Dans les archives de la maison Chaumet

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Place Vendôme, outre la colonne connue du monde entier et le Ritz, les plus célèbres maisons de joaillerie françaises et internationales offrent aux regards éblouis des promeneurs et des passionnés leurs plus beaux diamants, leurs plus belles émeraudes et leurs parures éblouissantes. Mais ce lieu recèle de secrets bien gardés. Parmi ses endroits inconnus du grand public, il en existe un plus étonnant que les autres : le Bureau Bleu. C’est dans ce boudoir, admirablement restauré, que je vous emmène afin de découvrir une petite partie de l’un des plus beaux trésors de la place : les archives de la maison Chaumet.

Place Vendôme, besides the famous column of the world and the Ritz, the most famous French and international jewelry houses offer to dazzled eyes walkers and enthusiasts their most beautiful diamonds, their most beautiful emeralds and their dazzling ornaments. But this place contains well-kept secrets. Among its unknown places to the general public, there is one more surprising than the others : the Bureau Bleu. It is in this boudoir, beautifully restored, that I take you to discover a small part of one of the most beautiful treasures of the place : the archives of the house Chaumet.

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Un peu d’histoire / A little bit of History 

La maison Chaumet doit son nom à un joaillier, Joseph Chaumet, qui donnera son nom à la maison éponyme après son mariage avec Marie Morel, la fille du précédent dépositaire de cette adresse connue pour avoir fournie parmi les plus belles pièces aux têtes couronnées françaises comme européennes. Mais c’est une histoire bien plus ancienne qui remonte à 1780 avec l’installation de Marie-Etienne Nitot. C’est lui qui fonde les bases de cette maison. Puis son fils lui succède en 1809. Ensuite c’est une histoire de transmission de chef d’atelier à chef d’atelier. Il y aura la période Fossin, puis Morel et ensuite Chaumet.

The Chaumet house owes its name to a jeweler, Joseph Chaumet, who will give his name to the eponymous house after his marriage with Marie Morel, the daughter of the previous custodian of this address known for providing some of the most beautiful pieces to French as European crowned heads. But it is a much older story dating back to 1780 with the installation of Marie-Etienne Nitot. He is the one who bases the foundations of this house. Then his son succeeded him in 1809. Then it was a story of transfer from foreman to head of workshop. There will be the Fossin period, then Morel and finally Chaumet.

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Quelques croquis dans l’Album Fossin, vers 1810. Some drawings from the Fossin album, circa 1810. Photo : ©MarieChabrol

François-Régnault Nitot installe d’abord la maison au 15 Place Vendôme où il acquiert en 1812 l’hôtel particulier. On y trouve alors son appartement et sa boutique. Quasiment un siècle plus tard, Joseph Chaumet fait bouger la maison au 12 de la même place. Nous sommes en 1907, l’adresse est désormais définitive. Cet hôtel particulier date, comme le reste de la place, de la fin du XVIIe siècle. Au premier étage se trouve le musée Chaumet et sa célèbre « salle des diadèmes ». Cet appartement fut celui Claude Baudard de Vaudrier, seigneur de Saint-James, trésorier général de la marine du roi Louis XVI. En 1777, il commande à l’architecte François-Joseph Bélanger le Grand Salon. Désormais restauré et classé aux Monuments Historiques, ce lieu est l’un des plus beaux de la Place. Le Bureau Bleu devait être une chambre. Il fut surtout durant de très nombreuses années celui de Béatrice de Plinval : rentrée en 1969, elle fut dessinatrice, conservatrice, créatrice du musée interne de la maison, elle est aussi la « mémoire » de la maison. Son successeur a été nommé il y a peu. Guillaume Robic – passé par le Ministère de la Culture, le CMN ou encore la Monnaie de Paris, a pris ses fonctions au sein de la maison au 1er janvier 2018.

François-Régnault Nitot first installs the house at 15 Place Vendôme where he acquires in 1812 the mansion. We find there his apartment and his shop. Almost a century later, Joseph Chaumet moved the house to 12 of the same place. We are in 1907, the address is now final. This mansion dates, like the rest of the square, from the end of the 17th century. On the first floor is the Chaumet museum and its famous « tiara hall ». This apartment was the on to Claude Baudard de Vaudrier, lord of Saint James, treasurer general of the navy of King Louis XVI. In 1777, he commissioned architect François-Joseph Bélanger for the Grand Salon. Now restored and classified as an historic monument, this place is one of the most beautiful on the Vendôme square. The Bureau Bleu was to be a room. It was especially for many years the one of Beatrice de Plinval : hired in 1969, she was a designer, curator, creator of the internal museum of the house, she is also the « memory » of the house. His successor was recently appointed. Guillaume Robic – passed by the Ministry of Culture, the CMN or the Monnaie de Paris, took office in the house on January 1, 2018.

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Projet pour un devant-de-corsage, platine et diamants, vers 1910. Drawing for a platinum and diamonds brooch, circa 1910. Photo : ©MarieChabrol

Les archives de la maison / The Chaumet’s archives

Découvrir les archives de la maison, c’est d’abord se plonger dans un ensemble absolument étonnant et particulièrement complet. Très tôt, les joailliers de la maison conservent des documents pour garder une trâce des commandes. Des albums sont constitués, rassemblant des dessins, croquis et gouachés. Lesquels sont numérotés. Certains albums sont ordonnés autour d’une thématique comme les noeuds quand d’autres datent d’une époque particulière. Aujourd’hui encore, les archivistes de la maison ignorent qui a constitués ces albums. Il n’existe pas de documents ni « d’ordre de mission » en quelque sorte. Il semble que ce fonds se soit d’abord créé de manière complètement empirique. Les plus anciens dessins datant de 1810. Nous sommes en pleine période F.-R. Nitot dont le chef d’atelier est Jean-Baptiste Fossin. Il ne s’agit pas de gouachés aussi élaborés que ceux que nous pu voir lors des dernières expositions consacrées à ce médium. Il est question ici, dans cet album, de croquis souvent réalisés au crayon graphite. Il n’y a que peu de couleurs, mais le travail du volume est assez remarquable.

Discovering the archives of the house is first of all immerse yourself in an absolutely amazing and particularly complete set. Very early, the in-house jewelers gather documents to keep a trilateral order. Albums are made, gathering drawings, sketches and gouaches. Which ones are numbered. Some albums are ordered around a theme like knots when others date from a particular time. Even today, the archivists of the house do not know who made these albums. There are no documents or « mission orders » in a way. It seems that this fund was first created in a completely empirical way. The oldest drawings dating from 1810. We are in full period F.-R. Nitot whose head of workshop is Jean-Baptiste Fossin. It is not about gouaches as elaborate as those we could see during the last exhibitions devoted to this medium. It is about, in this album, sketches often made in graphite pencil. There are only a few colors, but the work of the volume is quite remarkable.

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Projet de broche en or jaune et diamants, vers 1970. A yellow gold and diamond brooch, circa 1970. Photo : ©MarieChabrol

Pour comprendre la richesse comme la complexité du fonds, quelques chiffres sont nécessaires. Aussi les archives de la maison Chaumet se composent comme suit :

To understand the richness and the complexity of the fund, some numbers are needed. Also the archives of the house Chaumet are composed as follows :

  • 80,000 dessins principalement dans les fameux albums

  • 80,000 drawings mainly in the famous albums

  • 66,000 négatifs dont 33,000 sont en réalité des plaques de verres.

  • 66,000 negatives of which 33,000 are actually glass plates.

  • 300,000 photos sur papier qui représentent les pièces avant livraison. Une nuance cependant, ce chiffre important intègre des doublons. En effet, certaines pièces ont pu faire l’objet de 3, 5 ou encore 10 tirages photos identiques.

  • 300,000 photos on paper that represent jewels before delivery. A nuance however, this important figure incorporates duplicates. Indeed, some pieces could be the subject of 3, 5 or even 10 identical photo prints.

  • S’ajoutent ensuite des pièces comptables : livres de caisses, livres de dépôt et même environ 500 plâtres principalement réalisés au XIXe siècle.

  • Then add accounting documents: account books, deposit books and even about 500 plasters mainly made in the nineteenth century.

  • Enfin, et c’est l’une des richesses de ce fonds, La maison conserve quelques 500 maquettes en maillechort (souvent rehaussées de gouache) qui représentent une partie des réalisations de la maison. Il s’agit ici, principalement, de diadèmes et de devant-de-corsages.

  • Finally, and this is one of the richness of this fund, the house retains some 500 models in nickel silver (often enhanced with gouache) which represent a part of the achievements of the house. This is mainly about tiaras and brooches.

Projets de noeuds. Vers 1920. It’s all about bow, circa 1920. Photo : ©MarieChabrol

Parmi les éléments importants, il faut avoir à l’esprit que ce fonds est assez homogène. Ce qui n’est pas toujours le cas des archives. Les guerres comme les déménagements sont autant de problèmes pour la conservation. Ici, il n’y a pas à vraisemblablement parler de « zones blanches ». Les archivistes arrivant à retrouver les éléments dont des chercheurs peuvent avoir besoin en consultant les différents composants du fonds : dessins, plaques photos, tirages papiers ou documents comptables…etc.

Among the important elements, it must be borne in mind that this fund is fairly homogeneous. Which is not always the case with archives. Wars and removals are all problems for conservation. Here, there is probably no talk of « white areas ». Archivists arriving to find the elements that researchers may need by consulting the various components of the fonds: drawings, photo plates, paper prints or accounting documents … etc.

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Détail d’un croquis dans l’album Fossin, projet de diadème, vers 1810. A diadem drawing in the Fossin album, circa 1810. Photo : ©MarieChabrol

Les recherches et la volonté de la maison Chaumet de pérenniser comme d’exploiter ses archives a permis aussi de comprendre leur constitution. On sait par exemple qu’à partir de 1870 la maison a des photographes en interne. Le studio photo a d’ailleurs eu pignon sur la Place en raison de la lumière. Avant de déménager à plusieurs reprises. Mais l’étude de certaines photos révèlent le reflet de la colonne…

Chaumet’s researches and willingness to perpetuate as well as to exploit its archives also made it possible to understand their constitution. We know for example that from 1870 the house have in-house photographers. The photo studio was also spruced up in the square because of the light. Before moving several times. But the study of some photos reveal the reflection of the column …

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Projet de devant-de-corsage certainement en platine, diamants et peut-être aigues-marines. A brooch drawing, certainly in platinum, diamonds and maybe aquamarines. Photo : ©MarieChabrol

La numérisation, un gage de préservation / The digitization, a token of protection

A partir de 1990, la maison programme des campagnes annuelles de restauration et de conservation de ses archives. Les albums anciens sont confiés à des restaurateurs d’arts graphiques (INP) afin de les stabiliser et de les conditionner différemment quand ils sont trop endommagés. Papiers neutres et boites de protection sont ainsi intégrés afin de conserver durablement ce fonds. Des travaux sont aussi entrepris créant les conditions hygrométriques optimales pour la préservation et la consultation des pièces. La cellule patrimoine de la maison Chaumet s’agrandit progressivement. Une, puis deux personnes, pour compter aujourd’hui 5 personnes à temps plein.

From 1990, the house programs annual campaigns of restoration and conservation of its archives. Old albums are entrusted to graphic arts conservators (INP) in order to stabilize them when they are too damaged. Neutral papers and boxes of protection are thus integrated in order to preserve this fund for a long time. Work is also underway creating optimum hygrometric conditions for the preservation and consultation of documents. The heritage department of the Chaumet house is gradually growing. One, then two people to count today 5 people full time.

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Projet de broche en or blanc et jaune, diamants et peut-être chrysobéryl oeil-de-chat. Vers 1970-1980. A brooch drawing mixing white and yellow gold, diamonds and maybe a cat’s eye chrysoberyl. Circa 1970-1980. Photo : ©MarieChabrol

Les photos sont parmi des documents les plus compliqués à conserver. Les papiers sèchent et craquellent, les tirages passent et ne supportent pas la lumière du jour. A titre d’exemple, les gouachés de l’exposition de la Piscine vont devoir retrouver dans le noir durant 18 mois après deux mois d’exposition. Un temps nécessaire pour les « reposer » et les pérenniser.

Photos are among the most complicated documents to keep. The papers dry and crackle, the prints pass and do not support the light of day. For example, the gouachés of the exhibition of La Piscine will have to find in the dark for 18 months after two months of exposure. A time necessary to « rest » and sustain them.

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Ce croquis de 1907 a servi d’inspiration pour la réédition de la broche présentée dans la collection haute joaillerie de juillet 2017. Il faut savoir qu’elle existe encore et qu’elle sera exposée à Tokyo à partir de juin 2018 dans le cadre d’une grande exposition consacrée à la maison. This sketch from 1907 served as inspiration for the re-edition of the brooch presented in the Haute Joaillerie collection of July 2017. It should be known that it still exists and that it will be exhibited in Tokyo from June 2018 as part of a great exhibition devoted to the house. Photo : ©MarieChabrol

Depuis les années 2000, la numérisation est venue aider le travail des archivistes. Ainsi les livres de factures entre 1838 et 1958 sont désormais accessibles sous format numérique. Un gain de temps pour les recherches. Depuis l’année dernière, c’est le fonds photographique qui est numérisé progressivement au rythme de campagnes récurrentes. Car il faut du temps, une photo demande parfois jusqu’à 15 min de travail pour obtenir un rendu satisfaisant.

Since the 2000s, digitization has helped the work of archivists. Thus bill books between 1838 and 1958 are now available in digital format. Saving time for researches. Since last year, it is the photographic collection which is digitized progressively with the rhythm of recurring campaigns. Because it takes time, a photo sometimes requires up to 15 minutes of work to get a satisfactory result.

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Projet de broche en diamants sur or jaune, vers 1970. A brooch drawing in yellow gold and diamonds. Circa 1970. Photo : ©MarieChabrol

En prendre plein les yeux / Be blown away

Cette visite et cette découverte des archives aura été particulièrement inspirante. L’album Fossin est remarquable par son contenu. Mais l’album thématique sur les noeuds est encore plus surprenant. Sur des centaines de pages, des croquis, des gouachés témoignent du talent des dessinateurs de la maison. Et le noeud, ADN de la maison, a fait l’objet d’un traitement plus que pointu. A toutes les époques, dans tous les styles et avec toutes les matières possibles, celui-ci se réinvente perpétuellement. Enthousiasmant ! Enfin, je me suis plongée avec bonheur dans un album des années 70 où l’or jaune est parfaitement traité. Travail du fil et des pierres pour des rendus intemporels. Un vrai beau voyage rendu possible par l’équipe de la maison qui a su répondre à mes trop nombreuses questions !

This visit and discovery of the archives will have been particularly inspiring. The album Fossin is remarkable for its content. But the thematic album on the knots is even more surprising. Hundreds of pages, sketches, gouaches testify to the talent of the designers of the house. And the bow, DNA of the house, has been treated more than sharp. At all times, in all styles and with all possible materials, it is reinvented perpetually. Exciting! Finally, I immersed happily in a 70s album where the yellow gold is perfectly treated. Work with thread and stones for timeless renderings. A real nice trip made possible by the team of the house who knew how to answer to my too many questions ! 

A bientôt !

See you soon !

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2 commentaires Ajoutez le votre

  1. Boyer dit :

    Bonjour… Un vrai bonheur de vous lire.
    Merci j’ai adoré. C’est un beau travail que vous nous avez présenté, une histoire qui me transporte.
    bien trop souvent, il est difficile d’imaginer le temps, l’investissement et les efforts des travailleurs de l’ombre. Dommage qu’ils ne soit pas plus celebrés.

    1. Marie Chabrol dit :

      Mille mercis pour vos très gentils mots. C’est un plaisir d’animer cet espace pour vous tous, mes lecteurs !

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