La petite histoire de la joaillerie céleste (et spatiale)

Depuis quelques années, la joaillerie céleste fait un sacré come-back dans les vitrines des créateurs et dans les collections de haute joaillerie. Rien que ces dernières années, il faut citer la collection « Sous les étoiles » de Van Cleef & Arpels dévoilé en janvier 2021, la collection « Le ciel  » chez Chaumet », plusieurs pièces de la collection « Escale à Venise » et bien sur la dernière collection « 1932 » pour la maison Chanel qui célèbre merveilleusement le thème astral. Chez les joailliers créateurs indépendants, on pense forcément à la collection « Astronomica » de Jenny Dee et aux collections « Sirius » ou « Étoile mystérieuse » chez Elie Top. Nul doute que les étoiles, la lune, les astres, le soleil ou encore les galaxies lointaines ne cessent de nourrir l’imaginaire des joailliers qui se plaisent à retranscrire en métal et en gemmes ce mystérieux ciel étoilé qui ne se laisse pas facilement apprivoiser. Partant de ces références actuelles, il était temps pour l’amoureuse des étoiles que je suis de vous proposer une brève histoire de la joaillerie céleste.

In recent years, celestial jewelry has made a huge comeback in designer windows and in high-end jewelry collections. In recent years alone, we must mention the « Sous les étoiles » collection by Van Cleef & Arpels unveiled in January 2021, « le ciel » collection by Chaumet, several pieces from the « Escale à Venise » collection and of course the latest « 1932 » collection for the Chanel house which marvelously celebrates the astral theme. Among independent designer jewellers, we inevitably think of the « Astronomica » collection by Jenny Dee and the « Sirius » or « Etoile Mysterious » collections at Elie Top. There is no doubt that the stars, the moon, the sun or even distant galaxies continue to feed the imagination of jewelers who like to transcribe into metal and gems this mysterious starry sky that is not easily tamed. Starting from these current references, it was time for the star lover I am to offer you a brief history of celestial jewelry.

1- Instant T, une comète nommée 1P/Halley / Time T, a comet named 1P/Halley

1705, en pleine révolution scientifique, Edmond Halley – astronome et ingénieur anglais – publie un ouvrage qui fera date dans l’histoire de l’astronomie : A Synopsis of the Astronomy of Comets. Lui qui étudie le ciel depuis les années 1670 se passionne pour les étoiles. Après des études au Queen’s College d’Oxford, il navigue et catalogue les étoiles de l’hémisphère Sud, il sera aussi à l’origine de la découverte de la constellation du Centaure en 1677 quand il reprend les travaux de Ptolémée et de Johann Bayer. Dans son livre de 1705, il interroge le passage d’une comète en 1456, 1531, 1607 et 1682 et émet l’hypothèse qu’il s’agit de la même comète qui réapparait dans le ciel tous les 76 ans. Il prédit alors son retour en 1758 en basant sa théorie sur l’orbite elliptique et la durée estimée pour accomplir une révolution complète autour du soleil. Halley décède en 1742 et ne verra donc pas la vérification de ses prédictions. Il faut attendre 1757 pour que Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande reprenne les calculs de Halley et ajuste la date du passage de la comète. En s’appuyant sur les possibles déviations de celle-ci dues à la présence de planètes, il annonce alors un retard à cause de Jupiter et de Saturne et affine le passage de la comète pour début 1759. Quand la comète apparait en décembre 1758 avec un périhélie (Le périhélie est le point de la trajectoire d’un objet céleste en orbite héliocentrique qui est le plus proche du Soleil) le 13 mars 1759, c’est un triomphe absolue. Et cela assoit définitivement la mécanique newtonienne en France. Ce passage permet de certifier les calculs de Halley qui voit la comète être baptisée en son nom.

1705, in the midst of a scientific revolution, Edmond Halley – an English astronomer and engineer – publishes a work that will be a milestone in the history of astronomy: A Synopsis of the Astronomy of Comets. He who has been studying the sky since the 1670s is passionate about the stars. After studying at Queen’s College in Oxford, he navigates and catalogs the stars of the southern hemisphere, he will also be at the origin of the discovery of the constellation Centaurus in 1677 when he resumes the work of Ptolemy and Johann Bayer . In his 1705 book, he questions the passage of a comet in 1456, 1531, 1607 and 1682 and hypothesizes that it is the same comet that reappears in the sky every 76 years. He then predicted its return in 1758 by basing his theory on the elliptical orbit and the estimated time to complete a complete revolution around the sun. Halley died in 1742 and therefore did not see the verification of his predictions. It was not until 1757 that Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande resumed Halley’s calculations and adjusted the date of the comet’s passage. Based on the possible deviations of this one due to the presence of planets, he then announces a delay because of Jupiter and Saturn and refines the passage of the comet for the beginning of 1759. When the comet appears in December 1758 with a perihelion (The perihelion is the point of the trajectory of a celestial object in heliocentric orbit which is closest to the Sun) on March 13, 1759, it is an absolute triumph. And that definitely establishes Newtonian mechanics in France. This passage makes it possible to certify the calculations of Halley who sees the comet being baptized in his name.

(1) Buste représentant Edmond Halley au musée de l’Observatoire royal de Greenwich ; (2) Comète de Halley en 1986 ; (3) Plaque commémorative à Westminster Abbey. Photos : Wikipédia

(1) Bust of Edmond Halley at the Royal Observatory Museum in Greenwich; (2) Halley’s Comet in 1986; (3) Commemorative plaque at Westminster Abbey. Photo : Wikipedia

2- La « Bague au firmament » / The « Bague au firmament »

Alors que la passion pour les étoiles ne faiblit pas, apparaissent entre 1770 et 1780 des bagues bien particulières. Réalisées en or et argent (on ne connait pas encore le platine), surmontées d’une plaque émaillée de bleu royal, ces bagues figurent une multitude de petites étoiles ou de petites sertissures rondes ou étoilées. C’est indéniablement Marie-Antoinette qui popularise ce type de bijou à la suite de son couronnement comme Reine de France en mai 1774. Elle a alors tout juste 18 ans et son époux est à peine plus âgé qu’elle quand ils montent tous les deux sur le trône de France. On peut voir dans ces bijoux autant l’ancrage du thème astral qu’une manière pour les hommes de se tourner vers une « force » plus puissante, le ciel. En effet, la reine commence à porter ce type de bijoux alors que sa grossesse se fait attendre (les difficultés sexuelles du roi sont connues puisqu’il souffre d’une malformation du frein du prépuce rendant douloureux les rapports sexuels ; de ce fait, il est plus porté sur l’ébénisterie que sur la bagatelle), il aura fallu attendre quatre ans pour que la reine accueille son premier enfant : Marie-Thérèse Charlotte de France aussi connue sous le nom de Madame Royale.

While the passion for the stars did not weaken, between 1770 and 1780 very special rings appeared. Made of gold and silver (platinum is not yet known), surmounted by a royal blue enamel plate, these rings feature a multitude of small stars or small round or starry settings. It was undeniably Marie-Antoinette who popularized this type of jewel following her coronation as Queen of France in May 1774. She was then just 18 years old and her husband was barely older than her when they all rode two on the throne of France. We can see in these jewels as much the anchoring of the astral theme as a way for men to turn to a more powerful « force », the sky. Indeed, the queen began to wear this type of jewelry while her pregnancy was long overdue (the king’s sexual difficulties were well known since he suffered from a malformation of the frenulum of the foreskin making sexual intercourse painful ; as a result, he is more focused on cabinetmaking than on trifles), it took four years for the queen to welcome her first child : Marie-Thérèse Charlotte of France, also known as Madame Royale.

(1) Bague au firmament en or, lapis-lazuli et diamants – photo : bijouxoccasion.com ; (2) Bague au firmament en or, argent, émail et diamants conservé au Walter Albert Arts Museum de Baltimore ; (3) Bague au firmament en or, argent, émail et diamants conservé au Walter Albert Arts Museum de Baltimore ; (4) Tableau représentant Marie-Antoinette par Wertmüller en 1785, conservé au Nationalmuseum de Suède ; (5) Détail du tableau montrant deux Bagues à l’enfantement portées par Marie-Antoinette ; (6) Bague au firmament ou bague à l’enfantement en or, argent, diamants – photo : 1stdibs.com

(1) Firmament ring in gold, lapis lazuli and diamonds – photo: bijouxoccasion.com ; (2) Firmament ring in gold, silver, enamel and diamonds kept at the Walter Albert Arts Museum in Baltimore ; (3) Firmament ring in gold, silver, enamel and diamonds kept at the Walter Albert Arts Museum in Baltimore ; (4) Painting representing Marie-Antoinette by Wertmüller in 1785, kept at the Nationalmuseum of Sweden ; (5) Detail of the painting showing two Rings at childbirth worn by Marie-Antoinette ; (6) Ring in the firmament or ring in childbirth in gold, silver, diamonds – photo: 1stdibs.com

Certaines de ces bagues se retrouvent serties d’une pierre centrale au millieu du ciel étoilé, à l’image d’une étoile qui brillerait plus que les autres. On parle alors de bague à l’enfantement. Il est également bon de noter que certaines de ces pièces étaient montées sur verre ou lapis-lazuli et non sur émail.

Some of these rings are set with a central stone in the middle of the starry sky, like a star that shines brighter than the others. We then speak of a birth ring. It is also worth noting that some of these pieces were mounted on glass or lapis lazuli and not on enamel.

3- 1835, le retour de la comète de Halley / 1835, Halley comet is back

En 1909, l’écrivain Mark Twain écrit « Je vins au monde avec la comète de Halley en 1835. Elle reviendra l’année prochaine, et je m’attends à partir avec elle. Le Tout-puissant a dit “Voyez donc ces deux monstres inexplicables ; ils sont venus ensemble, ils doivent repartir ensemble ». L’homme décédera en 1910 et témoigne par cette phrase de tout le mystère dont les hommes entourent la comète de Halley. Si en 1758, le monde n’était pas vraiment prêt pour le passage de l’astre, en 1835, tout le monde l’attend. Et les bijoutiers ne sont pas en reste. A partir de cette date, on voit apparaitre des petites broches et même quelques bagues qui honorent le passage de la demoiselle dans le ciel. Le plus souvent, ces pièces sont en argent et or avec une multitude de pierres colorées, y compris du verre. Si la plupart sont précieuses, toutes ne le sont pas. Peut-être, même, en avez-vous déjà vu sans savoir que ces bijoux étaient liés à Halley ? On en trouve assez régulièrement dans les ventes aux enchères, ouvrez donc l’oeil et le bon !

In 1909, writer Mark Twain wrote, « I came into the world with Halley’s Comet in 1835. It will return next year, and I expect to go with it. The Almighty said, ‘Behold then these two inexplicable monsters; they came together, they must leave together ». The man will die in 1910 and testifies by this sentence of all the mystery of which the men surrounds the comet of Halley. If in 1758, the world was not really ready for the passage of the star, in 1835, everyone is waiting for it. And jewelers are not left out. From this date, we see the appearance of small brooches and even a few rings that honor the passage of the young lady in the sky. Most often these pieces are silver and gold with a multitude of colored stones, including glass. While most are valuable, not all are. Perhaps, even, have you already seen some without knowing that these jewels were related to Halley ? We find them fairly regularly at auctions, so keep an eye out for the right one !

Ensenble de broches dédiées à la comète de Halley. Grenats, citrines, topazes roses, améthystes, perles fines, rubis, saphirs, diamants et pâtes de verre. Vendu chez Christie’s en novembre 2020 pour 5200£. Photos : Christie’s

Set of brooches dedicated to Halley’s comet. Garnets, citrines, pink topaz, amethysts, natural pearls, rubies, sapphires, diamonds and glass paste. Sold at Christie’s in November 2020 for £5200. Photos: Christie’s

4- Les bijoux dédiés à l’étoile polaire / Jewelry inspired by North Star (Epoque Victorienne et après / Victorian era and after)

Plus de l’étoile polaire, ce sont les étoiles qui trouvent le chemin des bijoux au millieu du XIXe siècle. Plusieurs raisons à cela, mais surtout des découvertes archéologiques importantes qui font redécouvrir des civilisations oubliées et qui provoquent un regain d’intérêt pour des cultures disparues dont la plupart utilisaient le ciel comme outils de détermination. Le mouvement spirite se devellope aussi rapidement au cours de ce même siècle. Dans les pays anglo-saxons, les Witchcraft Acts ont reglementé la pratique de la sorcellerie jusqu’au millieu du XXe siècle. Cela semble incroyable mais c’est pourtant vrai. Derrière cet intéret pour l’Histoire, les esprits, la mort ou du moins le culte de ce qui a disparu, il faut surtout replacer le contexte d’une époque bouleversée par la révolution industrielle. Cet intéret pour ce qui n’est plus est une forme d’ancrage ; car ce qui n’est plus ne peut changer et c’est rassurant. Les joailliers s’emparent donc de ce phénomène. On pense forcément au portrait de Sissi avec des bijoux étoiles dans sa coiffure (Franz Xaver Winterhalter, 1865). Et on voit ainsi fleurir des bijoux avec des étoiles en général ou des bijoux avec Polaris ou Stella Maris, cette étoile polaire, symbole d’espoir et d’affection, qui donne le Nord et oriente ceux qui sont perdus…

More than the North Star, it was the stars that found their way into jewelry in the middle of the 19th century. There are several reasons for this, important archaeological discoveries which lead to the rediscovery of forgotten civilizations and which provoke a renewed interest in extinct cultures, most of which used the sky as tools of determination. The spiritualist movement also developed rapidly during this same century. In Anglo-Saxon countries, the Witchcraft Acts regulated the practice of witchcraft until the middle of the 20th century. It sounds unbelievable, but it’s true. Behind this interest in history, spirits, death or at least the cult of what has disappeared, it is above all necessary to place the context of an era upset by the industrial revolution. This interest in what is no longer is a form of anchoring ; because what is no longer cannot change and that is reassuring. Jewelers are therefore seizing on this phenomenon. We inevitably think of the portrait of Sissi with star jewels in her hairstyle (Franz Xaver Winterhalter, 1865). And so we see jewelry blooming with stars in general or jewelry with Polaris or Stella Maris, this polar star, symbol of hope and love, which points the North and guides those who are lost…

(1) Large collier transformable en diadème en argent et or, diamants, vers 1870. Vendu chez Christie’s en 2017 pour 317,000£ ; (2) broche en argent et or, diamants et opales, vers 1880. Photo : Lace jewels ; (3) grande broche en or, diamant et turquoises, vers 1880, vendue chez Fellow ; (4) Broche en or, diamants et émail, vers 1870. Photo : FWC Jewelers

(1) Large necklace convertible into a tiara in silver and gold, diamonds, circa 1870. Sold at Christie’s in 2017 for £317,000; (2) brooch in silver and gold, diamonds and opal, circa 1880. Photo: Lace jewels; (3) large gold, diamond and turquoise brooch, circa 1880, sold at Fellow; (4) Brooch in gold, diamonds and enamel, circa 1870. Photo: FWC Jewelers

5- Les croissants de lune / Crescent moon jewelry (Epoque Victorienne et après / Victorian era and after)

A l’image des bijoux ornés d’étoiles, les bijoux en forme de lune sont également très en vogue dès la deuxième moitié du XIXe siècle. Les raisons sont à peu près similaires à celles exposées dans le paragraphe précédent sur les bijoux s’inspirant des étoiles. Mais dans ce cas précis, outre l’association classique entre lune et symbole féminin, la lune trouve plus précisement une origine dans la redécouverte de la civilisation greco-romaine. Peut-être que l’expression « triade lunaire » ne vous est pas étrangère, elle symbolise les trois deesses autour de la lune : Séléné, Hécate et Artémis en grec (Luna, Hecate et Diane) symbolisent respectivement la pleine lune, la nouvelle lune ou lune noire et le croissant de lune. Elles sont bien entendues extrement honorées à leur époque et encore aujourd’hui, les mouvements Wicca continuent de célébrer Hécate, la deesse qui permet la communication entre le terrestre et l’invisible. En Mésopotamie, il existait Ishtar, déesse de la guerre, de l’amour et de la vie. Les Summériens vénéraient Inanna qui avait des attributions similaires. Vous trouverez de très nombreux textes sur le sujet si celui-ci vous intéresse. Je vous assure qu’il est absolument passionnant. Les bijoux ornés d’une ou plusieurs lunes sont donc des bijoux très symboliques, tournés vers le féminin et il se complétent parfois de cette fameuse bonne étoile. Le motif se décline sur tous les types de bijoux et se voit souvent aggrémenté de diamants, de turquoises, de pierres gemmes diverses mais surtout d’opales.

Like jewels adorned with stars, moon-shaped jewels were also very fashionable from the second half of the 19th century. The reasons are roughly similar to those discussed in the previous paragraph on star-inspired jewelry. But in this specific case, in addition to the classic association between the moon and the female symbol, the moon finds more precisely an origin in the rediscovery of Greco-Roman civilization. Perhaps the expression « lunar triad » is not foreign to you, it symbolizes the three goddesses around the moon: Selene, Hecate and Artemis in Greek (Luna, Hecate and Diana) respectively symbolize the full moon, the new moon or dark moon and the crescent moon. They are of course extremely honored in their time and still today, the Wicca movements continue to celebrate Hecate, the goddess who allows communication between the earthly and the invisible. In Mesopotamia, there was Ishtar, goddess of war, love and life. The Summerians revered Inanna who had similar attributions. You will find many texts on the subject if this one interests you. I assure you it is absolutely thrilling. Jewels adorned with one or more moons are therefore very symbolic jewels, oriented towards the feminine and they are sometimes complemented by this famous lucky star. The pattern is available on all types of jewelry and is often embellished with diamonds, turquoises, various gemstones but especially opals.

(1) Diadème en platine, diamants et pierres vertes (émeraudes?), attribué à Chaumet, vers 1910. Vendu pour 58000 € chez Tajan en juillet 2022 ; (2) Broche lune en or et grenats démantoides. travail russe fin XIXe-début XXe. Photo : romanovrussia.com ; (3) Bague (broche transformée possible) en or, perles fines et verre gravé, fin XIXe. Photo : Erica Weiner ; (4) Broche en or et argent, diamant, vers 1870. Photo : Adin.

(1) Tiara in platinum, diamonds and green stones (emeralds?), attributed to Chaumet, circa 1910. Sold for €58,000 at Tajan in July 2022; (2) Moon brooch in gold and demantoid garnets. Russian work late 19th-early 20th century. Photo: romanovrussia.com; (3) Ring (possibly former brooch) in gold, natural pearls and engraved glass, late 19th century. Photo: Erica Weiner; (4) Brooch in gold and silver, diamond, circa 1870. Photo: Adin.

6- La conquète de l’espace / The space conquest (A partir des années 1950 / 1950 and after)

Si les lunes, les étoiles, les cométes restent des motifs régulièrement utilisés par les joailliers en ce début XXe, il faut quand même attendre la fin des années 50 pour voir un regain d’intéret pour les bijoux inspiré du ciel. Mais ceux-ci vont prendre un tournant plus spacial avec une raison toute simple : il est temps pour les hommes de conquérir l’espace! Et ça commence par le lancement réussi de Sputnik 1, le 7 octobre 1957 à exactement 19h28. Ce faisant, les russes inaugurent ce que l’on va appeller le Space Age ! Les bijoux « sputnik » voient le jour. De tous les types et de toutes les tailles, ils se retrouvent sertis de nombreuses pierres mais peuvent également être tout or. Le bijou fantaisie n’est pas en reste et les créateurs de l’époque embrassent de fait cette tendance ! Cela dit, ces bijoux reprennent aussi le look d’autres satélites qui feront dates dans l’histoire spatiale tels que Luna 1 ou San Marco 1 et même Asterix.

If the moons, stars, comets remain motifs regularly used by jewelers at the beginning of the 20th century, we still have to wait until the end of the 1950s to see a resurgence of interest in jewelry inspired by the sky. But these will take a more spatial turn with a very simple reason: it’s time for men to conquer space! And it starts with the successful launch of Sputnik 1 on October 7, 1957 at exactly 7:28 p.m. In doing so, the Russians inaugurate what is called the Space Age! « Sputnik » jewelry is born. Of all types and all sizes, they are found set with many stones but can also be all gold. Costume jewelery is not to be outdone and the creators of the time actually embrace this trend! That said, these jewels also take on the look of other satellites that will be milestones in space history such as Luna 1 or San Marco 1 and even Asterix.

(1) Broche Cartier sertie de saphir, fin 1950. Photo:Christie’s ; (2) Boucles d’oreilles H. Stern en or et pierres gemmes diverses, années 1950-1960. Photo: 1stdibs ; (3) Broche Cartier en or, 1960s. Photo: Miller ; (4) Bague H. Stern en or et péridot, années 1950-1960. Photo : 1stdibs ; (5) Boucles d’oreilles Cartier en or, diamants, rubis et saphirs, années 1960. Photo : Christie’s ; (6) Broche en or, diamants, rubis et saphirs, non signée, fin 1950.

(1) Cartier brooch set with sapphire, late 1950. Photo: Christie’s; (2) H. Stern earrings in gold and various gemstones, 1950s-1960s. Photo: 1stdibs; (3) Cartier brooch in gold, 1960s. Photo: Miller; (4) H. Stern ring in gold and peridot, 1950s-1960s. Photo: 1stdibs; (5) Cartier earrings in gold, diamonds, rubies and sapphires, 1960s. Photo: Christie’s; (6) Brooch in gold, diamonds, rubies and sapphires, unsigned, end of 1950.

En 1958, les américains entrent dans la course en lancant avec succès Explorer 1 et la NASA est officielement créée le 29 juillet de la même année. Les dix années qui arrivent vont voir une bataille du contrôle de l’espace avec principalement deux pays qui s’affrontent sur ce terrain: les USA et la Russie. Assez rapidement apparaissent les bijoux qui s’inspirent de l’apparence de la lune car depuis 1959, et les images fournies par Luna 3, on commence à mieux connaitre ce satelite indispensable à la vie sur terre. L’un des premiers bijoux directement inspiré par l’aspect de la surface de la lune date de 1961. Il fut réalisé par la maison Roy C. King Ltd.

In 1958, the Americans entered the race by successfully launching Explorer 1 and NASA was officially created on July 29 of the same year. The next ten years will see a battle for control of space with mainly two countries confronting each other on this ground: the USA and Russia. Quite quickly appear the jewels which are inspired by the appearance of the moon because since 1959, and the images provided by Luna 3, we begin to better know this satelite essential to life on earth. One of the first jewels directly inspired by the appearance of the moon’s surface dates from 1961. It was made by Roy C. King Ltd.

Collier « Moon Crater » en or, émail et diamants. Vendu en 2017 chez Chritie’s. Design de Roger King, fabrication Roy C. King Ltd pour Garrard & Co. Le bracelet et les boucles d’oreilles « Moon Crater » ont été présentés en 1961 « International Exhibition of Modern Jewellery 1890-1961 » au Goldsmiths Hall et au Victoria and Albert Museum. La parure à reçu le 1er prix de la De Beers Modern British Jewellery Competition au Goldsmiths Hall la même année. (1) et (2) Photos : Christie’s ; (3) Photo : The Goldsmith’s Company

« Moon Crater » necklace in gold, enamel and diamonds. Sold in 2017 at Christie’s. Design by Roger King, manufacture Roy C. King Ltd for Garrard & Co. The « Moon Crater » bracelet and earrings were shown in the 1961 « International Exhibition of Modern Jewelery 1890-1961 » at Goldsmiths Hall and Victoria and Albert Museum. The set received 1st prize at the De Beers Modern British Jewelery Competition at Goldsmiths Hall the same year. (1) and (2) Photos: Christie’s; (3) Photo: The Goldsmith’s Company

(1) Cette broche Rocket Ship en platine et diamant, fin années 1950, a été vendue chez Lang Antiques. Aucun poinçon ne permet de la rattacher à une maison. Photo : langantiques.com. (2) Une broche similaire de Cartier existe également, fin années 1950. Photo : Christie’s

(1) This late 1950s platinum and diamond Rocket Ship brooch was sold at Lang Antiques. No hallmark allows it to be attached to a house. Photo: langantiques.com. (2) A similar Cartier brooch also exists, late 1950s. Photo: Christie’s

L’apogée de ce Space Age trouve l’une de ces plus importante conclusion avec la mission Apollo 11 quand, le 29 juillet 1969, lorsque Neil Armstrong et Buzz Aldrin marchent sur la lune. Ce jour-là, des millions de personnes suivent cet événement en direct qui va marquer l’histoire spaciale mondiale. A partir de cette date, et durant un large partie des années 70, les bijoux s’inspirant de la lune et de cet événement vont fleurir chez les créateurs. Mais l’un des objets les plus insolites réalisés reste quand même cette réplique du module lunaire qui sorti des ateliers de la maison Cartier.

The climax of this Space Age finds one of its most important conclusion with the Apollo 11 mission when, on July 29, 1969, when Neil Armstrong and Buzz Aldrin walked on the moon. On that day, millions of people follow this live event that will mark world space history. From this date, and during a large part of the 70s, jewelry inspired by the moon and this event will flourish among designers. But one of the most unusual objects made is still this replica of the lunar module which came out of the Cartier workshops.

Trois exemplaires du module lunaire ont été réalisés par la maison Cartier à la demande du Figaro et grâce aux dons financiers des lecteurs. Neil Armstrong à donné le sien au Armstrong Air and Space Museum dans sa ville natale de Wapakoneta mais il a été volé en 2017. La maison Cartier a acquis en 2003 pour 55,000 $ celui ayant appartenu à Michael Collins. Photo : RR Auction

Three copies of the lunar module were made by Cartier at the request of Le Figaro and thanks to financial donations from readers. Neil Armstrong donated his to the Armstrong Air and Space Museum in his hometown of Wapakoneta but it was stolen in 2017. Cartier acquired the one that belonged to Michael Collins in 2003 for $55,000. Photo: RR Auction

Les années 70 sont riches en pièces évoquant la mission Apollo 11 et on croise ponctuelement chez des marchands spécialisés ou en ventes aux enchères des pièces ayant appartenu à Neil Armstrong par exemple. Des créateurs se sont également inspirés de cette lune devenue moins mystérieuse avec les missions d’exploration successives même si, depuis 69, aucun homme n’a foulé à nouveau le sol du satellite. On peut citer, par exemple, les pièces du bijoutier Tapio Wirkkala dont le travail est largement reconnu et exposé dans les plus grands musées du monde. On pense également aux bracelets en or martelé de Jackie Kennedy Onassis qui rappellent la surface de la lune mais pour lesquels la maison Van Cleef & Arpels a toujours parlé d’influence étrusque.

The 1970s were rich in pieces evoking the Apollo 11 mission and we occasionally come across pieces that belonged to Neil Armstrong, for example, at specialist dealers or at auction. Creators were also inspired by this moon, which has become less mysterious with successive exploration missions, even if, since 69, no man has set foot on the ground of the satellite again. We can mention, for example, the pieces of the jeweler Tapio Wirkkala whose work is widely recognized and exhibited in the greatest museums of the world. We also think of the hammered gold bracelets of Jackie Kennedy Onassis which recall the surface of the moon but for which the Van Cleef & Arpels house has always spoken of Etruscan influence.

(1) Broche en or, argent et émail, 1969, par Pierre & Jacques Leysen. Seules dix broches ont été fabriquées. Photo : 1stdibs ; (2) & (3) Broche en or et rubis par Van Cleef & Arpels, ancienne collection Neil Armstrong, 1969. Sur la photo 3, son épouse porte ce bijou pour rencontrer Elisabeth II. Photos : M. S. Rau ; (4) Pendentif lune en or et rubis par Van Cleef & Arpels. Photo : Vogue ; (5) & (6) Boucles d’oreilles en or fabriquées par Ilias Lalaounis pour Jackie Kennedy Onassis au début des années 70. Sur la photo 6, Jackie Kennedy Onassis les porte. Photos : Sotheby’s

(1) Brooch in gold, silver and enamel, 1969, by Pierre & Jacques Leysen. Only ten pins were made. Photo: 1stdibs; (2) & (3) Gold and ruby brooch by Van Cleef & Arpels, former Neil Armstrong collection, 1969. In photo 3, his wife wears this jewel to meet Elisabeth II. Photos: M.S. Rau; (4) Gold and ruby moon pendant by Van Cleef & Arpels. Photo: Vogue; (5) & (6) Gold earrings made by Ilias Lalaounis for Jackie Kennedy Onassis in the early 70s. In photo 6, Jackie Kennedy Onassis is wearing them. Photo: Sotheby’s

7- les bijoux astrologiques (1970 et après) / Astrological jewelry (1970 and after)

Impossible d’évoquer les bijoux célestes sans parler des bijoux représentant les signes du Zodiaque. Si on connait quelques exemples avant la deuxième guerre mondiale, la tendance s’ancre réellement à la fin des années 60 et au cours des années 70. Si l’astrologie se pratique depuis des millenaires, elle était même le pillier de civilisations aujourd’hui disparues, l’attrait et le developement à grande échelle des horoscopes apparaissent après la grande dépression des années 30. L’Histoire a retenu la publication en 1930 du thème astral de la princesse Margaret dans le Sunday Express créant un engouement et une popularité jamais démentie encore aujourd’hui. Quel journal, de nos jours, n’aurait pas sa rubrique horoscope? Les chiffres sont éloquents, on estime – en France – que presque 40% de la population lit de manière plus ou moins régulière son horoscope et que plus de 90% des français connaissent leur signe astrologique. Le bijou ne pouvait pas passer à côté de cette tendance.

Impossible to evoke the celestial jewels without speaking about the jewels representing the signs of the Zodiac. If we know some examples before the Second World War, the trend is really anchored at the end of the 60s and during the 70s. If astrology has been practiced for millennia, it was even the pillar of civilizations today disappeared, the attraction and the large-scale development of horoscopes appeared after the great depression of the 1930s. And still today. What newspaper these days wouldn’t have its horoscope section? The statistic are eloquent, it is estimated – in France – that almost 40% of the population read their horoscope more or less regularly and that more than 90% of French people know their astrological sign. The jewel could not miss this trend.

(1) Bracelet zodiac en or jaune, or blanc et rubis, vers 1970, Cartier ; (2) Broche Aquarius en or, platine, diamants et émeraudes, milieu XXe, David Webb ; (3) Pendentif Virgo en or jaune, platine et diamants, 1970s, David Webb ; (4) Pendentif balance en or jaune, milieu XXe, Tiffany & Co. Photos : 1stdibs

(1) Zodiac bracelet in yellow gold, white gold and rubies, circa 1970, Cartier; (2) Aquarius brooch in gold, platinum, diamonds and emeralds, mid-20th century, David Webb; (3) Virgo pendant in yellow gold, platinum and diamonds, 1970s, David Webb; (4) Balance pendant in yellow gold, mid-20th century, Tiffany & Co. Photos: 1stdibs

8- Et aujourd’hui ? / And today ?

Pour être honnête, nous n’avons pas fini de voir des étoiles, les lunes, de soleil ou encore des comètes dans les créations joaillières. Le ciel est une source d’inspiration sans fin pour les créateurs et les maisons de joaillerie n’ont pas attendu pour proposer des collections entières dédiées au thème céleste comme je vous en parlais dans l’introduction de cet article. On pense par exemple à la collection « Les galaxies de Cartier » qui a mis à l’honneur les planétes, un motif peu traité dans la joaillerie jusqu’à ces dernières années. Et l’horlogerie n’est pas en reste. Déjà en 1925, la maison Cartier signait la pendule « le Ciel ».

To be honest, we haven’t finished seeing stars, moons, suns or even comets in jewelry creations. The sky is an endless source of inspiration for designers and jewelry houses have not waited to offer entire collections dedicated to the celestial theme, as I told you about in the introduction to this article. One thinks, for example, of the « Cartier’s galaxies » collection, which honored the planets, a motif that was little used in jewelry until recent years. And watchmaking is no exception. Already in 1925, the Cartier house signed the clock « le Ciel ».

(1) Bracelet « Lumières de la terre » en or, diamants, saphirs et opales de feu par Cartier. Photo: Cartier ; (2) Bague « Galilée » par Van Cleef & Arpels, or, diamants, saphirs, rubis et rhyolithe. Photo: Van Cleef & Arpels ; (3) Pendule « Tremblig stars » en or, quartz à inclusions, cristal de roche, diamants et quartzite à inclusions de pyrite. Photo : Cartier ; (4) Montre Astronomia de la maison jacob & Co. Photo : Jacob & Co. ; (5) Montre Lady Arpels Planetarium. photo : Van Cleef & Arpels

(1) « Earth Lights » bracelet in gold, diamonds, sapphires and fire opals by Cartier. Photo: Cartier; (2) « Galilée » ring by Van Cleef & Arpels, gold, diamonds, sapphires, rubies and rhyolite. Photo: Van Cleef & Arpels; (3) « Tremblig stars » pendulum in gold, quartz with inclusions, rock crystal, diamonds and quartzite with pyrite inclusions. Photo: Cartier; (4) Astronomia watch from Jacob & Co. Photo: Jacob & Co.; (5) Lady Arpels Planetarium watch. photo: Van Cleef & Arpels

A bientôt !

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