Les écrins anciens, ces porteurs d’histoires…

Je suis amoureuse des vieux écrins. Depuis très longtemps. J’ai toujours aimé les vieilles boites, en carton, en bois, en papier mâché. Et puis quand je suis entrée en apprentissage à Paris, j’ai rencontré des antiquaires, des négociants d’objets d’art et surtout j’ai découvert les ventes aux enchères.

Au contact de ces personnes, j’ai pris conscience d’un monde que je soupçonnais mais sans en connaitre bien les codes. Et j’ai appris. Et ma passion pour les boites anciennes s’est confirmée. A cela, plusieurs raisons. La principale étant que ces fameuses boites racontent de très belles histoires. Et puis elles mentent aussi. C’est un fait. Et justement, je me sens un peu détective quand je cherche à savoir si la boite correspond à l’objet qu’elle abrite.

Alors par où commencer ? Les écrins anciens sont constitués principalement de deux matières : le carton et le bois. Les plus précieux sont en bois (parfois avec des incrustations), avec des velours et des satins à l’intérieur. De préférence ils sont marqués du nom de la maison. A ce sujet, les typos anciennes sont très belles. Mais les plus courants sont en carton. De plus, ils sont parfois préformés (on parle alors d’écrins en formes) pour accueillir comme il se doit le bijou qu’il faut y abriter. Enfin, ils peuvent se parer de dorures à chaud qui rehaussent la fabrication.

Il existe des écrins pour des bijoux, des nécessaires de couture, des fume-cigarette, de l’argenterie, des pipes, parfois des portraits sur ivoire aussi… Autant vous dire que j’ai beaucoup d’occasions d’en voir ! Certains sont très anciens, les plus vieux que j’ai vu datent du XVIIIe siècle.

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L’un des écrins en maroquin rouge des « Diamants de la Couronne » conservé au Musée du Louvre.

41505-1Exemple d’écrin en ébène pour protéger un nécessaire de couture en or, XIXe (photo : proantic.com)

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Écrin de parure, XIXe, conservé au MN des Châteaux de Malmaison et Bois-Préau (photo : Gerard Blot)

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Lot d’écrins anciens pour des bijoux issus de la maison Henri Teterger fils. Photo : Millon et associés. Estimés entre 50 et 80 €, ils se sont vendus pour 250 €.

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Écrin en maroquin rouge avec sa parure en malachite, collection Lapeyre, Paris, Fondation Napoléon. Photo par Patrice Maurin-Berthier

Alors, pour illustrer le problème avec les écrins anciens, rien de mieux qu’un cas vu chez un bijoutier, il y a quelques années. Il faut bien comprendre une chose, souvent les écrins ont été séparés de ce qu’ils contenaient à l’origine. Et la plupart du temps, les boites n’ont plus de relation avec ce qu’elles contiennent. Ce n’est pas une mauvaise chose, au demeurant, il faut juste le savoir. Un écrin protège et s’il y en a un, c’est bien mieux.

D’ailleurs, il est courant de trouver des lots d’écrins dans les ventes à la fin des vacations. De plus, on voit parfois dans les vitrines des antiquaires la mention « les écrins anciens ne sont pas vendus avec les pièces ». Une boite a des vies multiples !

L’effet inverse qui en résulte est qu’un écrin allant avec la pièce vendue donne de la valeur. Si l’écrin est signé, c’est encore mieux. Et si le tout est en bon état de conservation ou parfaitement restauré, c’est parfait !

C’est donc, pour en revenir à notre anecdote, l’histoire d’une jolie barrette de la fin du XIXe, en or, platine, diamants et perles fines. Conservée dans une jolie boite, les propriétaires voulaient savoir si l’écrin (de famille, tout comme la broche) était d’origine.

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Alors, en faisant quelques recherches, notre bijoutier trouve bien la trace de Baptiste Noury, joaillier à Paris au 64, rue Greneta entre 1883 et 1898. Et il trouve même la photo de son poinçon « B.N. » avec un paon entre les deux lettres.

Il faut reconnaitre que l’écrin est de l’époque de la broche et qu’il est parfaitement adapté à celle-ci. Préformé, il rehausse la broche et la met en valeur. Reste à vérifier que la broche vient de chez M. Noury et là, les choses se corsent.

En examinant la pièce, il trouve sur la queue de broche un poinçon de maître. Et en le déchiffrant, pas de doute il présente les initiales « E.M. » accompagnées d’un bateau. Pas de signature, pas de numéro de série, rien que le poinçon. Commence donc une recherche en espérant localiser le bijoutier répondant à ce poinçon. Et il trouve..

La broche vient de chez Édouard Masches, bijoutier à Paris au 6 de la rue Pastourelle de 1880 à 1905.

Alors, attention, la pièce a pu être vendue chez M. Noury, si sa boutique ou son atelier distribuait M. Masches. Les bijoutiers en chambre avaient aussi des « détaillants » qui vendaient leurs créations. Mais il n’y a pas de preuves, ce sera pour « la légende ». La broche a aussi pu être fabriquée par M. Masches et livrée par M. Noury… Bref, avec des si on mettrait Paris en bouteille !

Voila, en conclusion, je dirai juste de bien faire attention. Les écrins anciens sont beaux, ils disent beaucoup de choses mais ils racontent aussi des histoires, jolies certes, mais cousues parfois de toutes pièces !

Néanmoins, j’aurais toujours énormément d’attachement pour ces jolies boites. Je précise, au passage, que la fabrication de ces objets était confiée à des artisans spécialisés.

A bientôt !

Un commentaire Ajoutez le votre

  1. Laure Guilhen dit :

    Bonjour, je lis avec intérêt votre article (ayant effectué une recherche sur le bijoutier Noury. Les factures anciennes fournissent aussi beaucoup d’informations ou d’indices. Saviez-vous qu’en 1919, le successeur de B. Noury était G. Mauboussin?

    1. legemmologue dit :

      Bonjour Laure, je vous remercie pour votre message. J’ignorais ce renseignement n’ayant pas vraiment fait de recherche sur cette maison. Mais je note celui-ci avec intérêt. Puis-je vous demander pour quelles raisons vous avez mené des recherches sur cette maison ? Cordialement.

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