Si Marc Alexandre m’était conté…

Mardi soir, dans le 9e arrondissement de Paris, il fait beau. Je m’apprête à aller enfin rencontrer un joaillier dont les créations colorées ponctuent depuis plusieurs années mon voyage dans la joaillerie.

Marc Alexandre me reçoit dans son atelier, au milieu d’affiches signées de Mucha et d’objets d’art qui habillent le lieu dans lequel il exerce depuis plus de quinze ans : l’ancien atelier qui fut celui d’un lapidaire et qu’il a réhabilité. Je vous propose donc de partir à la découverte de son parcours.

Au sortir de la 3e, Marc Alexandre sait deux choses : il est manuel et minutieux. Il lui faudra donc un métier qui lui permette de travailler de ses mains. À l’époque, il intègre donc un lycée technique afin de préparer un bac F10 (Micro-technique). Comme il l’explique en souriant : « Je me suis vu fabriquer des boulons toute ma vie, j’ai donc assez vite commencer à réfléchir à ce que je voulais vraiment faire de mes dix doigts ! »

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Bague en or gris et diamants. Création et photo par Marc Alexandre

Depuis son enfance, le joaillier est un passionné de maquettes. L’atelier de son grand-père devient durant l’été un véritable terrain de jeu. Et la lecture qui le suis depuis toujours, une source d’inspiration sans limites. Et des idées se précisent, pourquoi pas la bijouterie, l’horlogerie ou la prothèse dentaire… Il s’inscrit donc pour préparer des concours d’entrée dans différentes écoles.

Celui du lycée Nicolas Flamel sera le premier et embrasser le Métier devient alors une évidence. La joaillerie – dont la technicité et la complexité en sont l’épine dorsale – devient pour lui un véritable terrain de jeu. De là, CAPs (fantaisie, bijouterie et joaillerie) en poche, il intègre la maison Guillochon. Alain Limon, alors chef d’atelier, le prend sous son aile afin de parfaire ses connaissances. Sculpteur animalier et joaillier, il fait parti de ces artisans possédant le feu sacré avec une intuition innée pour travailler et sculpter la matière. Et cela va profondément marquer le travail de Marc Alexandre.

CygneBague Cygne en or gris et opale d’Éthiopie. Création et photo par Marc Alexandre.

Au milieu des années 90, il décide de sauter le pas et s’installe à son compte. Il va très vite commencer à travailler avec des salles des ventes afin de faire de la restauration en joaillerie. Le bijou ancien est idéal pour comprendre la fabrication et permet – par la pratique de sa restauration – une compréhension et une transmission d’un savoir empirique : « Ils avaient moins de matériel que nous, les pièces sont complexes et pourtant remarquablement simples avec une fabrication parfaitement maitrisée. »

Au début des années 2000, il décide de se lancer plus officiellement dans la création de pièces sur-mesure. Il présente pour la première fois son travail à l’Hôtel Dassault lors d’une exposition dédiée aux créateurs en joaillerie. Il a envie de réaliser ses propres modèles et de donner vie à ce qu’il conceptualise dans l’écriture depuis de nombreuses années. Cela coïncide aussi avec l’arrivée des opales d’Éthiopie sur le marché des gemmes. Et là, c’est une véritable révélation.

Dragonne dans la mainPendentif représentant une dragonne et son précieux trésor. Percée est en argent noirci et opale d’Éthiopie. Photographiée dans la main du créateur. Photo : Marc Alexandre.

Ce sera alors un voyage durant plusieurs semaines, la découverte des gisements et des cathédrales enterrées, la rencontre avec les habitants. La matière lui plait tellement qu’il décide d’apprendre à la maitriser et à la tailler. Il achète un banc de lapidaire et se met au travail. « J’ai du tout réapprendre ! Mais cet apprentissage fut un voyage initiatique au même titre que la découverte du pays ». Il expérimente alors la taille libre puis le cabochon qui donne tout son éclat à cette pierre : « un arc-en-ciel minéral ». Il fait venir du brut et se spécialise de plus en plus pour le plus grand plaisir de ses clients. La prochaine étape sera la sculpture sur opale.

La nuit de VahinaBague La nuit de Vahina, en or jaune et opale. Pièce unique. Création et photo par Marc Alexandre.

Ces pierres trouvent alors une véritable place sur les créations de l’atelier et se complètent de saphirs, de tourmalines, de grenats ou de spinelles. La création commence par l’écriture pour se traduire dans l’objet à l’image de la série de La nuit des temps qui propose des bagues uniques très personnelles.

DSC_0121Bague Fleurs en or jaune, saphirs colorés, diamants et grenats tsavorites. Création et photo par Marc Alexandre.

Au-delà de la création, il y a la transmission. Une étape essentielle pour la continuité du métier. Durant deux années, il fut enseignant auprès de la rue du Louvre : « un échange incomparable avec les étudiants ! ». Il espère pouvoir reconduire cette expérience un jour.

Échanger avec Marc permet de mieux comprendre sa vision du métier et sa conception de la joaillerie. Si son travail vous intéresse, il faut le contacter et aller à sa rencontre dans son atelier du 9e arrondissement de Paris. Il reçoit sur rendez-vous uniquement et vous invite à le contacter via un mail: contact@marc-alexandre.com

Vous pouvez aussi vous rendre à la galerie Matières d’Art dans le 3e arrondissement de Paris où il expose de façon permanente ses réalisations. Ce lieu, dont je vous ai longuement parlé est un véritable incubateur de talents !

À bientôt !

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