophie Mizrahi-Rubel. Around a good hot chocolate, I let her talk to me about her life, her family and her inspiration sources.

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Bague “La Divine” en or blanc, diamants, rubis dont centre de 4,09 cts en provenance du Mozambique (2015). “La Divine” white gold ring set with diamonds and rubies. Center stone is a 4,09 ct from Mozambique (2015). Photo : John Rubel

La famille Rubel est hongroise et est depuis très longtemps impliquée dans le commerce des bijoux. Les parents de Jean et Robert Rubel possédaient une boutique à Budapest. En 1915 quand ils arrivent en France, ils ouvrent un atelier au 22 de la rue Vivienne. La société “Rubel Frères” va très vite acquérir une excellente réputation auprès des joailliers de la place et c’est ainsi qu’il va devenir l’un des ateliers privilégiés de la maison Van Cleef & Arpels, jusqu’à partager le même dessinateur : M. Maurice Duvalet.

The Rubel family is Hungarian and works with jewels since a long time. The family of Jean and Robert Rubel owned a store into Budapest. In 1915, when they arrived in France, they opened a first workshop in the 22 rue Vivienne. “Rubel Frères” have been soon one of the favorite makers for some important houses based Place Vendôme and especially Van Cleef & Arpels. They even shared the same designer : Maurice Duvalet.

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Déclinaison de la bague “Ginger” en or blanc ou jaune, diamants, saphirs, émeraudes, perles de culture ou encore turquoises. La bague est personnalisable à l’infini… Celle-ci est inspiré du bracelet “Rouleau” qui fut vendu aux enchères en 2012. The “Ginger” ring is inspired by the “Rouleau” bracelet from the NY era and auctionned in 2012. Yellow or white gold, diamonds, sapphires, cultured pearls, turquoises… It a bespoke ring. Photo : John Rubel

Tout au long des années 20 et 30, la maison écrit un chapitre d’histoire riche de créations emblématiques de cette période de l’entre deux-guerres. Et puis, en 1939, tout change. Van Cleef & Arpels vient de s’installer aux États-Unis et elle appelle les deux frères pour superviser la fabrication des pièces américaines de la maison. Ils quittent donc la France pour New York où ils resteront plus de dix ans. Le temps de créer des modèles iconiques comme les ballerines qui font aujourd’hui encore chavirer le cœur des collectionneurs…

During the 20s and the 30s, this house created some mesmerizing jewels. But in 1939, world changed. Van Cleef & Arpels decided to conquer the American market and offered the two brothers to supervise the making of their jewels in America. They leaved Paris to NY for more than ten years. During this period, they created some iconic jewels as the “Ballerine” brooches. The ones that worldwide collectors want to possess…

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Collier de la période américaine. Necklace from the NY era. Photo : Famille Rubel

Le succès américain est au rendez-vous et l’alliance avec la maison Van Cleef & Arpels s’arrête en 1943 quand les deux frères décident de produire leurs propres modèles. Le prénom de Jean est alors américanisé et la maison John Rubel voit le jour. Une première boutique sur la 5e avenue puis en 1946, une autre à Palm Beach. Ils ont déposé des brevets, possèdent un corner chez Saks et leurs créations ornent les tenues des élégantes comme Ingrid Bergman. Juste avant l’installation aux USA, un voyage par le Mexique leurs permet de devenir le représentant exclusif de la maison Puiforcat sur le territoire américain.

Van Cleef & Arpels obtained a important success and finally the Rubel brothers decide to create their own jewels stopping the collaboration.  The jewelry house John Rubel born in 1943. A first store on the Fifth Avenue, then a second in Palm Beach in 1946. They made some patent applications, opened a corner at Saks and some famous actresses wore their creations as Ingrid Bergman. The company even became the exclusive representative for Puiforcat in the USA.

Et en France ? La guerre a éclaté et le jeune Marcel Rubel a hérité de l’atelier avec le départ de ses oncles. Celui-ci a déménagé au 16 de l’avenue de l’Opéra. Mais les temps sont durs et la situation catastrophique pour toute les familles juives. Marcel évite de justesse une première arrestation lors d’un contrôle de l’atelier. Mais pas la deuxième. Puis il s’enfuit, passe en zone libre et se cache jusqu’à la Libération.

And in France ? WWII began and the young Marcel Rubel has inherited the workshop since his oncles leaved the country. This one has moved to the 16 avenue de l’Opéra. But times were hard especially for Jewish families. Marcel avoided a first arrest but not the second. After being escape, he reached the Free Zone until the Liberation. 

Après la guerre, l’atelier français ne rouvrira pas ses portes et la famille Rubel va s’investir dans le commerce de diamant. Une autre façon de vivre sa passion des bijoux alors que la famille a perdu un nombre important des siens. Avec le temps de la reconstruction vient aussi le temps du retour. En 1950, la maison John Rubel ferme ses portes. Jean et Robert font le choix de revenir en France auprès des leurs. Ainsi voit le jour en 1956 la Maison Rubel, diamantaire dont Marcel Rubel deviendra l’un des acteurs majeurs sur la place de Paris. Et le bijou devient secondaire…

After the WWII, the french workshop is definitely closed. Marcel Rubel decided to become a diamond dealer. His familly has lost many of its members and its oncles decided to come back in France. In 1950, they closed American stores and in 1956 the diamond house Rubel opened becoming with time one of the most important and respected diamond dealers in Paris.

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Réunion de la famille Rubel à Paris en 1965 : Didier, John, Marcel, Claude, Robert et Michel Rubel. Family reunion in Paris after the NY era in 1965 : Didier, John, Marcel, Claude, Robert and Michel Rubel. Photo : Sophie Mizrahi-Rubel

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Bague “Liberty” en or blanc, diamants, saphirs et centre émeraude naturelle et non traitée de Zambie de 6,22 carats (2016). “Liberty” white gold ring set with diamonds, sapphires and featuring an important natural / no oil 6.22 ct Zambia emerald (2016). Photo : John Rubel

Sophie est la petite-fille de Marcel. Formée dès son plus jeune âge aux diamants et aux pierres de couleurs, sa vie professionnelle s’inscrit forcément dans le milieu de la joaillerie parisienne. Directrice du développement chez Fred, elle fait un crochet par la maison Cartier au service pierres pour devenir ensuite Directrice Générale Adjointe de la maison Mauboussin. Et puis en 2012, en rangeant la maison familiale, elle rouvre une malle qui contient toutes les archives de John Rubel où plusieurs centaines de dessins attendent sagement d’être redécouverts.

Sophie is the grand-daughter of Marcel. Child, she was trained to diamonds and colored gemstones. Her professional life is obviously linked to jewelry industry : Fred, Cartier and finally Mauboussin with some important functions. In 2012, when cleaning the familial house, she reopened a box with all the John Rubel’s archives with hundreds drawings waited to be discovered again…

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Quelques pièces Rubel vendues aux enchères. Some Rubel jewels auctionned these last years. 

Depuis plusieurs années, déjà, des pièces de la période américaine se vendent à des prix élevés aux enchères. Une paire de clips d’oreilles est adjugée 25,000 $ (est. 8000-12000 $) chez Christie’s en 2008 ; une ballerine double son estimation haute à Genève en 2010, se vendant pour 87,000 CHF ; un rare bracelet “rouleau” se vend pour presque 70,000 CHF (est. 23,000-30,000 CHF) en 2012. Mais c’est surtout une bague remarquable en platine, diamants et centre saphir qui bat tous les records : estimée entre 200,000 et 300,000 $, celle-ci est finalement vendue pour plus de 780,000 $ à New York par Sotheby’s. Et la liste est encore longue !

Since many years, John Rubel’s jewels reached impressive prices in auctions. Earrings are sold for $ 25k (formerly estimated between $ 8)12k) by Christie’s in 2008 ; a “ballerine” is sold for CHF 87k in Geneva, twice of the highest appraisal ; a rare “Rouleau” bracelet reached, in 2012, 70,000 CHF when formerly estimated between 23,000-30,000 CHF. But it’s a dazzling platinum and diamond ring featuring an important sapphire which was finally sold at NY bt Sotheby’s for more than $ 780k, far from its appraisal between $ 200-300k.

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Collier “Mistinguett” en or blanc, diamants, émeraudes, perles et rubis (2015). “Mistinguett” white gold necklace set with diamonds, emeralds, pearls and rubies. Photo : John Rubel

La découverte des dessins opère comme un déclic. Encouragée par de nombreuses personnes dont son compagnon, négociant en gemmes, elle entreprend de dessiner plusieurs modèles s’inspirant de l’héritage laissé par ses grands-oncles : le bracelet “rouleau” se voit alors décliné en bague, le jupon de la ballerine devient la bague “Carmen”. Certaines pièces sont aussi rééditées à l’image du pendentif-flacon “Amélia” breveté en 1945.

The discovery in 2012 of all these drawings is an important moment. One of these moments where things swing. Supported by some of her friends and by his lover, Sophie began to draw inspiring by her oncles’ heritage : the “Rouleau” bracelet is now thought as rings, the slip of the ballerina becomes the “Carmen” ring. Some iconic and patented jewels as the perfume jewel “Amelia” as re-edited.

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Pendentif “Amélia” en or gris, diamants, saphirs et turquoise (2015). “Amélia” white gold pendant set with diamonds, sapphires and turquoise (2015). Photo : John Rubel

En septembre 2015, un siècle exactement après l’arrivée de ses oncles en France, la maison John Rubel est officiellement relancée. Une première collection de haute joaillerie, très colorée et joyeuse, “Vie de Bohème” est dévoilée avec des retours positifs et élogieux. À une fabrication française très soignée, s’ajoutent des pierres méticuleusement choisies dans un esprit Art Déco. La maison propose des pièces pour différents budgets : les gammes Yoko et Ginger Light plus access mais aussi des pièces de haute joaillerie à l’image des dernières créations que sont les bagues Zsa Zsa, Jolie Môme ou Liberty. Sophie propose aussi des pièces sur-mesure et présente régulièrement de nouvelles créations que j’ai toujours un immense plaisir à découvrir. Il ne faut donc pas hésiter à la contacter !

In September 2015, exactly one century after her oncles were arrived in France, the high jewelry house John Rubel is revived with a first colorful and joyful Art deco-inspired collection “Vie de Bohème”. All the pieces are made in France and stones always really beautiful. Paying a great attention to all of her creations, Sophie offers jewels for everybody. From access ranges as Yoko and Ginger Light collections to high jewelry and one-of-a-kind jewels as the last rings : Zsa-Zsa, Jolie Môme or Liberty. She add regularly new designs. So, do not hesitate to contact her !

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Bague “Louise” en or et rubis naturels dont centre de 3,02 ct en provenance du Mozambique (2016). “Louise” white gold ring set with natural rubies and featuring a 3.02 ct ruby from Mozambique (2016). Photo : John Rubel

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Bague “Zsa Zsa” en or blanc, diamants et tourmalines dont centre de 3,98 cts (2016). “Zsa Zsa” white gold ring set with diamonds and tourmalines (center of 3,98 cts) (2016). Photo : John Rubel

Plusieurs projets s’annoncent pour la maison et la collection est actuellement visible chez Doux Joaillier à Courchevel. Elle reviendra sous peu à Paris. Je vous en reparlerai !

For some months, the collections has taken its winter quarters in Courchevel where you can discovered it at Doux Joaillier. But pieces will be soon again in Paris…

John Rubel Paris

contact@johnrubel.com

Tel: +33 (0)1 70 37 57 77

À bientôt !

See you soon !

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Sophie Rubel dit :

    Merci pour ce bel article chère Marie.

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