Chez Christie’s, François Curiel et Violaine d’Astorg racontent le bijou

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Il y a quelques mois, le département joaillerie de la maison Christie’s Paris changeait de visage avec l’arrivée de la pétillante Violaine d’Astorg à la tête de celui-ci. Après une longue expérience de directrice de la joaillerie pour la maison Osenat de Fontainebleau, elle prenait la direction de l’un des départements joaillerie les plus en vus de Paris avec un objectif : continuer son développement pour rendre les ventes de la maison encore un peu plus inoubliables. Avec un premier très beau rendez-vous, la vente joaillerie du 4 décembre 2018. C’est dans cette optique que nous avons eu envie de rencontrer la nouvelle Directrice Joaillerie de la maison mais également François Curiel, Président Europe et Asie pour évoquer leurs carrières respectives, la place de Paris sur le marché du bijou, la façon de constituer un catalogue mais également la vente de décembre dont les signatures Boivin et Belperron brilleront de mille feux grâce à des pièces nombreuses et rares.

A few months ago, the Christie’s Paris’ jewelry department changed its face with the arrival of the sparkling Violaine d’Astorg at Head of Jewelry. After a long experience for Osenat at Fontainebleau, she took the direction of one of the most important jewelry departments in Paris with a goal : continue its development to make sales of this house a little more unforgettable. With a first very nice appointment, the jewelry sale of December 4, 2018. It is in this perspective that we wanted to meet the new Christie’s Paris Head of Jewelry but also François Curiel, Europe and Asia Chairman to talk about their careers, the place of Paris in the jewelry market, the way to build a catalog but also the sale of December whose Boivin and Belperron maker’s marks will shine a thousand lights thanks to numerous and rare pieces.

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François Curiel et Violaine d’Astorg. Dans les mains de François Curiel, le diadème de la maison Bapst & fils estimé entre 150,000 et 200,000 €. François Curiel and Violaine d’Astorg. In the hands of François Curiel, the diadem from Bapst & fils estimated between € 150-200k. Photo : Marie Chabrol

1- Avant de démarrer cette interview, nous avions envie de resituer pour nos lecteurs la place de Paris sur le marché des bijoux. La capitale française reste une place de choix même si c’est Genève qui demeure la ville de référence pour la joaillerie en Europe. Comment cela s’explique-t-il ? Before starting this interview, we wanted to explain to our readers the place of Paris in the jewelry market. The French capital remains a place of choice even if it is Geneva which remains the city of reference for jewelry in Europe. How is this explained ?

François Curiel (F.C.) : La place de Paris dans le marché du bijou s’explique par la présence des grandes maisons et la tradition française de la joaillerie. Il est donc normal d’y organiser des ventes importantes. Néanmoins, sa place demeure moindre au regard de Genève ou de New York, et ce principalement pour des raisons fiscales qui peuvent, parfois, ralentir l’appétit des acheteurs internationaux.

The place of Paris in the jewelry market is explained by the presence of key houses and the French tradition of jewelry. It is therefore normal to organize important sales. Nevertheless, its place remains less with regard to Geneva or New York, and this mainly for fiscal reasons which can, sometimes, slow down the appetite of the international buyers.

En Europe, c’est Genève le grand centre ; pour des raisons fiscales évidentes. La première vente a eu lieu en mai 1969. J’aimerai vous dire que c’est pour des raisons stratégiques mais en réalité, c’est un hasard qui a propulsé cette ville sur la place du bijou international. Peter Chance avait réussi à obtenir la vente de la collection de Nina Dyer qui avait mis fin à ses jours à Paris quelques mois auparavant. Le choix de la capitale française était impossible à cause d’une très vieille loi de 1556 qui interdisait la vente par des organismes autres que les SVV que nous connaissions jusqu’à l’ouverture du marché au début des années 2000 et l’arrivée des opérateurs tels que Christie’s. Londres était également impossible à cause d’un droit de douanes de 20% sur l’importation de bijoux. Nous avons donc pensé à la Suisse. Au départ Zurich, mais finalement Genève était réputé pour son cadre de vie agréable. Ce fut donc notre choix ! D’autant plus que les grands joailliers ont déjà, et depuis longtemps, choisi cette ville.

In Europe, the big center for jewelry is Geneva ; for obvious tax reasons. The first sale took place in May 1969. I would like to tell you that it is for strategic reasons but in reality, it is a coincidence that propelled this city on the place of the international jewelry. Peter Chance had managed to get the sale of the Nina Dyer’s collection who had ended her days in Paris a few months ago. The choice of the French capital was impossible because of a very old law of 1556 which prohibited the sale by organizations other than French Volontary Sale Companies that we knew until the opening of the market in the early 2000s and the arrival of operators such as Christie’s. London was also impossible because of a 20% customs duty on jewelry imports. So we thought of Switzerland. Initially Zurich, but finally Geneva was famous for its pleasant living environment. So it was our choice ! Especially because the great international jewelers have already, and for a long time, chosen this city.

Cela a ravi les acheteurs et les vendeurs qui ont commencé à faire affluer des lots potentiels. Mais le catalogue était complet. Devant l’engouement, nous avons envisagé une deuxième vente, puis une troisième… Puis cinquante ans plus tard, nous organisons toujours ici nos deux grandes vacations annuelles en novembre et en mai.

This delighted buyers and sellers who started to flood potential lots. But the catalog was full. Faced with the craze, we considered a second sale, then a third … Then fifty years later, we still organize here our two big annual vacations in November and May.

christie's

Les lots 199 et 201 sont particulièrement représentatifs des belles pièces René Boivin qui figureront au programme de la vente du 4 décembre 2018. Les estimations respectives sont de 10,000 à 15,000 € pour le bracelet et de 10,000 à 12,000 € pour la broche. Lots 199 and 201 are particularly representative of the beautiful René Boivin pieces that will appear in the sale of December 4, 2018. The respective valuations are € 10-15k for the bracelet and € 10-12k for the brooch. Photo : Christie’s

2- Comment êtes-vous entrés dans le secteur de la joaillerie ? How did you enter into the jewelry industry ?

F.C. : Quand j’étais petit, les bijoux n’étaient pas ma passion première. Pourtant, mon père était marchand en joaillerie-orfèvrerie dans le quartier de Drouot, mais on ne parlait jamais ou alors très peu de joaillerie à la maison. Il connaissait le patron de Christie’s. Et me voila en juin 1969 en stage à Londres pour occuper mes vacances durant mes études de droit. Quelques jours avant la fin de celui-ci, un assistant d’un assistant…etc. quitte le département. Et on me propose de rester. Vous savez, à l’époque, le département bijou était tout petit et il n’y avait pas de service RH… Les choses se faisaient comme ça. Aujourd’hui ce serait impensable. J’ai donc appelé mes parents, expliqué que j’étais embauché si je le souhaitais. Ma mère aurait bien aimé que je termine mes études de droit, mais il me restait trois années d’études. C’était donc impossible. Il me fallait faire un choix. Le droit ne me plaisait pas tant que ça et je suis restée chez Christie’s. Cela fait désormais 49 ans que j’y suis !

When I was young, jewels were not my first passion. However, my father was an antique jewel dealers in the neighborhood of Drouot, but we never spoke or very little about jewelry at home. He knew Christie’s boss. And here I am in June 1969, in London, for an internship to fill my holidays during my law studies. A few days before the end of it, an assistant of an assistant … etc. leaves the department. And I am offered to stay. You know, at the time, the jewelry department was very small and there was no HR service … Things were done like that. Today it would be unthinkable. So I called my parents, explained that I was hired if I wanted to. My mother would have liked that I finish my law school, but I had again three years of study. It was impossible. I had to make a choice. The law did not please me so much and I stayed at Christie’s. It’s been 49 years since I’ve been there !

Violaine d’Astorg (V.A.) : Je suis tombée dans ce secteur durant mes études de droit et d’histoire de l’art. J’avais un grand-père qui aimait profondément ses petits enfants et qui nous considérait comme des spécialistes en fonction de nos études. Quand il a su que je voulais travailler dans les ventes aux enchères, il m’a un jour emmené au coffre pour me montrer des bijoux qu’il souhaitait vendre. Je ne connaissais absolument pas ces pièces et ce fut une vraie découverte. J’ai donc entrepris de comprendre ses bijoux et d’en obtenir une estimation. Mais vous allez chez dix marchants et vous avez dix prix radicalement différents. J’ai donc essayé de mieux appréhender le marché, j’ai commencé à m’intéresser aux acteurs importants de celui-ci et de fil en aiguille, le bijou ne m’a plus quitté. D’abord en stage chez Tajan, puis j’ai intégré la maison Osenat où j’ai monté le département bijou. Et aujourd’hui chez Christie’s Paris depuis avril 2018.

I fell in this industry during my law and art history studies. I had a grandfather who loved deeply his grandchildren and who considered us as specialists according to our studies. When he knew I wanted to work in the auctions, he took me to his safety-deposit box to show me jewels he wanted to sell. I did not know at all thse jewels and it was a real discovery. So I began to understand his jewelry and get an estimate. But you go to ten merchants and you have ten prices radically different. So I tried to better understand the market and one thing leading to another, jewelry has not left me. First an internship at Tajan, then I joined Osenat House where I set up the jewelry department. And now for Christie’s Paris since April 18.

3- Cette question s’adresse surtout à vous François Curiel. Quel fut pour vous le tournant dans l’intérêt du public pour les bijoux ? This question is mainly for you François Curiel. What was the turning point for you in the public interest for jewelry ?

F.C. : La vente de la Duchesse de Windsor a clairement été un événement radical dans les ventes aux enchères. Mais je dirais que déjà, un peu plus tot, un tournant avait été franchi en avril 1984 avec la vente de Florence Gould. Jusque là, les ventes de bijoux faisaient entre 1 et 1,5 millions de dollars. Pour cette vente, ce fut une vente du soir, la première pour des bijoux et ce fut dans l’hôtel Delmonico. C’était une vente « black tie », ça ne s’était jamais fait car le soir était réservé aux ventes de tableaux. On annonce la vente, on communique de manière très importante et voila que deux jours avant nous recevons une lettre du service de défense des consommateurs de NY qui donne l’aval pour les ventes. Et qui nous explique que nous devons annuler la vente car celles concernant les bijoux ne peuvent avoir lieu que quand il y a de la lumière du jour ; parce qu’il faut que les gens puissent observer avec certitudes si les diamants sont vrais. C’était une vieille loi de 1820. Nous avons demandé une exception, nous l’avons eu, et la maison Christie’s s’est engagée à rembourser en cas de litiges. Nous avons fait 7 millions de dollars. Pour moi, c’est cette vente qui a amorcé quelque chose dans l’intérêt des acheteurs pour la provenance d’un bijou. Et puis trois ans plus tard, la vente de la Duchesse à battu tous les records chez Sotheby’s avec 50 millions de dollars. Le monde des ventes aux enchères de bijoux avait changé !

The Duchess of Windsor jewelry sale was clearly a radical event in the auctions. But I would say that already, a little earlier, a turning point had been crossed in April 1984 with the sale of Florence Gould collection. Until then, jewelry sales were between $ 1 million and $ 1.5 million. For this sale, it was an evening sale, the first for jewelry and it was in the hotel Delmonico. It was a black tie sale, it had never been done because the evening was reserved for sales of paintings. We announce the sale, we communicate very importantly and two days before we received a letter from the consumer protection department of NY which gives the endorsement for sales. And which explains to us that we must cancel the sale because jewelry events can only take place when there is daylight ; because people have to be able to see with certainty if the diamonds are true. It was an old law of 1820. We asked for an exception, we got it, and Christie’s made a commitment to pay back in case of litigation. We made $ 7 million. For me, it was this sale that initiated something in the interest of buyers for the provenance of a jewel. And then three years later, the sale of the Duchess broke all records at Sotheby’s with $ 50 million. The world of jewelry auctions had changed !

Les lots 55 et 56 sont parmi les plus beaux lots de la vente. Le numéro 55 est une broche en platine et or, diamants, améthyste, rubis. Il est estimé entre 6000 et 8000 €. Le lot 56 est un très bel exemple de René Boivin vers 1930 en or et diamants. Estimation entre 15,000 et 20,000 €. Lots 55 and 56 are among the most beautiful jewels of the sale. Number 55 is a platinum and gold brooch, diamonds, amethyst and rubies. It is estimated between € 6-8k. Lot 56 is a very good example of René Boivin circa 1930 in gold and diamonds. Valuation between € 15-20k. Photo : Christie’s

4- Comment se passe la constitution d’un catalogue chez Christie’s ? How is made a catalog at Christie’s ?

V.A. : Dans une maison comme Christie’s, il y a des identités pour chaque vente. Dans le cas de Paris qui est désormais le département dont je m’occupe, je pense déjà design parisien, signatures phares de la Place Vendôme. Boivin et Belperron font désormais partis des noms intimement liés à notre département. Nous allons travailler avec des familles françaises qui sont dépositaires de joyaux remarquables. A l’image du diadème qui passera en vente le 4 décembre et provenant de la maison Bapst. Aussi, nous travaillons beaucoup sur la notion de patrimoine et de culture française. Mais les pierres très importantes et les bijoux extrémement prestigieux partiront à Genève. Notre fil conducteur, c’est véritablement d’obtenir le meilleur prix pour notre client. Aussi nous n’hésitons pas à exporter. Un catalogue parisien est principalement composé de vendeurs européens. Mais la TVA française rend quasi impossible de convaincre un vendeur américain ou asiatique. Cela dit, pour décembre, nous avons presque 30% du catalogue qui n’est pas franco-français. C’est très élevé et c’est une bonne surprise. Preuve que Paris reste aussi un lieu de vente important et que les acheteurs hors France nous font confiance pour bien vendre leurs bijoux ici. Comme nous le disions, l’aura de Paris est extrêmement importante.

In a house like Christie’s, there are identities for every sale. In the case of Paris which is now the department that I take care of, I think already Parisian design, key signatures of the Place Vendome. Boivin and Belperron are now names intimately linked to our department. We will work with French families who are depositories of remarkable jewels. Like the tiara that will go on sale December 4 and from the Bapst house. Also, we work a lot on the notion of heritage and French culture. But the very important stones and the extremely prestigious jewels will leave in Geneva. Our guiding thread is really to get the best price for our client. Also we do not hesitate to export. A Paris catalog is mainly composed of European sellers. But French VAT makes it almost impossible to convince an American or Asian seller. But for December, we have almost 30% of the catalog that is not French-French. It’s very high and it’s a nice surprise. Proof that Paris is also an important place of sale and that buyers outside France trust us to sell their jewelry here. As we said, the aura of Paris is extremely important.

F.C. : Je rebondis sur les propos de Violaine. Effectivement, il faut bien avoir en tête que les bijoux voyagent. Selon les pièces et le moment de l’année où ils arrivent chez nous, nous allons ensuite les aiguiller vers le meilleur endroit pour se vendre. Et puis, il faut également tenir compte des impératifs des vendeurs. Enfin, Il ne faut oublier la diffusion du catalogue. Vous venez à Paris mais vos pièces vont êtres visibles à New York, Londres, Hong Kong….etc. C’est un vrai plus pour les vendeurs de savoir que leurs bijoux vont être vus partout. Et puis internet a en plus tellement changé les pratiques.

I bounce on the Violaine’s words. Indeed, it must be remembered that jewels travel. Depending on the pieces and the time of year when they come at Christie’s, we will then direct it to the best place to sell. And then, we must make with the requirements of the sellers. Finally, we must not forget the distribution of the catalog. You come to Paris but your pieces will be visible in New York, London, Hong Kong … etc. It’s a real plus for sellers to know that their jewels will be seen everywhere. And then internet has also changed so much practices.

5- Qu’en est-il du poids des restaurations dans une estimation et dans quelle mesure cela peut-il influer votre choix d’inclure ou non une pièce dans le catalogue ? How do you consider restorations in the valuation process and how much can this affect your choice to select or not a jewel in the catalog ?

V.A. : Chez Christie’s, nous annonçons la totalité des réparations et des restaurations. Mais si les matières principales sont là et en bon état, c’est aussi ce qui va primer. Par exemple, un bijou avec un saphir birman. Si celui-ci a été très réparé mais que la pierre n’a pas subit de dommages, c’est la pierre qui donne l’estimation. Par contre, pour certaines pièces, il faut absolument que celles-ci soient vierges d’intervention pour obtenir un certificat d’authenticité. C’est le cas sur le René Boivin où Françoise Cailles est particulièrement pointilleuse avec l’état des pièces. Aussi, nous nous appuyons énormément sur l’avis des experts avec lesquels nous travaillons.

At Christie’s, we announce all the repairs and restorations. But if the main materials are there and in good condition, it is also what will prevail. For example, a jewel with a Burmese sapphire. If it has been repaired but the stone has not been damaged, it is the stone that gives the estimate. On the other hand, for certain jewel, it is absolutely necessary that these are virgins of interventions to obtain a certificate of authenticity. This is the case on René Boivin where Françoise Cailles is particularly meticulous with the state of the pieces. Also, we rely heavily on the advice of the experts we work with.

F.C. : Il y a aussi des bijoux que l’on ne prend pas car il y a eu trop de modifications. Si l’objet a été trop transformé, il n’a plus véritablement d’intérêt. C’est souvent le cas avec des bijoux avec des centres importants. Dont les pierres ont été changées. Il faut donc garantir la qualité Vendôme des pièces signées de maisons et si celle-ci n’est plus au rendez-vous et qu’il ne reste qu’une signature… Il peut être compliqué de valoriser un bijou.

There are also jewels that we do not take because there have been too many changes. If the object has been too much transformed, it no longer has any real interest. This is often the case with jewelry with important centers. Whose stones have been changed. It is therefore necessary to guarantee the Vendôme quality of the signed pieces of houses and if it is no longer there and that remains only a signature… It can be complicated to value a jewel.

Les lots 63 et 64 sont de très beaux bijoux de type Art Déco. Le premier est un bracelet en or, diamants, onyx et aigue-marine dans un écrin de forme Fouquet. Son estimation va de 20,000 à 40,000 €. La broche est signée de Raymond Templier, elle est en or, cristal de roche, émail et diamants. Son estimation va de 6000 à 8000 €. Lots 63 and 64 are very beautiful Art Deco jewelry. The first is a bracelet in gold, diamonds, onyx and aquamarine in a Fouquet fitted case. Its valuation ranges from € 20-40k. The brooch is signed by Raymond Templier, it is in gold, rock crystal, enamel and diamonds. Its valuation goes from € 6-8k. Photo : Christie’s

6- La provenance a désormais une importance cruciale pour de nombreux acheteurs. Est-ce que le story-telling a trop d’importance dans la valorisation d’un bijou ? Provenance is now of crucial importance to many buyers. Is storytelling too important in the valuation of a jewel ?

V.A. : Chez Christie’s, c’est vraiment la pièce avant tout le reste. La provenance est importante mais on ne peut pas mentir sur la qualité d’une pièce. Si l’histoire de celle-ci est indissociable, elle est néanmoins compliquée à chiffrer. C’est ça aussi qui est passionnant dans notre métier, car entre l’estimation et le coup de marteau, il y a un monde inconnu fait de désir et de volontés de collectionneurs. Et entre ce que l’on pense et ce qui se réalise, on est souvent extrêmement surpris et de manière très positive !

At Christie’s, it’s really the piece before everything else. The provenance is important but we can’t lie about the quality of a jewel. If the history of it is inseparable, it is nevertheless complicated to quantify. This is also what is exciting in our profession, because between the estimate and the hammer, there is an unknown world of desire, of wills of collectors. And between what we think and what happens, we are often extremely surprised and in a very positive way !

F.C. : Désormais la provenance est très demandée dans les ventes. Elle joue un rôle mais on laisse les acheteurs décider. Chez nous, l’estimation est basé sur la valeur intrinsèque de la pièce, le métal et les pierres et éventuellement la signature si elle existe. Nous laissons la provenance car c’est un facteur que l’on ne peut quantifier. Mais on sait que celle-ci va fortement influer sur le prix final. Par exemple avec les bijoux de Elisabeth Taylor, ce fut absolument incroyable.

From now on, the provenance is highly rated in sales. It plays a role but we let the buyers decide. For us, the estimate is based on the intrinsic value of the piece, the metal and stones and possibly the signature if it exists. We leave the provenance because it is a factor that we can not quantify. But we know that it will strongly influence the final price. For example, with Elisabeth Taylor’s jewelry, it was absolutely incredible.

7- Quelle est le rôle des maisons de ventes dans l’augmentation de la côte d’un artiste ? What is the role of auction houses in increasing the popularity of an artist ?

V.A. : Un objet amène toujours un autre objet. Quand le Boivin et le Belperron ont commencé à réapparaitre sur le marché, nous avons assisté à une montée du nombre de pièce de ce type disponible. Par contre, l’estimation est toujours juste par rapport à la matière, à la signature, par rapport aux derniers référentiels des résultats de ventes. Ensuite l’engouement des acheteurs ne se décide pas. Nous, nous sommes là pour faire le maximum pour nos clients, notre rôle est de porter les pièces et de les emmener au maximum de ce que l’on peut faire. Nous sommes ainsi lecteur du marché, acteur aussi car on construit des ventes et puis spectateur au moment du coup de marteau. Bien sur, nous avons une certaine maîtrise mais nous sommes néanmoins spectateurs des résultats et d’une possible envolée des enchères.

An object always brings another object. When Boivin and Belperron began to reappear on the market, there was a rise in the number of this type of jewelry available. On the other hand, the valuation is always made according to the material, the signature and compared to the last sales results. Then we can’t decide the enthousiasm of the buyers. We are here to do the best for our customers. We are thus a market player, an actor too, because we build sales and then spectators at the moment of the hammer blow. Of course, we have some control but we are nevertheless spectators of the results.

Les lots 251 et 252 montrent combien la couleur était importante chez René Boivin et Suzanne Belperron. La bague en or, rubis, saphirs et émeraudes (Belperron) est estimée entre 15,000 et 20,000 €. La broche Boivin en or et émeraude est, elle, estimée entre 20,000 et 30,000 €. Lots 251 and 252 show how much color was important in René Boivin and Suzanne Belperron jewelry. The gold, ruby, sapphires and emeralds ring (Belperron) is estimated between € 15-20k. The gold and emerald Boivin brooch is estimated at between € 20-30k. Photo : Christie’s

8- Quel est votre meilleur souvenir de vente ? What is your auction’s best memory ?

F.C. : Le meilleur, je crois que c’est la vente d’Elizabeth Taylor. Quand on me demandait ce que j’aimerai expertiser, je disais souvent les pièces de la Reine d’Angleterre, mais ça – je crois – que ça n’arrivera pas et puis les pièces de Mme. Taylor. Et puis, un jour, on nous appelle pour voir ses pièces. Donc, en 2002, j’ai été amené à aller faire un inventaire des pièces pour ses assurances. Je me suis rendu à Los Angeles car il fallait mettre à jour ses listes de bijoux. Nous sommes donc allées dans sa maison, nous commencons à travailler à 9 heures du matin et puis vers 11 heures, j’ai entendu du bruit au 1er étage de la maison. Dans la pièce dans laquelle nous étions, il y avait un grand escalier à l’américaine, incroyable, et la voila qui descend habillée avec un majestueux caftan. Elle s’est alors assise à coté de nous toute la journée pour commenter ses bijoux. Elle les connaissait par cœur : «Ça c’est un cachemire, il parait Ceylan, mais j’ai le certificat de la SSEF»… Elle s’est mise à parler de ses bijoux car elle les aimait tellement. Puis elle m’a sorti des pièces Art déco signées de Yard, et d’un coup elle a dit : «Je vais vous montrer des pièces d’un bijoutier que vous ne connaissez surement pas» et elle amène une pièce de JAR. Elle ajoute : «c’est un américain qui habite à Paris, il est à coté de la place Vendôme dans un tout petit bureau et il est épatant». Ma journée avec Elizabeth Taylor reste mon plus beau souvenir.

The best, I think, it’s the sale of Elizabeth Taylor jewelry. When I was asked what I would like to appraise, I often said the pieces of the Queen of England, but that – I believe – will not happen and then Mrs. Taylor’s jewels. And then, one day, we are called to see her pieces. So, in 2002, I had to go doing an inventory of her pieces for her insurance. So we went to her house, we start working at 9 o’clock in the morning and then around 11 o’clock, I heard noise on the 1st floor of the house. In the room we were in, there was a huge American staircase, incredible, and here she comes down dressed with a majestic caftan. She sat next to us all day to comment on her jewelry. She knew them by heart : « This is a cashmere, it looks Ceylon, but I have the certificate of the SSEF » … She began to talk about her jewels because she loved them so much. Then she pulled out Art Deco pieces signed by Yard, and suddenly she said, « I’m going to show you some jeweler’s pieces that you probably do not know, » and she brings me a piece of JAR. She adds : « It’s an American who lives in Paris, he is next to the Place Vendome in a very small office and he is incredible ».  Yes, my day with Elizabeth Taylor is my best memory.

V.A. : J’ai adoré le pouvoir de l’histoire sur les pièces. Nous rejoignions ce que nous disions sur la provenance. Le souvenir de la bague de fiançailles de Napoléon reste gravé dans ma mémoire. Quand nous avons reçu chez Osenat cette bague avec ce saphir et ce diamant, nous avons fait une estimation entre 10,000 et 15,000€. Et la pièce est partie pour 900,000 €  avec les frais. Et là, il y a un phénomène durant la vente. Ce n’est pas la matière que nous avons vendu mais clairement l’histoire. C’est le pouvoir des enchères.

I loved the power of History on the pieces. We join what we said about the source. The Napoleon’s engagement ring remains engraved in my memory. When I discovered at Osenat this ring with this little sapphire, we make an estimate between 10,000 and 15,000 €. And the piece left for 900,000 € with fees. And there is a phenomenon during the sale. This is not the material we sold but clearly the story. It’s the power of auctions.

À bientôt !

See you soon !

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