Le badge, ce bijou politique

Qui parmi vous n’a jamais arboré un badge? Ces petites broches rondes,le plus souvent en aluminium, sont irrémédiablement liées à la culture américaine. Mais on les trouve désormais partout et dans tous les pays. A l’image des pin’s, ils sont désormais collectionnés et donc parfois très recherchés. Qu’ils affichent un slogan politique, une opinion personnelle, votre groupe de rock préféré et bien qu’ils soient simplement décoratifs, les badges sont de véritables vecteurs de communication. Intéressons-nous donc à ce petit bijou, le plus souvent de forme circulaire, qui est plus précieux qu’il n’y parait.

Who among you has never wore a badge? These small round brooches, most often made of aluminum, are irremediably linked to American culture. But they are now found everywhere and in all countries. Like the pin’s, they are now collected and therefore sometimes highly sought after. Whether they feature a political slogan, a personal opinion, your favorite rock band, and while they are just decorative, badges are true vectors of communication. So let’s take a look at this little gem, usually circular in shape, which is more precious than it seems.

Quelques badges politiques issus de la collection de M. Andrew Whitehead. Ceux-ci date majoritairement des années 70-80. Some political badges from the collection of Mr. Andrew Whitehead. These mostly date from the 70s and 80s. Photo: Andrew Whitehead

1- Le premier badge / The first badge

Badge, insigne, médaille, pin’s, bouton, il faut déjà bien définir de quoi l’on parle. Car si on se plonge dans l’histoire de l’insigne politique, il est possible de remonter à l’antiquité. La notion de slogan remonte au moins à l’Empire Romain où la mention SPQR « Senātus Populusque Rōmānus » se retrouve sur de très nombreux bâtiments à partir de 80 avant Jésus-Christ. Ce slogan qui signifie « le Sénat et le peuple romain » est l’emblème du pouvoir politique romain.

Badge, insignia, medal, pin’s, button, we must already define what we are talking about. Because if we immerse ourselves in the history of the political badge, it is possible to go back to antiquity. The notion of slogan dates back at least to the Roman Empire where the SPQR mention « Senātus Populusque Rōmānus » is found on many buildings from 80 BC. This slogan which means « the Senate and the Roman people » is the emblem of Roman political power.

Broche (badge) de pèlerin, 14e ou 15e siècle, représentant Saint-Thomas. Pilgrim’s brooch (badge), 14th or 15th century, depicting Saint-Thomas. Photo : MET Museum

Plus tardivement, la notion d’insigne se retrouve sur un objet témoignant du pèlerinage des Grands Carmes de Toulouse. Découverte à Londres, cette pièce est décrite dans un article de 1987 écrit par Jean-Michel Lassure et Gérard Villeval dans « Archéologie du midi médiéval ». Mise à jour en 1983 par Brian Spencer, alors Conservateur du département des Antiquités Médiévales au Muséum of London, lors de fouille à Swan Lane, ce bijou est daté entre la fin du XIIIe siècle et le tout début du XIVe siècle. On peut également évoquer les éléments en métal avec un sanglier qui étaient l’emblème de Richard III. Ces badges diffusés entre 1472 et 1485. Les experts anglais pensent que cette pièce était destinée à se porter sur un chapeau. Un rare exemple en argent et or est conservé au British Museum. Mais cette institution conserve un objet politique vraiment exceptionnel : le cygne de Dunstable. Cette incroyable broche de plus de trois centimètres en or et émail représente un cygne avec une couronne autour de son cou. Découverte lors de fouilles dans un ancien couvent en Dunstable en 1965, la pièce intègre le musée en 1966. On retrouve sur ce bijou des années 1400 le symbole de la Maison de Lancaster (la couronne autour du cou) et celui de la Maison de Bohun (le cygne). Or, en 1380, Henry of Lancaster épouse Mary de Bohun et ajoutera le cygne à ses armes.

Later, the notion of badge is found on an object testifying to the pilgrimage of the Grands Carmes de Toulouse. Discovered in London, this piece is described in a 1987 article written by Jean-Michel Lassure and Gérard Villeval in « Archéologie du midi medieval ». Updated in 1983 by Brian Spencer, then Curator of the Department of Medieval Antiquities at the Museum of London, during an excavation at Swan Lane, this jewel is dated between the end of the 13th century and the very beginning of the 14th century. We can also evoke the metal elements with a boar which were the emblem of Richard III. These badges circulated between 1472 and 1485. The English experts believe that this piece was intended to be worn on a hat. A rare example in silver and gold is kept in the British Museum. But this institution retains a truly exceptional political object: Dunstable’s swan. This incredible brooch of more than three centimeters in gold and enamel represents a swan with a crown around its neck. Discovered during excavations in a former convent in Dunstable in 1965, the piece entered the museum in 1966. We find on this jewel of the 1400s the symbol of the House of Lancaster (the crown around the neck) and that of the House of Bohun (the Swan). However, in 1380, Henry of Lancaster married Mary de Bohun and added the swan to his arms.

Le Cygne de Dunstable, vers 1400, or et émail. The Dunstable Swan, circa 1400, gold and enamel. Photo: The British Museum

Nous pourrions digresser sur le bijou politique longtemps et sur l’histoire de la broche à visée politique encore plus. L’un des premiers « badges » ronds que l’on connaisse est conservé au MET Museum de New York. Il date du 15e siècle et représente la tête de Saint-Thomas. Il a probablement été exécuté dans la région de Canterbury en Angleterre. Ce même musée conserve aussi un exemple français similaire dans sa forme et de la même période avec la Vierge. Aux États-Unis, les « premiers » badges ronds datent de 1789. Il s’agit alors de boutons pour soutenir la candidature de Georges Washington puis honorer le premier président des États-Unis. Car si crier un slogan peut être une bonne chose, le diffuser massivement permet à celui-ci de se faire connaitre plus vite.

We could digress for a long time on the political jewel and on the history of the political brooch even more. One of the first round badges that we know of is kept at the MET Museum in New York. It dates from the 15th century and represents the head of Saint-Thomas. He was probably executed in the Canterbury area of England. This same museum also preserves a French example similar in its form and from the same period with the Virgin. In the United States, the « first » round badges date from 1789. They are then buttons to support the candidacy of George Washington and then to honor the first president of the United States. Because if shouting a slogan can be a good thing, disseminating it massively allows it to be known faster.

2- Le badge dans le 19e siècle. The badge during the 19th century

La campagne américaine de 1828 qui voit s’affronter Andrew Jackson contre John Quincy Adams marque un tournant dans la communication politique. A cette occasion Jackson va faire produire en masse des objets avec ses succès militaires pour inciter le peuple américain à lui accorder sa confiance. Échaudé par sa défaite quatre années plus tôt, il ne lésine donc pas sur les moyens. Et parmi les nombreux souvenirs que l’on connait de lui, on retrouve bien évidement les boutons et badges à son effigie. Il faut bien comprendre que ce n’était pas naturel de développer une activité commerciale lors d’une élection présidentielle avant celle-ci. Et 1828 change donc définitivement la donne car malgré une campagne chaotique et d’une violence rare entre les deux candidats, c’est bien les « goodies » de Jackson qui font la différence. L’invention de la photographie va aussi faire évoluer le processus. Dès les années 1860, on rencontre des badges avec le visage d’Abraham Lincolm. Il est peut-être le premier à faire figurer sa photo sur un objet politique.

The American campaign of 1828, which saw Andrew Jackson clash with John Quincy Adams, marked a turning point in political communication. On this occasion Jackson will mass-produce objects with his military successes to encourage the American people to place their trust in him. Scared by his defeat four years earlier, he does not skimp on the means. And among the many memories that we know of him, we obviously find the buttons and badges with his effigy. It should be understood that it was not natural to develop a commercial activity during a presidential election before this one. And 1828 therefore definitely changes the situation because, despite a chaotic campaign of rare violence between the two candidates, it is Jackson’s goodies that make the difference. The invention of photography will also change the process. From the 1860s, we meet badges with the face of Abraham Lincolm. He is perhaps the first to feature his photo on a political object.

Badge de campagne pour Abraham Lincoln, vers 1860. Fabriqué par la Scovill Manufacturing Company de Waterbuty dans le Connecticutt. Celui-ci est conservé au National Museum of American History. Campaign badge for Abraham Lincoln, circa 1860. Manufactured by the Scovill Manufacturing Company of Waterbuty, Connecticutt. This is kept at the National Museum of American History. Photo : NMHA

La plupart des premiers badges furent fabriqués par les entreprises spécialisées dans la conception de boutons. C’est le cas des badges représentant Lincoln. Cela parait plutôt logique au vue de la forme de ces drôles de bijoux. Au milieu du 19e siècle, l’anglais Daniel Spill dépose un brevet pour une matière que l’on appellera bientôt le celluloid. Dès 1869, l’américain John Wesley Hyatt va rendre la fabrication de cette drôle de matière bien plus facile en retravaillant la formule de la Parkesine. Cet ingénieur va d’abord inventer un susbtitut à l’ivoire que l’on peut qualifier d’ancêtre du plastique. Il fondera dès 1870 la Albany Dental Plate Company pour produire touches de piano, fausse dents et boules de billard. Basée à Albany, dans l’état de New York, l’entreprise va bouger en 1873 à Newark dans le New Jersey. Et le lieu n’est pas anodin dans l’histoire de la fabrication des badges.

Most of the early badges were made by companies specializing in button design. This is the case with badges representing Lincoln. It seems rather logical in view of the shape of these funny pieces of jewelry. In the middle of the 19th century, the Englishman Daniel Spill filed a patent for a material that would soon be called celluloid. From 1869, the American John Wesley Hyatt will make the manufacture of this strange material much easier by reworking the formula of Parkesine. This engineer will first invent an ivory susbtitut that can be described as the ancestor of plastic. In 1870 he founded the Albany Dental Plate Company to produce piano keys, false teeth and billiard balls. Based in Albany, New York, the company moved in 1873 to Newark, New Jersey. And the place is not insignificant in the history of badge making.

Très rare badge pour célébrer la prise de Pretoria par le Général Lord Roberts en Juin 1900. Very rare badge to celebrate the capture of Pretoria by General Lord Roberts in June 1900. Photo : Andrew Whitehead

3- La compagnie Whitehead & Hoag de Newark, New Jersey. The Whitehead & Hoag Company from Newark, New Jersey

En 1892, à Newark, l’imprimeur Benjamin S. Whitehead s’associe au marchand de papier Chester R. Hoag. Ils cofondent ainsi la société Whitehead & Hoag. Très vite, ils vont racheter des brevets nécessaires à la fabrication de boutons. Dès 1893, la compagnie acquiert le brevet de Amanda M. Lougee pour protéger l’insertion d’une photo sous un film celluloïd afin de protéger celle-ci des coups et chocs. Et dès 1896, c’est l’invention du « Badge Pin or Button », le badge bouton est né. Pour cela, l’entreprise W&H doit racheter les droits à G.B. Adams qui a déposé celui-ci.

In 1892, in Newark, printer Benjamin S. Whitehead joined forces with paper merchant Chester R. Hoag. They thus co-founded the company Whitehead & Hoag. Very quickly, they will buy the patents necessary for the manufacture of buttons. In 1893, the company acquired the patent from Amanda M. Lougee to protect the insertion of a photo under a celluloid film in order to protect it from knocks and shocks. And in 1896, it is the invention of the « Badge Pin or Button », the button badge was born. For this, the company W&H must buy the rights from G.B. Adams who filed it.

1- Les deux fondateurs: M. Whitehead et M. Hoag. The two founders/ Ms. Whitehead & Hoag. Photo: Jed Hake

2 et 3-Les brevets de George B. Adams. The G. B. Adams’ patents. Photos: Vintage Corks Crews

L’entreprise va très vite être submergée de commandes et le succès du badge ne se démentira plus. L’un des premiers clients sera la American Tobacco Co qui va commander des millions de badges pour promouvoir ses cigarettes. 1896 marque autant l’arrivée de ces droles de bijoux que la campagne pour le président McKinley. Le pays va très vite être saturé de badges, ils seront absolument partout et l’engouement du public pour ces petites broches rondes va convaincre les plus récalcitrants d’en produire toujours plus. Dès 1890, W&H ouvre des succurssales aux USA mais aussi en Angleterre et en Australie. On trouvera même un bureau en Argentine. L’activité de l’entreprise change quelque peu avec la seconde guerre mondiale. Peu après la fin du conflit, Hoag décède. Nous sommes en 1953. L’entreprise est alors achetée par l’un de ses principaux concurents Bastian Bros., une entreprise de boutons fondée en 1895. Le repreneur fait fermer l’usine et ordonne la destruction des archives de la maison. Il continuera néanmoins d’utiliser le nom jusque dans les années 1964-1965. Bastian Bros. existe toujours et continue de fabriquer des médailles et des insignes.

The company will very quickly be inundated with orders and the badge’s success will not be denied. One of the first customers will be the American Tobacco Co which will order millions of badges to promote its cigarettes. 1896 marks the arrival of these funny pieces of jewelry as much as the campaign for President McKinley. The country will very quickly be saturated with badges, they will be absolutely everywhere and the public’s enthusiasm for these small round pins will convince the most recalcitrant to produce more and more. In 1890, W&H opened branches in the USA but also in England and Australia. There is even an office in Argentina. The activity of the company changed somewhat with the Second World War. Shortly after the end of the conflict, Hoag died. The year is 1953. The company is then bought by one of its main competitors Bastian Bros., a button company founded in 1895. The buyer closed the factory and ordered the destruction of the archives of the house. He would nevertheless continue to use the name until 1964-1965. Bastian Bros. still exists and continues to make medals and badges.

1- Badge pour l’American Pepsin Gum Co. Badges for the American Pepsin Gum Company

2- Badges pour l’élection de McKinley. Badges for McKinley campaign. Photo : NMAH

3- Signatures des W&H. Maker’smark for W&H. Photo: Lang Antiques

4- Et de nos jours? And now?

Le badge débarque en France dans les années 60-70. Mais aux Etats-Unis, il est déjà à cette époque très largement implanté dans la communication politique. Le badge se fait aussi connaitre lors des grandes manifestations étudiantes et des prises de positions contre la guerre du Vietnam et en faveur des droits des minorités, en particulier ceux de la communauté noire américaine. Aujourd’hui, il est très facile d’en trouver. Souvent gratuit, il est distribué lors des manifestations, à l’entrée des salons, mais il se collectionne aussi. Certains badges possèdent des cotations et peuvent couter plusieurs milliers de dollars. Il serait possible de passer des heures à les regarder et à les chercher sur les internets. Mais pour conclure cette histoire, je vous propose ces deux badges arborant des dessins de bijoux de la maison Dael & Grau. Ils furent réalisés à l’occasion de l’exposition de 2018 qui eu lieu au musée de La Piscine à Roubaix. Quand je vous dis que le badge est aussi un bijou… A vous de voir s’il est encore possible de les trouver!

The badge landed in France in the 60s and 70s. But in the United States, it was already at that time very widely established in political communication. The badge is also known during major student demonstrations and positions against the Vietnam War and in favor of the rights of minorities, in particular those of the black American community. Today, it is very easy to find them. Often free, it is distributed during events, at the entrance to trade fairs, but it can also be collected. Some badges have quotes and can cost several thousand dollars. It would be possible to spend hours looking at them and searching for them on the internet. But to conclude this story, I offer you these two badges featuring designs of jewelry from the house of Dael & Grau. They were produced on the occasion of the 2018 exhibition which took place at the La Piscine museum in Roubaix. When I tell you that the badge is also a jewel … It’s up to you to see if it is still possible to find them!

Deux badges édités par le musée la Piscine lors de l’exposition dédiée à la masion Dael & Grau. Two badges published by La Piscine museum during the Dael & Grau exhibition in Roubaix. Photo personelle.

A bientôt !

See you soon !

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