Les trésors de la vente Aguttes

Le 24 juin prochain, à 14h30, à Neuilly-sur-Seine, aura lieu la vente aux enchères de la maison Aguttes. Sobrement intitulée « Bijoux », elle recèle de très belles pièces et de cascades de perles fines, l’une des spécialités de la maison que le département bijoux – dirigé par Philippine Dupré la Tour – aime à sourcer dans les coffrets à bijoux oubliés de la France entière. Alors quand la maison m’a demandé d’effectuer une sélection dans la prochaine vente, j’ai répondu présente pour choisir les bijoux qui m’ont le plus étonné dans un catalogue qui n’en compte pas moins de 150. J’ai retenu 8 lots qui sont un juste milieu entre belles histoires, matières étonnantes et audaces créatives. J’espère que vous aimerez!

On June 24, at 2.30 a.m., in Neuilly-sur-Seine, the Aguttes auction will take place. Soberly titled « Jewelry », it conceals very beautiful pieces and cascades of natural pearls, one of the house specialities that the jewelry department – headed by Philippine Dupré la Tour – likes to source from the forgotten jewelry boxes of the Whole France. So when the house asked me to make a selection in the next sale, I answered present to choose the jewels that surprised me the most in a catalogue which has no less than 150 pieces. I selected 8 lots which are a happy medium between beautiful stories, surprising materials and creative daring. I hope you’ll love it!

Lot 64: paire de broches cigognes en or 750 et platine, diamant, rubis. Signée Van Cleef & Arpels. Epoque Art Déco. Estimation entre 10000 et 15000 euros. Gold and platinum brooches in diamonds and rubies. Art déco era, signed Van Cleef & Arpels. Valuation between € 10-15k. Photo: Aguttes

Savez-vous me dire ce que sont les cigognes dans l’armée française? Non? « Les cigognes » est le nom donné a une unité aéronautique de combat qui fut le berceau de grands noms de l’aviation entre 1914 et 1918. Quand le Lieutenant Bellanger fait ses adieux à ses pilotes, comparant leur arrivée prochaine à Belfort aux cigognes qui annoncent le printemps, il donne involontairement son surnom à cette escadrille. Cette paire de broches, réalisée par la maison Van Cleef & Arpels, a été commandée par la grand-mère de la propriétaire actuelle. Celle-ci était la marraine d’une unité de cette escadrille. La position des cigognes aux ailes repliées sera celle qui illustrera les appareils de la SPA 26. Dans cette unité figurait d’ailleurs un monsieur qui a donné son nom à un célèbre tournoi sur terre battue: M. Rolland Garros. Je lui souhaite de voler vers une maison qui les chérira tout autant qu’elles le furent jusqu’à présent!

Can you tell me what are the storks in the French army? No? The storks is the name given to an aeronautical combat unit that was the cradle of great names in aviation between 1914 and 1918. When Lieutenant Bellanger bids farewell to his pilots, comparing their imminent arrival in Belfort to the storks which announce the spring, he involuntarily gave its nickname to this squadron. These brooches, made by Van Cleef & Arpels, was ordered by the grandmother of the current owner. She was the godmother of a unit of this squadron. The position of the storks with the folded wings will be that which will illustrate the devices of the SPA 26. In this unit, there was also a man who gave his name to a famous tournament: Mr Rolland Garros. I wish it to fly to a home that will cherish them just as much as it ever was!

Lot 67: broche moderniste en or, platine, diamants et aigue-marine. vers 1930. Estimation entre 8000 et 10000 euros. Modernist brooch in gold, platinum, diamonds and aquamarine. circa 1930. Estimate between € 8-10k. Photo: Aguttes

Quand j’ai vu cette pièce dans le catalogue, j’ai forcément pensé à Templier ou à Fouquet. Parce que tout me faisait penser à leurs pièces respectives. Mais il y avait aussi un je-ne-sais-quoi de Belperron ou de Dusausoy là-dedans… J’ai cherché, j’ai ouvert mes livres, j’ai comparé et j’ai trouvé de nombreuses pièces qui se rapprochaient de cette merveille mais aucune n’était celle-là précisément. Quand il n’y a pas de poinçon, c’est le drame. Ou pas. Le mystère c’est bien aussi finalement. Quoi qu’il en soit, cette pièce est d’une élégance rare. Son équilibre est parfait, il n’y a pas de fausse note ici dans la conception de ce petit objet réalisé principalement en platine. J’y vois un jet d’eau, ou un jardin à la française autour d’un bassin aux eaux limpides, cette broche me transporte. Un jour, peut-être, nous saurons qui a réalisé ce bijou. En attendant, les spéculations vont bon train, et je lui souhaite que le feu d’artifice se produise lors de la vente du 24 juin…

When I saw this piece in the catalogue, I inevitably thought of Templier or Fouquet. Because everything reminded me of their respective pieces. But there was also a je-ne-sais-quoi of Belperron or Dusausoy in there… I searched, I opened my books, I compared and I found many pieces that are brought closer to this wonder but none was precisely this one. When there is no maker marks, it is the drama. Or not. The mystery is also good after all. Anyway, this piece is of rare elegance. Its balance is perfect, there is no wrong note here in the design of this small object made mainly in platinum. I see a fountain there, or a garden à la française around a basin with limpid water, this brooch transports me. One day, perhaps, we will know who made this jewel. In the meantime, speculation is rife, and I wish it the fireworks to occur during the sale on June 24…

Lot 72: CARTIER, Clip «Cornemuse». Email rouge, vert et blanc, or 18k (750). Estimation entre 2500 et 3000 euros. An enamel and gold clip by Cartier, valuation between € 2,5-3k. Photo: Aguttes

Je n’avais encore jamais croisé la route d’une cornemuse signée de la maison Cartier. Pourtant, j’en ai vu des pièces étonnantes, souvent réalisées sur mesure, issues des ateliers de la maison. Mais la cornemuse, c’est une première. Si je l’ai sélectionné c’est parce qu’elle sort clairement du lot. Signée Cartier Paris, elle a donc été réalisée en France. Les couleurs rouge et blanche font référence à la croix de Saint-Georges que l’on retrouve sur le drapeau anglais mais également sur de nombreux autres drapeaux partout dans le monde. Quand au mélange vert et rouge, ce sont les couleurs de nombreux tartans traditionnels utilisés par des clans écossais et irlandais. Vous remarquerez que cette broche représente également un Sporran, mot gaélique écossais signifiant sacoche, cet élément du costume traditionnel masculin des Highlands, en Écosse. Le sporran pallie l’absence de poches du kilt. Il est issu des sacoches communément portées à la ceinture dans l’ensemble de l’Europe médiévale. Nul doute que cette pièce devait appartenir à un amoureux de la région des Highlands, ou de l’Écosse plus généralement.

I had never before crossed the path of a bagpipe signed by the house of Cartier. However, I have seen some amazing pieces, often made to measure, from the workshops of the house. But the bagpipe is a first. If I selected it, it is because it clearly stands out from the crowd. Signed Cartier Paris, it was therefore made in France. The red and white colors refer to the cross of Saint George that can be found on the English flag but also on many other flags around the world. As for the mixture of green and red, these are the colors of many traditional tartans used by Scottish and Irish clans. You will notice that this brooch also represents a Sporran, a Scottish Gaelic word meaning satchel, this element of the traditional male costume of the Highlands, Scotland. The sporran compensates for the absence of pockets of the kilt. It comes from the saddlebags commonly worn on the belt throughout medieval Europe. No doubt this piece must have belonged to a lover of the Highlands region, or of Scotland more generally.

Lot 78: bague patriotique en or, saphir, diamant et rubis. Estimation entre 4000 et 4500 euros. Patriotic ring in gold, sapphire, diamond and ruby. Estimate between € 4-4,5k. Photo: Aguttes

Récemment je vous parlais sur Instagram des bijoux patriotiques lorrains. Il y aurait matière à écrire un ouvrage entier sur le sujet tant la politique et la bijouterie sont des sujets intimement liés. Les bagues « tricolores » françaises ne sont pas légion sur le marché, nous avons un rapport à notre drapeau national très différent des américains, qui par exemple, le font flotter dans leurs jardins ou aux frontons de leurs maisons. Sans que cela soit vu comme un signe politique. Les bagues aux couleurs françaises ont surtout existé au sortir de la deuxième guerre mondiale. On se souviendra de Jeanne Toussaint, arrêtée par la Gestapo pour avoir exposé en vitrine de la maison Cartier une broche avec un oiseau aux couleurs françaises enfermé dans une petite cage. A la libération et jusque dans les années 50, ces bagues sont assez courantes, puis disparaissent progressivement… Aussi en voir une, entière, en bon état, n’est vraiment pas courant. Alors, le 14 juillet approche, je ne sais pas si on pourra faire la fête, mais on pourra au moins faire preuve de chic et de choc avec une bague!

Recently I told you about Lorraine patriotic jewelry on Instagram. There would be material to write an entire book on the subject as politics and jewelry are closely linked. French « tricolor » rings are not legion on the market, we have a very different relationship to our national flag from the Americans, who, for example, have it flown in their gardens or on the pediments of their houses. Without this being seen as a political sign. Rings in French colors have especially existed at the end of the Second World War. We will remember Jeanne Toussaint, arrested by the Gestapo for having exhibited in the window of the Cartier house a brooch with a bird in French colors locked in a small cage. When liberated and until the 1950s, these rings are quite common, then gradually disappear … Also seeing one, whole, in good condition, is really not common. So, July 14th is approaching, I don’t know if we will be able to party, but we can at least be chic and shocking with a ring!

Lot 79: parure signée René Boivin en or et calcédoine bleue. vers 1950, dans son écrin d’origine. Estimation entre 10,000 et 15,000 euros. Set signed René Boivin in gold and blue chalcedony. around 1950, in its original box. Estimate between € 10-15k. Photo: Aguttes

C’est marrant, parce que quand je vois des bijoux avec de la calcédoine bleue, je ne peux m’empêcher de penser à la Duchesse de Windsor dont les bijoux ont marqué l’imaginaire collectif. Cette parure des années 50, est un très bel exemple des réalisations imaginées par Juliette Moutard qui intègre la maison René Boivin dès 1933 et y restera jusqu’en 1976, date de son départ à la retraite. Cette matière n’est pas si courante dans les créations de la maison. On connait quelques exemples mais je n’ai pas en tête une parure aussi imposante et graphique avec cette pierre. J’ai particulièrement aimé la souplesse de cette parure et le délicat travail de l’or qui enserre les boules de calcédoines. Si cette parure semble très simple, il faut observer finement le travail du métal et les motifs en volutes qui rappellent les filigranes sardes. Les pompons ajoutent cette touche musicale, on les imagine tintinnabulant au grès des mouvements du porteur… Un bel objet qui saura, à n’en pas douter, réjouir sa futur propriétaire. J’imagine déjà cet ensemble au cou et au poignet d’une élégante.

It’s funny because when I see jewelry with blue chalcedony, I can’t help but think of the Duchess of Windsor whose jewelry has marked the collective imagination. This set from the 1950s is a very good example of the creations imagined by Juliette Moutard, who joined the René Boivin house in 1933 and remained there until 1976 when she retired. This material is not so common in the creations of the house. We know a few examples but I don’t have such an imposing and graphic set in mind with this stone. I particularly liked the flexibility of this set and the delicate work of gold that encloses the chalcedony balls. If this set seems very simple, we must observe finely the work of the metal and the patterns in volutes which recall the Sardinian filigree. The pompoms add this musical touch, we imagine them tinkling with the sandstone of the movements of the wearer… A beautiful object that will undoubtedly delight its future owner. I can already imagine this set on the neck and wrist of an elegant woman.

Lot 81: broche fleur en or, rubis et émail par la maison Mellerio. Estimation entre 2500 et 3000 euros. Flower brooch, gold, rubies, enamel, by Mellerio. Valuation between € 2,5-3k. Photo: Aguttes

Le talent de la maison Mellerio pour réaliser des broches fleur n’est plus à démontrer. Sur ce bijou, j’aime plus particulièrement le travail d’embouti pour réaliser les pétales de cette pièce suffisamment imposante qui mesure près de 8 cm de hauteur. Les pistils sertis de rubis apportent une touche de couleur élégante et j’aime ce centre en émail qui fait invariablement penser à un saphir étoilé. Cela fait longtemps que je pense que les pièces Mellerio ont une vraie place à prendre sur le marché des enchères mais les prix demeurent relativement bas. Et pourtant, les pièces ne sont pas nombreuses et toujours très bien exécutées. Alors si vous aimez la belle bijouterie, avec une fabrication soignée, ce clip fleur saura illuminer vos vestes et manteaux. Son coté rétro est vraiment parfait et on sent que le créateur a été un fin observateur de la nature. Regardez l’épanouissement de la fleur, le délicat tombé des feuilles, la savante dissymétrie des pistils. Cette broche est d’abord un travail botanique avant d’être un bijou. Peut-être parce que les joailliers sont des conteurs de la nature…

Mellerio’s talent for making flower brooches is well established. On this jewel, I particularly like the stamping work to make the petals of this sufficiently imposing piece which measures almost 8 cm in height. The ruby-set pistils add an elegant touch of color and I love this enamel center that invariably resembles a star sapphire. I have thought for a long time that Mellerio coins have a real place to take on the auction market, but the prices remain relatively low. And yet, the pieces are not numerous and always very well executed. So if you like beautiful jewelry, with careful manufacturing, this flower clip will illuminate your jackets and coats. Its retro side is really perfect and we feel that the designer was a keen observer of nature. Watch the blooming of the flower, the delicate fall of the leaves, the skilful asymmetry of the pistils. This brooch is first of all a botanical work before being a jewel. Maybe because jewelers are nature storytellers …

Lot 83: bague en or, diamant, émeraude, vers 1955. Signée Van cleef & Arpels. Estimation entre 12,000 et 15,000 euros. Ring in gold, diamond, emerald, circa 1955. Signed Van Cleef & Arpels. Estimate between € 12-15k. Photo: Aguttes

Il y a dans cette bague, quelque chose de terriblement gourmand. De prime abord, je n’ai pas pensé à une pièce Van Cleef & Arpels, mais plutôt à une pièce Bulgari par exemple. La faute, où la chance surtout, à ce cabochon imposant en émeraude que je trouve vraiment beau avec toute ses inclusions qui racontent toute l’histoire de sa formation naturelle. L’espace d’un instant je me suis vue sous le soleil brulant de Rome avant de revenir flâner dans la ville de toutes les lumières. Ici, la fabrication du panier montre tout le talent du joaillier qui, à l’époque, ne travaillait qu’à la main. Avez-vous vu le sertissage, par palier successif, qui donne un volume particulier à cette pièce? Il y a un coté joyeux, froufroutant, festif, dans cette monture où les diamants apportent un vrai plus à l’ensemble. La maison de la place Vendôme est connue pour ses pierres spectaculaires et, déjà, cette pièce de 1955 démontre le talent de la marque à présenter des gemmes rares. A l’heure où l’absence d’inclusions et la pureté des pierres sont des gages de qualité, cette bague montre à quel point le contre-pied est possible. Et à quel point, les pierres même incluses savent être aussi belles que désirables. Regardez cette couleur, intense, vive, franche, on croirait tenir un de ces glaçons à la menthe qui rappellent autant les étés brulants que les joies de l’enfance. Ces étés qui ne finissent jamais!

There is something terribly greedy about this ring. At first glance, I didn’t think of a Van Cleef & Arpels piece, but rather a Bulgari piece for example. The fault, or luck especially, with this imposing emerald cabochon that I find really beautiful with all its inclusions which tell the whole story of its natural formation. For a moment I saw myself under the scorching sun of Rome before returning to stroll in the city of all lights. Here, the making of the basket shows all the talent of the jeweler who, at the time, only worked by hand. Have you seen the setting, by successive stages, which gives a particular volume to this part? There is a happy, frilly, festive side to this frame where the diamonds bring a real plus to the whole. The Place Vendôme house is known for its spectacular stones and this 1955 piece already demonstrates the brand’s talent for presenting rare gems. At a time when the absence of inclusions and the purity of the stones are guarantees of quality, this ring shows how the opposite is possible. And how much, even the stones included know how to be as beautiful as they are desirable. Look at this color, intense, lively, frank, you would think you were holding one of those mint ice cubes which recall both hot summers and the joys of childhood. Those summers that never end!

A bientôt!

See you soon!

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