De la formation en bijouterie, rencontre avec Franck Massé

Durant de longues années, ma route a régulièrement croisé celle de Franck Massé quand il s’occupait de l’AFEDAP à Paris. Que ce soit à l’école ou lors de très beaux vernissages comme ceux de la Galerie Mazlo, c’était toujours un plaisir d’échanger avec lui autour de la bijouterie, de sa vocation et de son évolution. Cela faisait un moment que je voulais l’interviewer mais nos deux vies respectives (comme celles de beaucoup d’autres personnes) ont été chamboulées par la période que nous venons de traverser. C’est désormais chose faite et j’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire cet article et à découvrir ses propos que j’en ai pris à lui poser mes nombreuses questions et à transcrire ses réponses riches, passionnantes et pertinentes. Au programme, la formation en bijouterie joaillerie, qu’est-ce que le bijou contemporain, comment former les générations de demain, l’histoire de l’AFEDAP et son héritage…

For many years, my path regularly crossed the one of Franck Massé when he was in charge of AFEDAP in Paris. Whether at school or during very beautiful openings like those of the Mazlo Gallery, it was always a pleasure to discuss with him about jewelry, its vocation and its evolution. I had wanted to interview him for a while, but both of our respective lives (like those of many other people) have been turned upside down by the period we have just been through. It is now done and I hope you will take as much pleasure in reading this article and discovering its remarks as I took in asking it my many questions and transcribing its rich, fascinating and relevant answers. On the program, training in jewelry, what is contemporary jewelry, how to train the generations of tomorrow, the history of AFEDAP and its heritage…

Photo : Franck Massé

1- Pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs ? Can you introduce yourself to our readers?

Aujourd’hui comme hier, je suis toujours le même petit garçon qui s’émerveille de ce qu’il découvre et des gens qu’il rencontre. Mais officiellement, je suis sculpteur, je dépends de la Maison des Artistes et je suis profondément attaché à la notion d’enseignement car j’ai toujours aimé transmettre. Je me rends compte avec le temps que c’est une capacité à se mettre à l’écoute des autres. Sculpteur enseignant, cela me définit bien.

Today like yesterday, I am still the same little boy who marvels at what he discovers and the people he meets. But officially, I am a sculptor, I depend on the Maison des Artistes and I am deeply attached to the notion of teaching because I have always liked to transmit. I realize over time that it is an ability to listen to others. Sculptor teacher, that defines me well.

2- Quel métier vouliez-vous faire quand vous étiez enfant ? What job did you want to do when you were a child?

Cela m’a fait sourire quand j’ai découvert les questions. Je voulais être géologue. En fait je ne savais pas trop à quoi cela correspondait mais j’ai toujours mis des pierres dans mes poches lors de mes balades et j’avais une passion pour les cailloux. Ce que je trouvais dans la terre était, et est toujours, précieux.

It made me smile when I discovered the questions. I wanted to be a geologist. In fact, I didn’t really know what it corresponded to but I always put stones in my pockets during my walks and I had a passion for pebbles. What I found in the earth was, and still is, precious.

3- Quel a été votre parcours de formation en relation avec le bijou ? What was your educational background in relation to jewellery?

J’ai toujours eu une affinité avec l’art et la pratique artistique. J’étais un élève très en réaction avec le système. Je ne me retrouvais pas dans l’éducation telle qu’on la concevait. Rapidement, j’ai été déscolarisé à partir du secondaire. Je suis parti en voyage autour du monde et j’ai passé mon bac en candidat libre. J’ai trouvé de la compréhension auprès des professeurs d’art plastique qui étaient alors les seuls à me permettre de venir dans leur cours alors que je n’allais plus à l’école. J’ai ensuite tenté des concours dans différentes écoles d’art et la vie m’a permis de rentrer aux arts appliqués à Olivier de Serre. A mon époque, le concours d’entrée durait une semaine et j’ai eu la chance de suivre ce qu’on appelait alors « une mise à niveau » qui couvrait toutes les disciplines qui étaient enseignées à l’école. Ce fut une période faste et passionnante intellectuellement. Il faut comprendre que je ne savais pas vraiment pourquoi je voulais entrer dans cette école. Je n’avais alors pas de projet de vie défini. Et la rencontre avec les différents ateliers, les différentes pratiques m’a autorisé des expérimentations pour essayer de mieux me définir. Je me suis pleinement épanoui dans cette pluridisciplinarité avec la possibilité de faire de la céramique, de travailler des domaines très variés. Et rapidement, je suis resté sans voix devant le métal en fusion lors d’une visite dans l’atelier métal qui été alors tenu par Serge Mouille. Il m’a appris à souder et à apprivoiser ce métal. Ce fut une rencontre décisive.

I have always had an affinity with art and artistic practice. I was a very reactive student with the system. I did not find myself in education as it was conceived. Quickly, I was out of school from high school. I went on a trip around the world and passed my baccalaureate as an independent candidate. I found understanding with the plastic arts teachers who were then the only ones to allow me to come to their class when I was no longer going to school. I then tried competitive exams in different art schools and life allowed me to enter the applied arts at Olivier de Serre. In my time, the entrance examination lasted a week and I had the chance to follow what was then called « an upgrade » which covered all the disciplines that were taught at school. It was a prosperous and exciting period intellectually. You have to understand that I didn’t really know why I wanted to go to this school. I didn’t have a definite life plan then. And the encounter with the different workshops, the different practices allowed me to experiment to try to better define myself. I fully blossomed in this multidisciplinarity with the possibility of making ceramics, of working in very varied fields. And quickly, I was speechless in front of the molten metal during a visit to the metal workshop which was then held by Serge Mouille. He taught me to weld and to tame this metal. It was a decisive meeting.

J’ai eu la chance, si on peut appeler ça ainsi, d’être dans toutes les réformes de la formation. Aussi, l’école nous a rapidement annoncé qu’il fallait nous déterminer car le diplôme changeait. Je suis donc rentré dans le cursus « surfaces et volumes » qui me convenait au début mais qui commençait à manquer de cette possibilité d’expérimenter des choses. Nous nous sommes battus pour continuer à avoir accès aux ateliers et être moins mono centrés sur une pratique. Ce sont d’ailleurs des débats qui restent complètement actuels. Puis ma deuxième année est arrivée et cela restait un tronc commun. Je me suis posé beaucoup de questions sur ce que je voulais faire. Le hasard a voulu que mon enseignant de l’atelier métal, Serge, lance un nouveau programme de formation totalement inédit. Il montait alors avec d’autres enseignants ce que l’on allait appeler le Diplôme des Métiers d’Art (DMA) et j’ai donc fait parti de la toute première promotion dont je suis sorti en 1988. Il avait imposé de nombreuses nouveautés dans la formation mais l’une des plus marquantes c’était que les enseignants en matières générales devaient venir faire leur cours dans les ateliers. Nous étions 5 étudiants et notre approche comme la leur s’avéraient complètement bouleversées par le fait de ne pas faire cours dans une salle de classe basique. L’objectif n’était pas de reproduire bêtement des techniques mais bien de les convoquer en fonction de nos souhaits de réalisation. L’expérimentation était partout. J’allais chercher mes ressources, je sollicitais les enseignants sur des questions précises, je me confrontais à des spécialités qui me permettaient de donner corps à mes projets.

I was lucky, if you can call it that, to be part of all the training reforms. Also, the school quickly told us that we had to decide because the diploma was changing. So I entered the « surfaces and volumes » course which suited me at first but which was beginning to lack this possibility of experimenting with things. We fought to continue to have access to workshops and to be less mono-focused on one practice. These are debates that remain completely current. Then my second year arrived and it remained a common core. I asked myself a lot of questions about what I wanted to do. As luck would have it, my teacher from the metal workshop, Serge, launched a completely new training program. He was then setting up with other teachers what was to be called the Diplôme des Métiers d’Art (DMA) and I was therefore part of the very first promotion from which I graduated in 1988. He had imposed many new in the training, but one of the most striking was that the teachers of general subjects had to come and teach in the workshops. We were 5 students and our approach like theirs turned out to be completely upset by the fact of not teaching in a basic classroom. The objective was not to stupidly reproduce techniques but to summon them according to our wishes of realization. Experimentation was everywhere. I went to find my resources, I solicited teachers on specific questions, I confronted myself with specialties that allowed me to give substance to my projects.


PIERRES LEVÉES, 3 Broches, acier. 2017.
PIERRES LEVEES, 3 Brooches, steel. 2017.

4- Vous avez longtemps dirigé l’Association pour la Formation Et le Développement des Arts Plastiques (AFEDAP), comment est né ce projet de créer une école avec une vrai ouverture créative et contemporaine? You have long directed the Association for the Training and Development of the Plastic Arts (AFEDAP), how did this project to create a school with a real creative and contemporary openness come about?

Suite à ce DMA, avec deux de mes collègues de promotion, nous avons acheté du matériel et nous avons monté un atelier. De rencontres en rencontres, j’ai rencontré un atelier d’architectes et nous avons grandi avec eux en cherchant un lieu plus grand dans lequel nous épanouir professionnellement. Je suis resté dans ce lieu durant 15 ans. Je travaillais alors sur des projets de sculptures et aussi avec des associations autour de l’inclusion sociale. Entre autres, une association de professeurs dans le quartier de La Nacelle à Corbeil-Essones qui avait lancé le projet de l’école ouverte. Nous avons donc animé des ateliers de conceptions d’instruments de musique et de costumes pour faire des spectacles de rues.

Following this DMA, with two of my promotion colleagues, we bought equipment and set up a workshop. From meeting to meeting, I met a studio of architects and we grew up with them, looking for a bigger place in which to flourish professionally. I stayed in this place for 15 years. I was then working on sculpture projects and also with associations around social inclusion. Among others, an association of teachers in the district of La Nacelle in Corbeil-Essones which had launched the open school project. We therefore led workshops to design musical instruments and costumes for street performances.

Assez rapidement, j’ai commencé à enseigner quand j’ai remplacé un de mes anciens enseignants dans l’école de la rue Jules César (Paris) qui faisait parti de la BJO et qui s’adressait uniquement à des adultes. Je me suis alors frotté à la pédagogie, à la conception de cours, à la transmission. Certains étudiants voulaient évoluer vers une vraie pratique d’atelier hors les locaux n’étaient pas adaptés et le dialogue était compliqué avec les enseignants plus traditionnels qui intervenaient sur le CFA de la rue du Louvre. Petit à petit, une idée un peu dingue a germé : celle de faire notre propre structure. J’avais alors co-fondé une association pour faire du modelage, de la sculpture, du modèle vivant. Une fois par mois, on organisait une session de travail et de recherche qui se terminait invariablement par un diner pour refaire le monde et échanger sur nos univers. L’idée de l’AFEDAP est partie de ces discussions. Et avec mon collègue Jean-Jacques Victor, nous avons décidé de créer l’école dont nous rêvions. Nous avons cherché une surface qui pouvait accueillir ce projet et nous avons trouvé dans le 19e. La naissance puis l’installation de l’école ont été une période très intense, nous travaillions presque jours et nuits. Ce fut assez incroyable. On a démarré tout petit et on a construit avec les gens qui nous ont fait confiance. Nos enseignants étaient tous des artisans, des artistes et ils étaient même plus nombreux que les élèves. Avec un objectif, permettre aux étudiants d’apprendre et de developer leurs idées dans la direction qu’ils souhaitaient donner à leur travail. L’école n’a jamais fonctionné selon une vision verticale. C’était alors très novateur.

Quite quickly, I started teaching when I replaced one of my former teachers in the school on rue Jules César (Paris) which was part of the BJO and which was intended only for adults. I then rubbed shoulders with pedagogy, course design, transmission. Some students wanted to evolve towards a real workshop practice outside the premises were not suitable and the dialogue was complicated with the more traditional teachers who intervened on the CFA of the rue du Louvre. Little by little, a slightly crazy idea germinated : that of making our own structure. I had then co-founded an association to do modelling, sculpture, live models. Once a month, we organized a work and research session that invariably ended with a dinner to remake the world and discuss our worlds. The idea of ​​AFEDAP sprang from these discussions. And with my colleague Jean-Jacques Victor, we decided to create the school of our dreams. We looked for a surface that could accommodate this project and we found in the 19th. The birth and then the installation of the school were a very intense period, we worked almost day and night. It was quite incredible. We started very small and we built with the people who trusted us. Our teachers were all artisans, artists and they even outnumbered the students. With a goal, to allow students to learn and develop their ideas in the direction they wanted to give to their work. The school has never functioned according to a vertical vision. It was very innovative then.

5- On a souvent comparé l’AFEDAP à La Escola Massana? C’est un sacré compliment à mon sens. Etes-vous d’accord avec cette vision de ce qu’à été l’école AFEDAP? Has AFEDAP been often compared to La Escola Massana? That’s a hell of a compliment to me. Do you agree with this vision of what the AFEDAP school was?

Quand on a créé l’AFEDAP, je ne connaissais pas la Massana. Mais j’ai rapidement découvert des gens qui y enseignait comme Ramon Puig Cuyas. Les comparaisons sont toujours compliquées à faire en réalité. Mais La Massana, pour un français, c’est le symbole de l’ouverture. Car elle est loin du modèle français premier de l’apprentissage où on apprend déjà un métier sans forcément y mettre de la créativité. Car c’est la vocation première de l’apprentissage qui sert à donner un métier et les savoir-faire qui vont avec. Sauf qu’apprendre un métier, à mon sens, c’est puiser dans les objets, dans les gens qui les ont fabriqués, dans les choses qui les ont inspirés. Donc cette comparaison elle est bien sur gratifiante. Plus tard, j’ai rencontré plusieurs fois Ramon, entre autres à Minorque où il y avait un colloque autour d’un salon qui s’appelait Euro Bijou. Nous y avons plusieurs fois envoyé des étudiants de l’école qui sont allés présenter leurs pièces. Je crois qu’il faut bien saisir que ce que nous avons voulu faire était d’être des facilitateurs de rencontres. Avec un objectif précis, que les gens soient heureux d’être là et d’apprendre tous ensemble dans le respect de leur différences et de leurs univers.

When we created AFEDAP, I did not know La Massana. But I quickly discovered people who taught there like Ramon Puig Cuyas. Comparisons are always complicated to make in reality. But La Massana, for a Frenchman, is the symbol of openness. Because it is far from the first French model of apprenticeship where you already learn a trade without necessarily putting creativity into it. Because it is the primary vocation of learning which serves to give a profession and the know-how that goes with it. Except that learning a trade, in my opinion, means drawing from objects, from the people who made them, from the things that inspired them. So this comparison is of course gratifying. Later, I met Ramon several times, among others in Menorca where there was a conference around a show called Euro Bijou. We have sent students from the school there several times to present their plays. I think we have to understand that what we wanted to do was to facilitate encounters. With a specific objective, that people are happy to be there and to learn together while respecting their differences and their universes.

ROC. Bague. Acier. 2015.
ROC. Ring. Steel. 2015

6- Une école de bijouterie ne devrait, à mon sens, jamais fermer. Pourquoi avoir pris cette décision? A school of jewelry should, in my opinion, never close. Why did you make this decision?

L’aventure de l’AFEDAP aura duré 26 ans. Alors, il y a eu des raisons techniques liées au bâtiment. Mais ce qui nous a fait arrêter, c’est surtout l’évolution des apprentissages. On nous sollicitait de plus en plus pour des formations courtes et des apprentissages de loisir. Ce n’était pas la vocation de l’école. L’augmentation de la concurrence dans le secteur de la formation a joué aussi. Et puis le contexte général, les attentats à Paris, la diminution des effectifs étrangers, en particulier d’Asie, ne nous a pas aidé. Hors, cette confrontation des cultures était l’un des piliers de l’école. Et puis il y a eut une part d’essoufflement personnel car l’énergie pour porter l’école était énorme. Et, enfin, les reformes successives de la formation, l’arrivée du datadoc, la complexité entre les différents organismes et acteurs du financement des formations qui ont ajouté des complications pour des étudiants qui voulaient faire financer les formations et à qui on opposait un refus pour des raisons administratives. Nous voulions continuer à donner une vraie qualité d’enseignement et nous avons décidé de fermer mais d’accompagner comme nous l’avions toujours fait la dernière génération d’étudiants de l’AFEDAP.

The AFEDAP adventure lasted 26 years. So there were technical reasons related to the building. But what stopped us was above all the evolution of learning. We were asked more and more for short courses and leisure apprenticeships. It was not the purpose of the school. Increased competition in the training sector has also played a role. And then the general context, the attacks in Paris, the decrease in foreign staff, particularly from Asia, did not help us. However, this confrontation of cultures was one of the pillars of the school. And then there was a part of personal breathlessness because the energy to carry the school was enormous. And, finally, the successive reforms of the training, the arrival of the datadoc, the complexity between the different organizations and actors of the financing of the trainings which added complications for the students who wanted to have the trainings financed and who were opposed for administrative reasons. We wanted to continue to give a real quality of education and we decided to close but to support as we had always done the last generation of AFEDAP students.

7- Quelle est aujourd’hui le devenir de l’AFEDAP et son ambition? What is the future of AFEDAP and its ambition today?

Administrativement, l’association n’existe plus depuis 2020. L’AFEDAP continue d’exister par ses diplômés mais d’autres choses peuvent naitre de cette fermeture.

Administratively, the association no longer exists since 2020. AFEDAP continues to exist through its graduates but other things may arise from this closure.

8- Comment voyez-vous l’avenir du métier de bijoutier joaillier? How do you see the future of the jewelry profession?

A mon sens, c’est une période assez incroyable pour les étudiants qui ont accès à de très nombreuses techniques et aussi à une ouverture du métier qui est finalement très nouvelle. Je pense que l’arrivée des filles dans les ateliers a aussi profondément changé la donne de ce métier avec l’apport d’une sensibilité différente. J’ai assisté à ce changement que je juge plus que bénéfique. J’ai le sentiment que ce qui va faire la différence, c’est plus le cadre dans lequel on va apprendre et pratiquer que la transmission du geste. Je pense aussi qu’il va y avoir encore plus de transversalité (entre les métiers d’art). Être bijoutier céramiste ou bijoutier verrier est quelque chose de normal désormais. Le cumul des compétences est aussi symptomatique de cette époque de bouleversements. Avec comme perspective, d’inventer de nouvelles pratiques au service des objets.

In my opinion, it is a rather incredible period for students who have access to many techniques and also to an opening of the profession which is ultimately very new. I think that the arrival of girls in the workshops has also profoundly changed the situation of this profession with the contribution of a different sensitivity. I have witnessed this change which I consider more than beneficial. I have the feeling that what will make the difference is more the framework in which we will learn and practice than the transmission of the gesture. I also think that there will be even more transversality (between artistic professions). Being a ceramist jeweler or a glass jeweler is something normal now. The accumulation of skills is also symptomatic of this period of upheaval. With the perspective of inventing new practices in the service of objects.

9- Quelle est la place du bijou contemporain aujourd’hui? Comment doit-il se définir? What is the place of contemporary jewelry today? How should it be defined?

Rien que de prononcer le mot c’est une polémique. Entre la vision du marketing et celles des créateurs, on obtient autant de définitions que de visions de ce bijou dit contemporain. En réalité, ce bijou, il est en fait à la frontière de nombreuses pratiques : métier d’art, design, artisanat…etc. Tout en tenant compte que ces différentes pratiques se cherchent également. Car un artisan d’art, c’est déjà un assemblage que de nombreuses personnes ne comprennent pas : le mélange de l’artisan et de l’artiste. Aussi, le bijou contemporain, se cherche lui aussi. A l’AFEDAP, nous avions définit l’appellation de « bijou d’auteur » avec une vocation à relever plutôt de la Maison des Artistes que de la Chambre des Métiers. La démarche que mène Ateliers d’Art de France est intéressante avec son idée d’un statut unique pour les « auteurs artisans », c’est à dire des gens qui parfois font de la production, de la sous-traitance et qui ont aussi une activité artistique. Parce qu’on peut être technicien et artiste, ou artiste mais technicien aussi. L’un ne va pas sans l’autre mais peut aussi amener à monter des collaborations. Car il y a des intelligences techniques et des intelligences artistiques. Plus particulièrement dans la bijouterie où une réalisation est souvent la somme de nombreuses compétences et de nombreuses personnes. Mais il ne faut pas hiérarchiser, il faut travailler ensemble. Les solutions pouvant autant venir de la technique brute que de la manière d’aborder les choses.

Just pronouncing the word is a controversy. Between the marketing vision and those of the creators, we obtain as many definitions as visions of this so-called contemporary jewel. In reality, this jewel is in fact at the border of many practices: craftsmanship, design, craftsmanship, etc. While taking into account that these different practices are also looking for each other. Because a craftsman is already an assembly that many people do not understand: the mixture of the craftsman and the artist. Also, contemporary jewelry is also looking for itself. At AFEDAP, we had defined the term « author’s jewel » with a vocation to come under the Maison des Artistes rather than the Chambre des Métiers. The approach taken by Ateliers d’Art de France is interesting with its idea of ​​a unique status for « artisan authors », i.e. people who sometimes do production, subcontracting and who also have an artistic activity. Because you can be a technician and an artist, or an artist but a technician too. One does not go without the other but can also lead to setting up collaborations. Because there are technical intelligences and artistic intelligences. More particularly in jewelry where an achievement is often the sum of many skills and many people. But we must not prioritize, we must work together. The solutions can come as much from the raw technique as from the way of approaching things.

10- Comment voyez-vous l’évolution de l’industrie du bijou? Comment les enseignants doivent-ils concevoir leur métier dans les années qui arrivent? How do you see the evolution of the jewelry industry? How should teachers conceive of their profession in the coming years?

Il n’y a pas de définition globale du métier d’enseignant. Il faut certes aimer ce qu’on enseigne et savoir de quoi on parle. Mais une des choses qui me semble la plus importante, c’est de travailler sur l’erreur car elle est formatrice et précieuse à bien des égards. Travailler sur l’erreur, sur le process qui n’a pas fonctionné, c’est aussi chercher comment le faire aboutir. Ce qui n’a pas marché chez l’un, va peut-être marcher chez un autre. Pourquoi, comment, il y a une part d’impondérable la-dedans. Aussi, il faut noter et s’appuyer sur l’erreur pour inventer de nouveaux procédés. Cela permet également d’acquérir un esprit critique et de faire évoluer sa vision des choses et des techniques.

There is no overall definition of the teaching profession. Of course, you have to like what you teach and know what you are talking about. But one of the things that seems most important to me is to work on the error because it is formative and precious in many ways. Working on the error, on the process that did not work, is also looking for how to make it succeed. What didn’t work for one might work for another. Why, how, there is an imponderable part in it. Also, it is necessary to note and rely on the error to invent new processes. It also allows you to acquire a critical mind and to develop your vision of things and techniques.

11- Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui veulent rentrer dans ce secteur? What advice would you give to young people who want to enter this sector?

Depuis que l’humanité existe, la pratique du bijou existe. Il n’y a donc aucune raison pour que cela s’arrête. Si vous avez envie d’y aller, allez-y, faites des rencontres, essayez, testez des choses et des techniques, cherchez des matériaux et, surtout, exprimez-vous!

Since mankind exists, the practice of jewelry has existed. So there is no reason for it to stop. If you want to go there, go ahead, meet people, try things out, test things and techniques, look for materials and, above all, express yourself!

A bientôt !

See you soon!

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