Les Glitterati Girls, des filles en or massif !

Il y a un peu plus d’un an naissait l’association internationale The Glitterati. Co-fondée par Melissa Wolfgang Amenc et Faye Caris Toyon, deux femmes aussi dynamiques qu’engagées, l’association poursuit un but simple mais pourtant d’une importance cruciale : promouvoir le soutien, l’éducation et le mentorat des femmes dans l’industrie de la joaillerie et de l’horlogerie. J’ai donc eu envie de rencontrer ces deux jeunes femmes que rien n’arrête et dont l’énergie débordante est aussi communicative que leurs passions respectives pour l’industrie de la joaillerie. Et si vous vous sentez l’âme d’une Glitterati, n’hésitez pas et rejoignez le mouvement !

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Faye Caris Toyon & Melissa Wolfgang Amenc. Photo : The Glitterati

 1- Bonjour Melissa et Faye, pouvez-vous vous présenter ?

Melissa Wolfgang Amenc. Je suis Melissa Wolfgang Amenc. J’ai 43 ans, née en Suisse, élevée en Californie. Ayant une mère Américaine et un père Suisse, j’ai fait des aller-retours entre Los Angeles et Genève jusqu’à ce que j’ai décidé de déménager à Genève en 1996.

Faye Caris Toyon. Je suis Faye Caris Toyon. J’ai 35 ans et suis mi-antillaise et mi-néerlandaise.

2- Quand vous étiez enfant, que vouliez-vous faire plus tard ?

MWA. Je ne me souviens pas d’en avoir eu. Ça parait futile ! Jeune femme, j’ai réalisé que le métier des pierres et des bijoux était un vrai métier avec de l’âme, de l’émotion, de la passion, et non seulement un « truc que faisait mon père« . Je suis tombée tout de suite amoureuse. Avec le recul, il est vrai que j’adorais aller au magasin avec mon père le samedi, fouiller dans son coffre et surtout nettoyer les diamants de couleur.

FCT. A 10 ans, je me voyais vivre à l’étranger, et avoir un travail qui me permettrait de voyager et de rencontrer plein de gens, et en lien avec la Terre.

3- Et, aujourd’hui, quels sont vos métiers ?

MWA. Je travaille au sein de mon entreprise familiale, Golay Fils & Stahl, j’achète et je vends des diamants, des pierres précieuses, et des bijoux d’époque signés. Je travaille aussi avec des clients privés pour des créations et pièces uniques.

FCT. A peu près le même que prévu. (rires).

4-Quelles études avez-vous faites ?

MWA. Après avoir obtenu mon diplôme de gemmologue au sein du Gemological Institute of America (GIA) en 1996, j’ai déménagé à Genève et j’ai commencé a travaillé dans le métier avec mon père.

FCT. Après un Master universitaire en Géologie (j’ai adoré les stages de terrain, avec mon marteau de géologue !) puis en école de Commerce, mon premier emploi, était de réaliser des études de marché et de faisabilité pour des entreprises des secteurs de l’énergie et de l’Environnement, dans un bureau de conseil.

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« Rend le possible » disent les Glitterati ! Photo from The Glitterati Instagram account.

5- Quels sont vos liens avec l’industrie de la joaillerie ?

MWA. Je suis la 6e génération de ma famille dans l’industrie des bijoux et des pierres précieuses. Les deux parents de mon père sont issus de familles de diamantaires en Belgique et Pologne, qui sont par la suite partis à Paris, puis à Genève en passant par New York, pendant la seconde guerre mondiale.

FCT. Quand j’ai décidé de faire une transition de carrière, j’ai déménagé à New York, où j’ai suivi le Programme on-campus Graduate Gemologist du GIA

6 – Quel est votre parcours professionnel et comment avez-vous décroché votre poste actuel ?

MWA. J’ai déménagé à Genève pour travailler avec mon père. Après environ un an, il a senti que j’apprendrais plus en travaillant ailleurs. J’ai commencé un stage dans le département joaillerie de Christie’s, et ai réussi à être embauchée une fois le stage terminé. J’ai réalisé beaucoup d’estimations de poids pour les condition reports, gestion des archives de catalogues et photos, et vraiment n’importe quel travail qu’on me déléguait : j’avais faim d’apprendre. J’ai également travaillé dans le bureau de François Curiel. Au bout de 2 ans, je suis partie et j’ai commencé a travaillé comme acheteuse de pierres pour De Grisogono, m’occupant de l’approvisionnement et l’achat de pierres pour la production de bijoux et de montres. Et deux ans après, en 2001, je suis partie rejoindre l’entreprise familiale aux côtés de mon père.

FCT. Après deux stages chez Christie’s et au Rapaport, j’ai réalisé que ma vraie passion était celle des pierres de couleur. J’ai donc déménagé à Paris et ai travaillé pour Garaude, un négociant en pierres de couleur. Après quelques années, J’ai eu l’opportunité d’ouvrir un bureau en Suisse pour la Maison Piat : j’ai emporté avec moi les trois valises que j’avais en ma possession (je voyage léger) et me suis installée à Genève, pour de bon.

7- Vous travaillez désormais dans le domaine des pierres de couleurs et des diamants ? Racontez-nous votre entreprise !

MWA. Golay Fils & Stahl, fondée en 1837, est l’une des entreprises d’horlogerie/ joaillerie les plus anciennes de Genève. Historiquement, Golay Fils & Stahl étaient des horlogers/joailliers connus avec des magasins de détail à Genève, Paris et Lugano, s’adressant à une clientèle très internationale. Mon grand-père, marchand de pierres et fournisseur de l’entreprise, a racheté la société en 1961. À sa mort en 1976, mon père a repris l’entreprise.

FCT. La Maison Piat est une société de négoce de pierres précieuses de couleur depuis 3 générations basée à Paris, Genève et Bangkok à destination des Maisons internationales de Haute Joaillerie. Nous sommes très impliqués dans la démarche durabilité de l’industrie joaillère et travaillons beaucoup sur la traçabilité depuis la mine.

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Portez-vous les couleurs des Glitterati ? Photo : The Glitterati

8- Comment s’organise une journée / semaine de travail ?

MWA. Hormis les expositions auxquelles je participe (Hong Kong, Miami & GemGenève), qui se déroulent généralement à la même époque chaque année, je n’ai pas vraiment de planning quotidien, heureusement ! Notre métier se décrirait comme « la fête ou la famine » : je travaille quand il y a faire et heureusement je trouve toujours de quoi m’occuper. En plus, The Glitterati étant une association naissante et en pleine croissance, nous sommes constamment en train de travailler sur les idées pour l’avenir. Je fais également partie de la Comité Éthique du l’Association Suisse des Négociants des Pierres Précieuses avec qui j’ai travaillé sur des projets importants au cours des derniers 12 mois.

FCT. Aucune semaine ne se ressemble et c’est la partie la plus sympathique du métier : je peux être à Genève pour suivre les ventes aux enchères, ou sur notre stand dans une Foire professionnel, ou à mon bureau en train trier des lots de calibrés pour un projet, ou être voyage commercial ou d’achat, ou encore, en réunion avec le comité Éthique de l’association Suisse des Négociants de Pierres Précieuses. Tellement  diversifié!

9- L’industrie de la joaillerie reste un mode opaque pour le grand public même si les choses changent. Dites-nous où vous trouvez votre motivation et ce que vous préférez dans vos activités professionnelles actuelles ?

MWA. J’ai l’immense privilège de pouvoir faire ce que j’aime. Quand on est passionné par son métier, Il y aura toujours quelque chose de nouveau à découvrir, quelque chose à apprendre ou une nouvelle rencontre à faire. De nouveaux défis, se surpasser, c’est motivant. J’aime la majorité des choses que je fais, mais il y a une place toute particulière dans mon cœur pour les bagues de fiançailles. C’est touchant de faire partie de l’histoire d’un couple.

FCT. La diversité est ce que je préfère que je fais et c’est aussi la source de ma motivation puisque je n’ai pas encore trouvé d’aspect routinier à ce métier : la diversité des tâches, dont nous discutions précédemment, mais aussi la diversité des personnes que je rencontre en termes de connaissances, d’histoire personnelle, d’origine, ou d’opinions.

10- Qu’est ce qui est le plus ennuyeux ?

MWA. Étrangement, je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit d’ennuyeux, peut-être de la paperasse.

FCT. Sans hésiter: la comptabilité !

11- Parlons des tendances dans le secteur des pierres. Est-ce plus compliqué de travailler maintenant qu’il faut de nombreuses certifications pour une pierre ?

MWA. Nous sommes plutôt traditionnels, en conséquence, nos clients le sont souvent aussi. Nous n’adhérons pas beaucoup aux tendances, nous achetons et vendons des pièces que nous aimons et qui nous touchent. Nous constatons que lorsque nous aimons quelque chose, il est facile de le traduire et de le transmettre à nos clients. On nous demande rarement une pierre «tendance», mais quand cela arrive, nous aimons toujours l’idée de voir et d’apprendre quelque chose de nouveau tout en rendant un client heureux. À mesure que la technologie et les techniques d’amélioration évoluent, la nécessité de certificats, même de plusieurs certificats, augmentera. Parfois, c’est en effet frustrant, mais cela fait partie de notre nouveau quotidien et nous devons nous adapter.

FCT. Je ne peux pas vraiment définir de tendances dans les pierres de couleur. C’est comme dans la Mode : les goûts changent au fil des saisons. Mais la grande tendance, comme dans les autres industries, est le besoin du consommateur de connaître l’origine, la source de ce qu’il achète. La traçabilité des pierres de couleur sera le grand enjeu des prochaines années.

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La Directrice exécutive du RJC Iris Van der Veken, Melissa Wolfgang Amenc et Faye Caris Toyon lors du congrés de la CIBJO en 2019. Photo : The Glitterati

12- Quelle est votre pierre préférée et pourquoi ?

MWA. Les grenats démantoïdes de Russie, j’ai toujours aimé la couleur vive et leurs feux incroyables ! Les diamants « Old Mine », qui n’aime pas un diamant ? Charmant et traditionnel. Mais… si je ne pouvais choisir qu’une seule pierre, ce serait une émeraude, ancienne et de Colombie.

FCT. Les spinelles. Et en particulier les spinelles roses vibrants de la région de Mahenge en Tanzanie.

13- Avez-vous un souvenir mémorable à partager avec nous ?

MWA. Un souvenir qui se démarque, bien qu’il ne soit pas étonnant ou incroyable, il est inoubliable car il est sentimental : quand j’étais enfant et que j’étais avec mon père, peu importe où nous étions dans le monde, il s’arrêtait toujours pour regarder dans les vitrines des bijouteries. Chaque boutique ! Cela me rendait dingue. Allez papa ! Maintenant, tant d’années plus tard, je me retrouve à rire à haute voix en marchant dans la rue parce que je me surprends à faire de même.

FCT. Je me rappelle une fois, j’étudiais au GIA à New York, une vraie débutante, et j’assistais à un dîner dans un restaurant en vue et j’étais assise juste à côté d’un marchand de pierres. A un moment, il sort, de nulle part, une petite boîte de spinelles. J’en ai été très impressionnée : la pièce était plutôt sombre et les pierres brillaient comme de petits soleils.

14- Comment imaginez-vous le futur ? Internet a pris une place tellement importante dans l’industrie des pierres…

MWA. Qui sait ? Je garderai toujours l’espoir que les gens auront besoin de conseillers pour les guider et, plus important encore, voudront tenir une pierre ou un objet à la main, le voir avec leurs yeux, éventuellement ressentir quelque chose. Les bijoux et les pierres restent un achat émotionnel pour beaucoup, il n’y a aucune émotion liée à cliquer sur « ajouter au panier ».

FCT. La vente en ligne existe, certes. Mais rien ne remplacera l’œil de l’acheteur et l’émotion que la pierre lui procure pour la prise de décision.

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Les fondatrices de l’association, en compagnie du journaliste David Brough et du laboratoire Gübelin, lors d’un panel sur le sourcing et la traçabilité des gemmes durant l’édition 2019 de GemGenève. Photo : The Glitterati

15- Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent démarrer dans cette industrie ?

MWA. Voir autant de marchandises que possible. Soyez curieux, posez des questions. Laissez votre ego à la porte, faites le travail que personne d’autre ne veut faire, c’est là où on apprend vraiment des choses. Croyez en vous.

FCT. Ne jamais avoir peur de demander.

16- Pourquoi avez-vous intié The Glitterati ? Quel est votre but ? 

MWA. Faye et moi avons créé The Glitterati parce que nous pensions qu’il y avait un réel besoin d’une entité promouvant le soutien et l’éducation des femmes dans l’industrie. Faye et moi avons beaucoup travaillé et avons évolué dans nos carrières, nous ne l’avons pas fait seules, nous avons eu de l’aide ! Nous sommes convaincues qu’il est important transmettre les expériences acquises à celles qui débutent dans le métier et d’échanger avec nos paires. Nous voulons encourager les femmes à se soutenir mutuellement. Nous voulons également mettre en lumière les carrières des femmes étonnantes et réussi que nous connaissons et, ce faisant, nous encourageons les jeunes générations qui luttent contre la fausse idée qu’il s’agit d’une industrie dirigée par des hommes.

FCT. The Glitterati est une association à but non-lucratif qui tend à promouvoir le soutien, l’éducation et le mentorat des femmes dans l’industrie de la joaillerie et de l’horlogerie. Nous l’avons fondée, avec Melissa l’année dernière, car nous voulions mettre en avant les superbes parcours de nos membres et d’autres femmes de l’industrie pour nous en inspirer tous, et en particulier les plus jeunes générations. Si vous vous sentez l’âme d’une Glitterati, rejoignez-nous sur www.theglitterati.ch/join

17- Quelle est la place des femmes aujourd’hui dans cette industrie ?

MWA. J’imagine plutôt bien ! Je vois des femmes travaillant dans toutes les branches de notre industrie, de la bijoutière au gemmologue de laboratoire en passant par PDG.

FCT. La position de la femme dans l’industrie joaillère est sans doute plus facile maintenant qu’auparavant, mais je pense que cela est vrai dans tous les secteurs où l’argent a une place prédominante. Ce qui est évident, c’est que l’on peut constater que dans les grandes maisons de joaillerie de la Place Vendôme, les équipes sont largement féminines !

À bientôt !

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